‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 127 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VII

premier s'écria : Je suis blessé ! et au second : Ce nest rien! Mais dans le même moment il jeta une si grande abondance de sang par la bouche, que

cela rétouffa. Le sieur de la Force lui cria : Ah]

Sire, souvenez-vous de Dieu! et lui soutint le corps

et la tête; mais il a dit depuis, plusieurs fois, qu'il ne savoit si le Roi l'avoit entendu, et croyant que déjà, jetant le sang par la bouche, il étoit mort. Il est facile de juger quel effroi ce fut dans le carrosse; on arrêta le parricide, et tous les autres étant descendus pour aller donner des ordres clans Paris de crainte de quelque sédition , le sieur de la Force demeura seul dans le carrosse. Il vit à cheval le Comte de Gurson l, qu'il appela, et le pria de monter avec lui pour lui aider à soutenir le corps du Roi; il ht ensuite baisser les mantelels, avec ordre de dire que le Roi n'étoit pas mort, mais seulement blessé. En arrivant au Louvre , on porta le corps du Roi sur son lit ; le sieur de la Force s'en alla dans la chambre de Monsieur le Dauphin, qu'il mena chez la Reine, sa mère, à laquelle il représenta que, quelque juste que fût sa douleur, il ne

1 Jean-Baptiste Gaston de Fois, Comte de Gurson et de Flex; au couronnement de Marie de Médicis, qui avait eu lieu la veille 13 de mai, il avait porté la queue de la Reine Marguerite. {Fontenay-Mareuil, tome 1er, p. 44.)

1610. falloit pas s'y abandonner, mais songer à sa conservation, à celle de son fils et de l'État. Après quoi il pourvut aux portes du Louvre et rassembla tous les archers des Gardes, encore qu'il ne fût pas en quartier. Le sieur de Vilry, qui servoit, étoit alors occupé au palais pour les préparatifs du couronnement de la Reine ; et le jour auparavant que la grande cérémonie se fit à Saint-Denis, le sieur de la Force, que le Roi avoit commandé se tenir auprès de lui, détourna par deux fois ce malheureux Ravaillac, qui tâchoit de s'approcher de sa Majesté. Après cet accident et que tous messieurs du Conseil se fussent rendus chez la Reine, le Président Jeannin, qui venoit d'interroger Ravaillac, dit qu'il n'en avoit pu rien tirer. — C'est, repartit le sieur de la Force, que vous ne savez pas comment il faut traiter ces gens-là. Retournons-y, je saurai bien le faire parler. Ils retournèrent donc par lavis de messieurs du Conseil, pour examiner ce parricide, qui avoit été mis entre les mains des archers des Gardes, et conduit à l'hôtel de Retz, afin d'en découvrir les auteurs , et menèrent avec eux le sieur de Loménie. En arrivant le sieur delà Force lui dit : Méchant, lu croyois bien avoir tué le Roi, mais il n est pas mort. — Si fait, répondit-il , il l'est, et s il ne Véloit pas , je le lucrois encore.

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