‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 128 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VIL

On lui demanda qui avoit pu le porter à cette i«io. mauvaise action; il répondit qu'il le diroit à son confesseur; ce que voyant, le sieur de la Force, pour le faire parler, fit prendre deux carabines des Gardes qui étoient là, et en ayant fait ôter les cailloux, il fit mettre à la place les pouces dudit Ravaillac et les fit serrer bien fort.

Ce misérable crioit à haute voix, disant que personne ne lui avoit conseillé cela , et comme on le serroit toujours davantage, il dit à monsieur de la Force que c'étoit lui qui en étoit la cause. Jugez de sa surprise! Ah! méchant, s'écria-t-il. — Oui! répliqua Ravaillac, si vous ne m'eussiez empêché de le faire une autre fois , je ne Vaurois point fait aujourd'hui.

Or voici comme la chose se passa. Environ trois mois auparavant, monsieur de la Force étant en quartier, Castelnaut, un de ses enfants, entrant le matin au Louvre, les Gardes lui dirent en lui montrant Ravaillac : Monsieur, voici un homme qui veut entrer à toute force dans la chambre du Boi, prétendant qu'il a des choses à dire qu'il ne peut dire q\C à lui-même; nous l'avons fouillé et visité partout, et ne lui avons rien trouvé.

Sur cela, monsieur de Castelnaut va chercher le

sieur de la Force, son père, dan s le cabinet du Roi, où i. 15

wio. il étoit pour lors. 11 vint parler à Ravaillac, duquel il ne put rien tirer, ni par paroles ni par menaces, ce que voyant, il donna avis du tout au Roi, qui lui dit : Ce sont de ces mélarulaliques ' qui ont l'esprit troublé et s'imaginent avoir des visions. Qu'on le fasse fouiller, et si on ne lui trouve rien, qu'on le chasse et qu'on lui défende, sous peine des étrivières, d'approcher du Louvre ni de ma personne. Le sieur de la Force répondit : Sire, votre Majesté peut me commander tout ce qu'elle voudra, mais sur cela je n'en ferai rien, et je crois qu'il est de mon devoir de le faire mettre entre les mains de la Justice.

Enfin le Roi lui commanda si expressément de le laisser aller qu'il fut contraint d'obéir. Il retourna donc dans la salle des Gardes, et fit chasser cet homme après l'avoir fait fouiller une seconde fois. Là-dessus on demanda à Ravaillac si dès ce temps il avoit de quoi pouvoir faire mal au Roi ? Il dit qu'il avoit le même couteau que celui dont il l'avoit tué, mais qu'afin qu'on ne put le découvrir, il l'avoit placé le long de sa jambe, et qu'avec sa charretière il en avoit caché le manche.

Tout cela se pouvant voir dans la procédure, ainsi que les autres moyens dont le sieur de la

1 Nous n'avons pu trouver l'explication de ce mot; Henri IV voulait sans cloute parler de quelque secte d'illuminés.

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