LIVRE I, CHAPITRE VII
Force usa pour essayer de tirer la vérité de ce fait mo' par une libre confession, je n'en étendrai ici les particularités
Mais comme on perdoit le temps, le Président Jeannin fut d'avis que le sieur de la Force retournât vers la Reine et messieurs du Conseil pour leur faire entendre le tout. Ce qu'ayant fait, et étant en délibération des choses principales auxquelles il falloit pourvoir pour la sûreté et repos de l'État, il fut particulièrement résolu que le sieur de la Force iroit promptement en Guyenne. Ce que sa Majesté lui commanda avec force témoignage qu'elle lui rendit des assurances qu'elle prenoit en sa fidélité et de son affection au service du Roi. Sa commission étoit de voir les principales villes, surtout celles qui se trouvoient entre les mains de ceux de la Religion ; il devoit écrire à celles où il ne pourroit aller, afin de les affermir au devoir de bons et fidèles sujets, et qu'ils ne doutassent point qu'ils ne fussent maintenus en l'entière jouissance du bénéfice des Édits de paix; delà il devoit passer en son Gouvernement de Navarre et Béarn.
Je ne puis m'empêcher de dire ici deux choses assez remarquables qui arrivèrent en Béarn , l'une la veille de la mort du Roi , l'autre quelques jours après. Il est nécessaire d'abord de savoir que les
i6io. armes de Béarn sont deux vaches , ensuite que dans le commencement de mai on mène toutes les vaches du pays dans les landes et montagnes es environs de Pau. La nuit du treizième au quatorzième de ce mois, il vint dans la ville et faubourgs de Pau une très-grande quantité de vaches mugissant et beuglant d'une manière épouvantable; elles allèrent ensuite jusque sur un pont qui va de la ville au château, et à la vue de ce lieu, berceau du grand Roi Henri, elles recommencèrent leurs beuglements avec plus de violence que jamais, ce qui étonna les gens de la ville de qui ces bruits furent entendus, et un taureau1 seul se jeta du pont en bas, où il fut trouvé mort le lendemain; puis les vaches se retirèrent en beuglant toujours d'une manière effrayante.
L'autre fait particulier, c'est que monsieur de la Force ayant envoyé en poste un gentilhomme en Béarn pour avertir sa femme de ce funeste accident, ce gentilhomme arriva la nuit à Pau : sitôt
* Mézeray raconte ainsi ce fait : « Le principal taureau, que l'on nommoit le Roi, vint briser ses cornes dans la porte du château où étoit suspendu l'écu des armes royales, puis se précipita dans le fossé et se creva de sa chute; de sorte que tout le peuple qui étoit accouru à ce spectacle se mit à crier : le Roi est mort! Les procèsverbaux qu'on en dressa peu de jours après font foi de la vérité de ce prodige.» (Hist. de France, tome III, p. 1291, édit. de 1685).