LA REINE DE NAVARRE A M. DE LA FORCE
Consolations sur la mort de deux de ses enfants. — Invitation de venir la retrouver à la Cour.
8 décembre. Monsieur de la Force, je suis grandement marrie du mal et inconvénient qui vous est arrivé, et aussi de la perte que vous avez faite de votre fdle et de votre fils, tant pour le dommage et ennui que vous en pourrez souffrir , que pour me voir par ce moyen privée du plaisir que j'avois de vous voir près de moi au voyage que je fais, et d'ailleurs aussi de l'espérance que je me promettois de vos dite fdle et fils, par la nourriture que je désirois qu'ils prissent en ma maison; mais puisqu'il a plu à Dieu de vous affliger de diverses afflictions, vous ne pouvez sur cela prendre meilleur avis que de vous conformer à sa volonté divine, qui ne nous envoie chose quelconque qui ne tourne à notre bien et félicité. Si suis-je fort aise d'avoir entendu la bonne volonté que vous avez, ayant recouvré votre guérison, de venir accompagner mondit fils au voyage qu'il fera après moi dans quelque temps auquel vous pourrez être bien disposé pour ce faire , ce dont je vous prie bien fort accomplir avec votre santé, vous assurant que mon dit fils vous recevra de fort bon cœur comme vous le sauriez désirer, et que votre mérite le requiert, et que je confirmerai toujours semblable volonté, priant Dieu, Monsieur de la Force, vous tenir en sa sainte garde. Votre bonne amie, Jehanne. De Nérac, ce 8e jour de décembre. P. S. Je ne puis vous dire combien je regrette votre mal
et voudrois vous en pouvoir soulager et de bon cœur, vous ,5Tlpriant faire état partout de ma bonne volonté. 8 décemi,re-
LE ROI DE NAVARRE A M. DE LA FORCE
Même sujet que les précédentes.
Monsieur de la Force, j'ai reçu votre lettre et entendu le 20 décembre. contenu de celle qu'avez écrite à la Heine ma mère, touchant votre excuse , laquelle je trouve si raisonnable, qu'il n'est besoin vous en incommoder, ni moi vous en écrire davantage. Je vous prie seulement mettre peine de vous guérir, et recouvrer votre santé, attendant laquelle je prierai Dieu, Monsieur de la Force, etc. Votre bien bon ami, Henry. A Nérac, ce 20 décembre.
Le Roi place le jeune la Force sous la tutelle du Comte de la Vauguyon.
Monsieur de la Force, je vous écris ce mot aux fins de vous 1574. dire mon intention être que vous alliez au plus tost trouver i* octobre. le sieur de la Vauguyon, duquel vous entendrez et recevrez les commandements suivant la charge quejeluy en ai donnée, et qu'au surplus vous ayez à vous gouverner et conduire par le conseil et avis dudit sieur de la Vauguyon comme du plus proche et affectionné parent que vous ayez, qui sera chose dont je recevrai infini contentement, et ainsi le vous ordonne par exprès, suppliant le Créateur qu'il vous ait, Monsieur de la Force, en sa sainte et digne garde. Écrit à Lyon, le 14e jour d'octobre. 5«'</n^: Henry. Etplus bas: de Neufville.
M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE
Nouvelles de l'armée, depuis le moment où Henri IV s'éloigne de Paris jusqu'à ce qu il vienne prendre position entre Arques et Dieppe.
Celle-ci est par Faucelelle de Bergerac, qui s'en va passer 1589. à Lordeaux par mer; il m'a promis de vous la porter lui- «septembre.
1589. même. Il y a plus de quinze jours qu'il est avec moi, de sorte septembre. qU>jj voug p0Urra conter au long de nos nouvelles. Et pour vous dire l'état des affaires : je vous mandois par la dépèche de M. le Marquis de Trans, comme le Roi avoit séparé l'armée en trois, à savoir : MM. de Longueville et de la Noue en Picardie avec les forces du pays et trois mille Suisses; M. le Maréchal d'Aumont et M. de Tinteville en Bourgogne et Champagne avec autant. Le Roi étoit allé lui-même en Picardie, et après avoir pris quatre ou cinq villes, s'en est venu en Normandie, et a quatre mille Suisses et deux mille Lansquenets, environ trois mille arquebusiers françois et quinze cents chevaux.
Le Roi s'étant approché de ces quartiers pour assurer le pays et quelques villes, mèmement Dieppe, qui est place de frontière, s'en alla loger à un grand bourg appelé Darnetal, tout contre la ville de Rouen, où l'armée demeura neuf ou dix jours , et durant ce temps-là fut attaqué de fort belles escarmouches et toujours aux dépens de quelqu'un. Nous y avons toujours eu de l'avantage. M. d'Aumale étoit dedans avec deux cents chevaux ou [dus. Il s'y est fait aussi deux ou trois petits combats de gens de cheval. Je fus ordonné avec ma troupe de loger dans ledit bourg pour être plus près aux occasions qui se présenteroient, et n'y avoit nuls autres gens de cheval que la cornette blanche. Si M. d'Aumale eût tardé de quatre ou cinq jours à venir à Rouen, ceux de la ville se vouloient remettre en l'obéissance du Roi. Il s'est approché de Dieppe et a pris une ville appelée Neuchatel et quelques châteaux ; une autre ville appelée Eu se devoit rendre en nuit ou demain, l'ayant envoyé sommer; il fait état d'en prendre encore, sans tirer coup de canon, trois ou quatre , ce qui élargira fort le pays et en doit tirer quarante ou cinquante • mille écus pour l'entretcnementde l'armée. Durant ce temps-
là l'on verra ce que deviendra l'armée de M. du Mayne, qui s'étoit approchée de Rouen au delà de la rivière de Seine, pensant qu'il fût as-iégé. M. de Nemours lui a mené environ trois mille Suisses et six cents Rcitres ; outre cela, l'on fait état qu'il a environ quatre mille arquebusiers françois et six cents chevaux françois. Nous verrons dans peu de jours ce qu'ils vont devenir. Le Roi peut joindre à soi, quand il voudra,
M. DE LA FORCE A Mrac DE LA FORCE. 237
MM. de Longuevillc et de la Noue avec toutes leurs forces. 1589- M. de Montpensier est ici. Vous aurez su comme M. d'Eper- 6scPtembrenon s'en retourna, ensemble les forces de Poitou, Saintonge et Angoumois. Le Roi a été contraint d'envoyer beaucoup de forces par les provinces pour empêcher que rien ne s'altérât et maintenir toutes choses en bon état. M. le Maréchal de Biron est toujours près du Roi qui gouverne entièrement tout. Au reste il est malaisé de vous dire quelle route nous prendrons, car cela se gouverne selon les occurrences des affaires. Mais selon ce que j'ai pu apprendre, le Roi fait état de passer bientôt la rivière de Seine et de s'approcher de la Loire. J'espère que mais qu'il soit à Tours, que je vous dépêcherai le sieur de Maug^zy par qui entendrez toutes nouvelles; cependant je vous dirai comme nous nous portons tous fort bien; Dieu merci, il n'est arrivé nul inconvénient à moi ni à rien de mon train , depuis mon partement. Je désire fort savoir de vos nouvelles et de tout ce qui se passe par-delà. Je ne puis vous dire autre chose; nous montons tous présentement à cheval. L'armée s'achemine en la ville d'Eu, je n'ai loisir d'écrire à personne, et baise très-humblement les mains à madame la Maréchale (de Biron) et à tous nos amis. Faites part à tous de nos nouvelles. A Dieu lequel je supplie vous avoir en sa sainte garde. Du camp près de Dieppe, le 6e de septembre.
M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE
Nouvelles de Guyenne. —Guerre contre les Ligueurs.
Je n'ai eu nul moyen de vous écrire , et je n'allai point un. plus avant que Trémolat, où je trouvai nouvelles assurées de 3 Juinla prise de Plassac, comme avez pu savoir, et continuant notre dessein, je me suis acheminé avec tout notre équipage en ce lieu de Siourac '.MM deCampagnac, de Saint-Julien, de Badefol et de Beynac, sommes tous ensemble, et partons ce matin pour nous rendre à Saint-Sarny (Saint-Cernin), qui
1 Siorac est un petit village sur la Dordogne, près de Belvés et à cinq lieues de Sarlat. Les gentilshommes qui soni cités dans cette lettre étaient tous du voisinage et du Gouvernement de M. de la Force.
2!i8 CORRESPONDANCES.
i59i. n'est qu'à demi-licue de Yillefranche. Ils sont , à ce qu'ils 3 J'01'0' assurent tous, quatre cents soldats dedans, et trente hommes armés, et ont toujours fait les assurés, jusques à présent qu'ils m'ont envoyé parler de composition, et approchent fort de la raison ; j'espère que nous serons résolus en nuit de ce qu'ils veulent devenir, car nous serons hien près les uns des autres. M. de Saint-Germain de Boissières est le négociateur. Je vous avertirai à toutes occasions ; nous sommes fort belle troupe ensemble , et plus de gens de pied que je ne pensois. C'est tout pour astheure ', car nous montons à cheval. De Siourac, le 3e de juin.
17 juillet. Je veux vous faire part de nos nouvelles et de ce qui s'est passé depuis mes dernières , qui a été la prise d'un fort des ennemis près de ce lieu de Salviac, où M. de Boisse a été un peu blessé, et encore que ce ne soit pas beaucoup, Dieu merci, si en ai-je reçu un merveilleux déplaisir ; les médecins assurent qu'il en sera guéri dans dix ou douze jours; toutefois il a un peu de fièvre. J'écris plus particulièrement toutes choses à madame la Maréchale (de Biron) , et la prie vous envoyer ma lettre. Quant à ce que vous désirez venir de par deçà, je suis d'avis que nous voyions un peu quel train prendront les affaires. M. le Maréchal (de Matignon) n'est pas content de l'état où il a trouvé les choses à Domme, l'on lui promettoit que l'on avoit pourvu à tout ; mais il y aura de la longueur; je n'y ai point encore été, je pense y aller demain. M. d'Aubeterre me recherche plus que jamais, c'est-à-dire il fait démonstration qu'il seroit bien marri que
je fusse mal content de lui
P. S. Je voudrois avoir donné beaucoup et que j'eusse été en lieu propre pour voir votre mine, lorsque vous lisiez ma lettre si bragmarde; je m'assure quo ce ne fut pas sans rire et possible changer plus de trois fois de couleur, mais puisque vous ne m'y avez voulu répondre, vous n'en aurez plus de ce style, et si tu ne lairras pas pour cela d'être ma fille. Certes, le temps que nous employons par deçà m'est fort long , et vous répond que s'il n'est mieux employé , que je
1 Pour h cette heure, locution usitée à celte époque.
M. DE LA. FORCE A M'c DE LA FORCE. 239
crois que je ferai la débauche, si est-ce qu'il n'y a point de «»*• telles troupes que ce que j'ai mené ; force gentilshommes " >uiUetde ces quartiers nie sont venus trouver. J'ai plus de soixante et dix maîtres, et déjà cent arquebusiers que je prendrois bien plus de plaisir d'employer ailleurs. Adieu, petite. De Salviac, ce mercredi 17e de juillet.
Tout ce que je puis ajouter à celle-ci, est que les ennemis, d'autant que je suis fort éloigné de Domine *, et que la plupart de nos forces étoient de delà la rivière, après M. de Pompadour, m'ont fort menacé de me venir attaquer en ce lieu avec trois canons et une bâtarde qu'ils mènent; ce qui m'a fait résoudre à ne bouger d'ici et les y attendre. Voici le troisième jour qu'ils m'ont approché, et sont logés avec tout ça à une lieue d'ici ; mais ils n'ont osé me venir voir. Sans doute, je ne pouvois être secouru de quatre jours, aussi ne m'en souciois-je pas beaucoup, et vous réponds que je désirois fort qu'ils y vinssent, et m'assure qu'ils n'y eussent pas fait leurs affaires, ayant toujours eu tout le régiment avec moi. J'estime qu'ils pensoient m'en renvoyer d'effroi, car ils ont écrit à plusieurs de leurs amis par dessous main qu'ils quittassent d'ici, car sans doute, tout ce qui y étoit, étoit perdu. M. le Maréchal (de Matignon) m'écrivit au soir qu'il vouloit commencer la batterie à ce matin, et que je m'y rendisse avec tout ce que j'ai de gens de cheval et de pied. Mais je lui ai mandé que si j'abandonnois ce logis, les ennemis s'en saisiroient. J'attends sa réponse; pour le moins commencera-t-on demain à battre, et, à mon avis, cela sera bientôt vidé. Après cela je pourrai vous résoudre à peu près ce que nous deviendrons, et en quel lieu je vous pourrai voir. De Salviac, ce dimanche, 21e de juillet.
P. S. Présentement je viens de recevoir une lettre de M. le Maréchal , qui me mande d'aller seul jusque là, d'autant que des principaux du château sont sortis pour capituler, et qu'il n'a rien voulu résoudre sans mon avis ; ils ont offert de rendre la place, si mercredi ils ne sont secourus.
21 juillet.
' Place qu'assiégeait alors le Maréchal de Matignon.
26 mai.
Il cherche à atténuer l'effel de la conférence de Suresnes et les bruits de sa conversion. — Assemblée mixte convoquée à Manies.
1593. Monsieur de la Force , je ne doute point qu'on n'ait diverse-
ment discouru de la conférence avec les députés de Paris, de la continuation et suite d'icclle, et qu'on n'en fasse divers jugements. C'est pourquoi, envoyant le secrétaire "Vicose en Guyenne pour faire avancer ceux que je mande pour se trouver à l'Assemblée convoquée en ma ville de Mantes, au vingtième de juillet, de mes principaux serviteurs de l'une et l'autre Religion ; je lui ai commandé de vous voir et vous représenter particulièrement la disposition des affaires, vous priant le croire comme moi-même, et sur ce, Monsieur de la Force, etc. A Mantes, le 26e jour de mai. Signé : Henry. Et plus bas : Potier.
LE MARQUIS DE VILLARS l AU ROI D'ESPAGNE.
Levée du siège de Rlaye par Matignon. — Précautions nécessaires pour assurer le succès des Catholiques et communiquer sûrement avec eux.
27 juillet. Sire, il y a deux ou trois jours seulement que j'ai écrit à votre Majesté, sur l'heureux succès de la sortie que M. de Lussan fit le dix-septième de ce mois, qui a contraint M. leMaréchal de Matignon de lever son siège de devant Blaye. Depuis, le courrier que j'avois dépéché devers elle, est arrivé chargé de la lettre qu'il lui a plu m'écrire, où j'ai vu le soin continuel qu'il plaît à votre Majesté d'avoir de cette province, de quoi je l'ai bien voulu remercier très-humblement par la présente, en laquelle je ne discourrai pas l'état auquel sont les affaires de par deçà , et besogne que l'armée de mer de votre Majesté, et l'assistance de ses forces y fait, ni le bien qui en peut sortir, parce que je ne l'ose fier à ma lettre; mais comme je m'en suis remis jusqu'ici à ce que le capitaine Pedro Sarravia lui en a écrit avec les chiffres qu'il
* La copie de celle lettre déchiffrée fut envoyée par Henri IV à M. de la Force. (Voir la lettre du Roi du 0 oclobre 1393.)
a; je l'ai encore prié de lui faire entendre par ce moyen-là <mî ce que j'ai à écrire sur la réponse que je puis faire à votre 27i"illet- Majesté. Je la supplie très-humblement de les vouloir croire, et suivant la démonstration qu'il vous plaît lui faire du désir qu'elle a du bien et repos des Catholiques de ce pays, et de l'avancement des affaires et de cette sainte cause, nous vouloir octroyer ce qu'elle connoîtra aisément par le discours de la lettre que ledit sieur Sarravia lui écrit, et ses précédentes, qui nous est nécessaire pour la considération de la prudence; et je continuerai à supplier le Créateur de vouloir donner à votre Majesté, Sire, avec une très-parfaite santé et prospérité, très-heureuse et très-longue vie. Votre très-humble et trèsobéissant serviteur et cousin. Emmanuel de Savoye. De Marmande, ce 27 juillet.
le roi a m. de la force.
Lettres interceptées. — Opinion sur la trêve. — Emprisonnement du Duc de Nemours par les Lyonnois. — Divisions dans la Maison de Guise.
Monsieur de la Force, m'étant venu entre les mains cer- 6 octobre. taines lettres interceptées , où il est parlé de quelques pratiques et intelligences de dangereuse conséquence pour mon service , tant en ce qui est sous votre charge que en autres endroits, j'ai avisé d'envoyer par delà le sieur de la Borde, présent porteur, gentilhomme ordinaire de ma chambre, et même le faire passer jusques à vous pour vous porter un extrait du déchiffrement desdites lettres, et vous faire entendre la résolution que j'ai prise là-dessus, de laquelle il s'en va si particulièrement instruit de ma part, lui en ayant baillé un mémoire bien ample , que cela me gardera de vous en faire redite par la présente, me remettant à ce qu'il vous en saura bien représenter, ensemble des autres occurrences de deçà et de l'état où toutes choses y sont encore maintenant par le moyen de la trêve , laquelle je suis recherché de continuer pour trois autre mois; toutefois je n'y ai encore rendu réponse, et si je l'accorde, je n'ai pas délibéré la faire pour un si long temps. Je crois que vous avez entendu la soublevation faite par ceux de Lyon contre le Duc de Nemours, pour avoir découvert qu'il se vouloit saisir de la ville et y bâtir une I. 16
1593. citadelle; il avoit fait faire quelques forts qui pouvoient tenir c octobre, ladite ville comme bloquée, lesquels ils veulent qu'il fasse mettre entre les mains de personnes à leur dévotion; et ayant refusé de le faire , ils l'ont constitué prisonnier et quelquesuns des siens avec lui dans le château de Pierre-Ancise ; l'on tient que l'Archevêque de Lyon, qui étoit dans ladite ville, malcontent de lui, il y a déjà longtemps, lui a dressé cette partie avec l'intelligence des partisans du Duc du Mayne, et déjà l'on voit des querelles se former pour cette occasion entre ceux de la Maison, le Duc de Guise se faisant entendre de vouloir venger l'injure de son oncle; qui est tout ce que je vous puis dire pour cette heure, priant Dieu, etc . Écrit à Chartres, le 6e jour d'octobre. Signé : Henry. Et plus bus : Revol.
Prolongation de la trêve avec les Ligueurs. — Instructions à ce sujet.
3 novembre. Monsieur de la Force, après la prolongation de la trêve que je vous ai dernièrement écrit avoir été accordée pour tout ce mois , il auroit été trouvé bon entre les députés assemblés pour en traiter, et depuis résolu d'un commun accord d'une part et d'autre, de la continuer encore pour tout le mois de décembre prochain, afin de faciliter toujours d'autant plus les moyens de pourvoir au soulagement du peuple ; à cette cause, je vous prie faire exactement observer en votre charge icelle continuation pour ledit temps, conformément aux articles de ladite trêve et ampliation depuis ensuivie, qui vous ont été envoyés, sans permettre qu'il y soit contrevenu ; donnant avis de ladite résolution et le faisant publier en tous les lieux de votre charge que vous estimerez être à propos, à ce que nul n'en puisse prétendre cause d'ignorance, ainsi que je crois que le même ordre sera donné et observé de l'autre part , attendu qu'il a été réciproquement promis pour servir au bien public; sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Dieppe, le 3e jour de novembre. Signé: Henry. Et plus bas : Hevol.
le maréchal de matignon a m. de la force.
Instructions relatives à certaine expédition qu'ils dévoient faire en commun '.
29 novembre. Monsieur, je suis infiniment marri que le sieur de la Borde
1 Voir la lettre du Roi du G octobre 1393.
ne vous ait pu voir. Il avoit à vous communiquer certain af- 15931 faire très important au service du Roi, et qui touche à vous 29 novembre, et à moi. J'ai avisé de vous envoyer la copie des instructions qu'il en avoit, lesquelles je vous prie tenir si secrètes que vous connoissez L'affaire le mériter. Le temps me presse d'exécuter ce que S. M. me commande comme vous verrez par la copie des lettres que je vous envoie, ce que j'ai voulu faire mercredi prochain , Dieu aidant, vous suppliant vouloir tant faire pour le service du Pvoi , et m'obliger particulièrement, que de vous en venir en toute diligence avec tout ce que vous pourrez mener de gens de guerre à pied et à cheval, pour m'assister en cas qu'il en fût besoin. J'écris à MM. de Saint-Léger et de Yivans de s'en venir aussi. Je vous prie accompagner mes lettres des vôtres à ce qu'ils ne diffèrent leur partement. J'ai averti M. le Marquis de Yillars de l'assemblée que je fais , l'assurant que ce n'est pour enfreindre la trêve, ni entreprendre chose qui y puisse apporter préjudice afin qu'il ne s'en émeuve. Attendant bientôt de vous voir, je me recommande bien humblement à vos bonnes grâces, et prie Dieu vous donner, Monsieur, une santé très-bonne et longue vie, etc. A Bordeaux, ce 29 novembre.
Tenue des Etats de Navarre. — Affection de Henri IV pour ses premiers sujets. — Conférences et divisions des Ligueurs. — Voyage de Normandie. -- Il est disposé.! prolonger la trêve à charge de traiter de la paix.
Monsieur de la Force, encore que les Commissions pour la 20 décembre. tenue des Etats en mon Royaume de Navarre et Pays souverain de Béarn, vous arrivent bien tard, je me promets tant de votre diligence et dextérité, que vous suppléerez au défaut de cette longueur; vous avez déjà assez séjourné dans le pays pour avoir reconnu et observé les mœurs de mes sujets, lesquels je désire que vous entreteniez en cette ferme créance, que comme ils sont les premiers sur qui Dieu m'a donné autorité, aussi veux-je continuer ce soin et cette affection singulière envers eux que j'ai portés dès ma naissance. Je ne doute pas qu'on n'ait diversement discouru des mutations arrivées par deçà; mais ces discours sont enveloppés de tant de considérations que pour tout il me suffira vous dire que
Ihk CORRESPONDANCES.
1593. j'espère que Dieu me fera la grâce de faire connoître à mes 20 décembre. sujets qUe je n'ai nui ])ut que ce qui regarde l'avancement de la gloire de Dieu, leur repos et soulagement. Je ne vous écris point les particularités de nos traités et conférences, qui sont la plupart du temps différés par les divisions et envies qui naissent de jour à autre entre ceux de la Ligue, et je travaille de mon côté à recueillir les volontés des villes, des Gouverneurs et plusieurs de la Noblesse , qui commencent à reconnoître la foiblesse de leurs prétextes. J'ai fait un tour en mon pays de Normandie, je m'en revais à Mantes, et selon les nouvelles que j'aurai, je me pourrai rendre au commencement de l'année prochaine à Chartres, où vous pourrez adresser ceux qui viendront de votre part, et j'aurai fort agréable d'entendre des nouvelles des quartiers où vous êtes. Le sieur de Belin m'est venu trouver, afin que je prolonge la trêve pour tout le mois de janvier, à quoi j'inclinerai, à la charge que dans ce temps-là ils traiteront à bon escient de la paix , et qu'il ne se pourra faire nulle levée de deniers de part ni d'autre qu'en vertu de mes Commissions; et à Dieu» Monsieur de la Force, que je prie, etc. A Vernon, ce 20° décembre. Signé : Henry. Et plus bas : De Viçose.
DU PLESSIS-MORNAY A M. DE LA FORCE
Regrcls de ce qu'il n'ait point passé par Saumur. — Critiques et réflexions sur le temps présent.
1594. Monsieur, ce m'est un grand déplaisir d'être frustré du
13 mai. plaisir et de l'utilité que je m'étois promis par ainsi ce bien de vous voir ici, car il se rencontre prou gens avec qui on peut deviser, mais peu avec qui aviser sur les perplexités de ce temps, qui semblent plutôt croître que diminuer. J'attendrai l'effet de votre promesse par le retour, dont toutefois je ne sais plus quelle décision prendre, et cependant vous supplie, Monsieur, de croire que vous n'avez ami ni serviteur qui plus honore votre vertu, ni qui plus affectionneroit vous faire service que moi. Toutes choses semblent nous exhorter à être unis, toutes parties se terminent enfin contre les gens de bien, mais particulièrement ceux à qui Dieu a donné de l'an-
torité, le doivent être , et c'est sur ce sujet que je vous ai 1594, touché par quelques-unes des miennes. Or, Monsieur, je *3 mai. prie Dieu qu'il fortifie les bonnes intentions du Roi, et rompe les mauvaises de ceux qui sont près de lui, et nous donne la patience et la prudence, qui sont requises, soit pour les unes, soit pour les autres.
Je vous baise, Monsieur, très-humblement les mains, et supplie le Créateur vous avoir en sa garde. De Saumur, le 13e de mai.
Opérations du siège de Laon. — Capitulation de la ville. — Le Roi convoque sa Noblesse. — Il a été renforcé par MM. de Montpensier et de Villars.
Monsieur de la Force , depuis ce que je vous ai écrit du ai juillet. 10e, de l'effort que j'avois fait le jour précédent contre cette ville , sans toutefois y avoir lors voulu donner l'assaut, pour ne l'avoir trouvé raisonnable, j'ai vivement fait continuer le travail des approches et mines, et donné ordre à me fortifier encore de plus grand nombre d'artillerie et munitions, pour ne la point faillir la seconde fois ; ayant aussi fait dresser un cavalier en un endroit où j'avois délibéré faire la plus forte batterie, duquel ils eussent été vus en courtine par le dedans et battus par quelques pièces que j'y avois fait monter, de sorte que la défense de la brèche leur eût été très-difficile et dangereuse; etétoienttous ces préparatifs tellement avancés, que je faisois état de les employer aujourd'hui, avec bonne espérance et toute apparence que les assiégés n'y pourroient résister ; aussi n'en ont-ils voulu attendre le coup, ayant, dès avant-hier, recherché et commencé d'entrer en quelque parlement, qui a été si avant poursuivi que hier la capitulation fut conclue de me rendre la place, si dans douze jours, dont celui d'hier fait le premier , ils ne sont secourus d'armée qui me fasse lever le siège, à quoi j'ai plutôt voulu condescendre que de hasarder la ville au sac et pillage et autres désordres qui ensuivent es villes prises par force, que j'ai toujours désiré éviter, même à l'endroit de mes sujets, lesquels ne peuvent souffrir aucune ruine qui ne retombe sur moi comme redondant à l'affeiblissement de l'Etat. Je n'ai pas grande
«94. opinion qu'il leur puisse venir secours suffisant pour me 21 juillet, faire lever le siège, non plus que l'armée ennemie n'a fait semblant depuis sa retraite de retourner à cet effet, ayant toujours demeuré campée et retranchée en un village appelé Miramont, sur la frontière du côté de Bapaume, travaillée de maladies et autres incommodités, et avec peu d'apparence jusques ici d'être renforcée, combien qu'ils en aient toujours fait courir le bruit; toutefois voulant jouer au plus sur, je remande ma Noblesse de l'Ile-de-France, Beauce, Champagne et Brie, à laquelle j'avois donné congé de s'aller un peu rafraîchir, les pouvant réavoir dans sept ou huit jours les plus éloignés, et les autres plus tôt; comme je m'assure qu'ils ne faudront à cette occasion, non plus qu'ils ont fait à toutes les autres où je les ai appelés pour le bien de mon service ; cependant j'ai été fortifié par la venue de mon cousin, le Duc de Montpensier, et de l'Amiral de Villars, qui arrivèrent hier suivis de près de mille chevaux et deux mille hommes de pied qu'ils m'ont amenés de mon pays de Normandie; et d'autant que je ne doute que ne soyez en peine et expédition de l'événement de ce siège, comme sont tous ceux qui aiment le bien de mes affaires, je vous ai bien voulu incontinent avertir de l'état où j'en suis à présent, priant Dieu , etc. Ecrit du camp devant Laon, le 21e jour de juillet Si<jné : Henrv. Et plus bas : Bjevol.
M. DE BùNOND A M. DE LA FORCE.
Mariage de Saint-Blancard, beau-frére de la Force, avec mademoiselle de Bailrfol. nièce de Sully. — La Noblesse de Périgord, prête à marcher contre les Croquants, se décide à reconnoître la Force pour chef de celle expédition.
4 août. Monsieur, je vous écris celle-ci en forme de mémoire pour vous rendre compte de tout ce que j'ai fait depuis votre départ.
Premièrement, je n'ai jamais ouï parler d'être député à l'Assemblée de Sainte-Foi que ce que vous m'en dites, et me tins prêt et préparé pour y servir en ce qu'on m'emploierait jusqu'au jour de l'assignation , lequel expiré , j'accordai à madame de Badefol ' de me trouver à Bel ne, où nous avons
' Jacqueline de Béthune, veuve d'Elie de Gonlaut, Baron de Saint-Geniez et de Badefol.
arrêté le mariage de votre beau-frère1 au contentement d'un 1554. chacun, et encore qu'il y eut deux Évèques et M. de la Motte- 4 aoW> Fénelon, ils n'ont rien gagné pour le regard de la Religion.
Je laisse toutes autres particularités, et vous dirai que je fis entendre votre intention et promesse touchant les Croquants, 2 à MM. de Lors et di\la Motte, qui me résolument assurèrent que vous trouverez M. de Themines autrement disposé à ce sujet avec de bons et roides moyens, ne méprisant nullement cette affaire et la tenant d'une grande importance. Je vous envoie leur arrêté du k' de juillet; je n'ai pu entendre le dernier arrêt fait à Trimoulac le dernier juillet. Certes, Monsieur, il faut que je vous le dise et assure, de mon temps je n'ai vu entreprise si folle ni si pernicieuse que la leur, ni si dangereuse, ni de si périlleuse conséquence; je pense qu'il n'y a gentilhomme au Périgord moins récusable que moi au jugement de leur cause, car tout le monde sait que je n'ai jamais eu querelle ni dispute en mon pays pour une occasion quelconque que pour la leur, et cependant que j'ai eu tout seul tout le pays sur mes bras , tout un temps. Voilà pourquoi j'en parle sainement et sans passion.
Je ne craindrai de vous adresser que j'ai trouvé toute la Noblesse catholique et autres si disposés à monter à cheval et à les rompre qu'ils en brûlent d'ardeur. J'ai un peu retardé cette affaire jusqu'à ce que je vous l'eusse fait entendre. M. de Beynac y prend une peine incroyable, et selon son calcul, ils sont assurés de quatre cents bons chevaux, et je ne le trouve faux, ayant d'assurance MM. de Themines et deMessillac; ils n'avertiront M. de Bourdeille qu'étant à cheval et sont résolus de vous tenir pour chef en cette entreprise, si vous le trouvez bon. Cela vaut fait, car ils ne veulent un sabot pour leur chef; de votre vie il ne se passera chose plus louable par vos mains, plus juste et là où il faille plus de prudence; je vous y convie avec beaucoup déraisons, bien digérées et épluchées, car sans votre présence il y pourra avoir et de la cruauté et de l'imprudence, puis après trèsmalaisée à rhabiller.
' Jean de Gontaut, Seigneur de Saint-Bbncard, Baron de Biron, après la morl du Duo son frère.
* Voir la noie précédente, page 110.
4 août
1594. Je sais davantage que la Fagne a averti tous ses amis que Bergerac étoit leur, avec tant d'assurances et de promesses qu'ils n'en font nul doute. Certes tout Bergerac ne vaut ni au Roi ni à nous. Cette ville-là vous la perdez tout net sans une grande diligence accompagnée d'une grande Providence. Je n'ai loisir de garder un double de celle-ci, je vous prie de la garder et me croyez que vous ne pouvez vous exempter de travail ni de dépense, ou vous et nous recevrons un grand hurt.
Je vous ai commenté leurs articles, selon mon jugement, vous m'en manderez votre avis; je vous envoie le double de mon chiffre, car j'ai le vôtre à Barrière. N'écrivons que sur la première ligne, car autrement il est un peu difficile.
Les députés ont résolu beaucoup de choses, le tout sous le bon plaisir du Roi, vers lequel ils envoient le pauvre M. de Chouppes, qui avoit une grande peur que je me trouvasse en l'Assemblée; et aussi M. Lambert le ministre et quelques autres , résolus que si je m'y fusse présenté sans bonne charge, qu'ils m'y eussent fait un affront.
Si l'on m'y eût employé, j'y fusse allé; mais j'aimerois mieux avoir perdu deux cents écus que d'y avoir été. Je pense que toute la Noblesse se prépare en attendant de vos nouvelles. Je vous prie que ce soit en bref, je les retarderai un mois, si je puis, et de ne faire rien sans bon sujet ni à l'étourdie, ou autrement je n'y aurai ni part ni quart. Tenez-moi pour la fin, s'il vous plaît, pour votre plus humble et certain cousin et serviteur. Le h août.
P. S. Je vous prie, Monsieur, mettre ma lettre et mémoire dans votre cache, et ne la laissez voir à homme qui soit.
SI. DE FAVAS A M. DE LA FORCE l.
Entreprise sur Pampclune. — Nouvelles et bruits du temps.
i3si'ptembre. Monsieur, depuis votre départ de Nérac, je vous avois écrit et envoyé exprès un laquais , mais mon malheur a été tel
1 Cette lettre semble se rapporter à un projet dont le Roi recommande l'exécution à M. de la Force, le 18 mai 1593, et lui adresse, outre plusieurs blancsseings, quinze lettres pour MM. de Favas. Delcier, de Themines, de Maisières, de Monlluc, de Boisse, de Navailles, de Giscard, de la Roque, de Fonterailles, de Cmrmaii, de Lusigiian, de la Mothc Gondrin, de Castclnau de Chalosse et de
qu'il a perdu ma lettre, laquelle étoit du \ juillet. D'autant 1594que par icelle je vous écrivois plusieurs choses, et le soudain l3scPtembre départ du sieur d'Ambe ne peut permettre que je m'étende à un si long discours. Je vous dirai donc, Monsieur, le plus sommairement que je pourrai sur tous les chefs. Le premier de quoi je traitois, c'étoitsur le voyage que savez, et quej'approuvois l'opinion de l'Espagnol qui a parlé à vous, qui étoit que le temps nous devance et que vous aviez trouvé bonne son opinion, que j'enverrois bientôt de par delà les hommes qu'il requéroit, mais que je crois que le mur du fort n'est pas si baissé comme le capitaine qui plaide à Pau lui a dit, auquel il ne faut se fier entièrement, quoique ledit gentilhomme espagnol ait couvert son discours. 11 faut toujours croire que cette nation est subtile et veille sur les actions des François et mèmement sur vous qui êtes voisin, outre plusieurs de votre Gouvernement vous sont suspects, non tous, mais la plupart, et partant il faut le plus tard que pourrez leur parler de cette affaire. J'ai vu un homme qui en est revenu il n'y a que quinze jours, qui m'a assuré que les murailles n'ont pas huit pieds de haut sans fossé, ni au dedans il n'y a nulle commodité; mais puisque vous approuvez la remise, il m'est avis, Monsieur, qu'il ne faut pas perdre le temps, soit pour préparer les troupes et autres choses qui sont requises à ce dessein qui consiste en plusieurs circonstances et dépenses, de quoi j'en ai mis selon mon jugement le tout par état, et qui ne se peut exécuter que par votre moyen et commandement , bien que je vous puis dire, qu'il se peut passer par ailleurs que par votre pays, tant il y a que tout est remis entre vos mains, et faut aussi que vous en ayez l'honneur; et encore que je sois des plus pauvres gentilshommes de Gascogne , je vous offre premièrement la vie et vous puis assurer que je veux y employer une pièce jusques à douze mille écus et m'assure de mener mille arquebusiers d'autre part. Monsieur, mais que j'aie l'honneur de vous voir, je vous dirai
Larbousl, afin de les engager à favoriser les levées du sieur de la Force en Guyenne, et de s'entendre avec lui pour certaine expédition important à son service. Les deux places d'Espagne sur lesquelles on pouvait entreprendre étaient Perpignan et Pampelune ; mais d'après la situation de Riscle et d'autres documenis que nous possédons, nous avons tout lieu de croire que ce projet ne tendait rien moins qu'à s'emparer de Pampelune.
«94. ce que j'ai disposé à vous assister, et sur de telle qualité que 13 septembre. je Yous réponds que outre ce qu'ils honoreront les charges, j'ai moyen d'y avoir beaucoup de gens est d'y dépendre plus de vingt mille écus, et pense qu'ils seront plus de douze cents hommes de pied, outre la Noblesse, qu'ils feront et s'accommoderont à ce que vous voudrez, car je leur ai parlé franchement. Le sieur de Larrault m'a dit qu'il n'y a rien que le Roi affectionne tant; c'est donc à vous, Monsieur, puisque vous êtes si prés, de bien considérer ces affaires; mais pour les forces et assistance, ne doutez pas que outre ce que vous ferez, nous n'ayons plus de deux, mille arquebusiers et douze cents chevaux , et veux que vous me le reprochiez et je ne comprends pas en cela ceux au pays où vous êtes. 11 ne reste que de parler ensemble pour nous résoudre sur tous les points et faut que les gentilshommes y soient appelés; je me rendrai où vous me manderez et crois que Riscle seroit le plus commode.
Le sieur de Viçose a été vers Foix et m'a conté un autre grand dessein, qu'un Seigneur que vous connoissez manie et lequel il veut et peut exécuter. Je ne le veux encore nommer, mais c'est une affaire de très-grande importance, et voudrois que si vous avez à faire quelque chose, que ce fût au même temps.
Il passa hier ici un courrier qui partit mercredi dernier de la Cour, qui dit que le Roi avoit eu nouvelles que M. de Mayenne ' avoit été arrêté par l'Archiduc Ernest à Bruxelles, et qu'on lui avoit été tous ses domestiques. S. M. a fait son entrée à Cambrai et s'en va à Lyon. Il a MM. les Maréchaux de Bouillon, la Châtre et Baligny2, chacun desquels a une armée composée de trois mille hommes de pied et cinq cents chevaux, et avec cela feront la guerre en Flandre. Y ou. "avez su la publication de la révocation de l'Édit et les modifications étranges, cela me gardera de vous le mander. Je vous baise très-humblement les mains et demeure, etc. A Castel- Jaloux, ce 13 septembre.
' Ce liruii se répandit en effet ,'i Paris le 35 août, cl continua bien quinze jours, dit l'Etoile, contre in coutume des fausses nouvelles ; car on dil que c est beaucoup quand une tnenieiie est bien entretenue vingt-quatre heures, el qu'en matière d Etat elle sot souvent de beaucoup. (Journal de l'Etoile, tome III. p. 77.)
3 Jean de Monllue, Seigneur de Balagny, mort en 1603.
M. DE LA FORGE A Mmc DE LA FORCE. 251
M. DE LA FORCE A MADAME DE LA FORCE
Nouvelles de la Cour. — Mariage de sa cousine, Anne de Caumont, avec le Comle de Saint- Paul. — On veut le réconcilier avec M. de Bouillon. — Préoccupation de son procès.— Prise de Briqueras, par M de Savoie. — Alfaires de la Religion.
Voici le cinquième jour de mon arrivée et la première occa- 1594. sion qui s'est offerte de vous écrire; je vous dirai comme je 26 octobre, me suis bien conduit en mon voyage, et ai trouvé le Roi en cette ville qui m'a fait cet honneur de montrer être bien aise de ma venue. Je ne pourrois en être plus content, et de même de Madame. Je n'ai point vu la Cour si grande , tous les Princes et Princesses y sont; j'ai été si occupé à faire ma cour et aussi que c'est mon quartier, ayant voulu pour le commencement m'assujettirun peu, que je n'ai encore beaucoup
avisé à mon procès Je ne sais que vous dire du mariage
de ma cousine, M. le Comte de Saint-Paul a montré jusqu'ici y être fort affectionné; mais j'ai appris par quelques particuliers de mes amis, qu'il n'y est pas fort résolu et qu'il est comme refroidi; l'on m'a dit qu'elle a fait tant de plaintes à M. du Mayne de ce qu'il la détenoit par force, qu'il s'est résolu de la laisser aller où elle voudra, et le bruit a couru en nuit qu'elle s'en venoit en cette ville , je n'y trouve pas grande
apparence Celle-ci est fort à la hâte; je vous écrirai
bientôt plus au long. M. le Maréchal de Biron est ici, j'y ai aussi trouvé M. le Maréchal de Bouillon , et nous voyons tous les jours sans toutefois nous être salués ; le Roi nous a parlé à tous deux de nous accorder, et lui a toujours dit qu'il le désiroit fort ; ayant montré de sa part y être disposé, comme j'ai fait aussi de mon côté, tous les principaux de la Cour s'y vouloient employer. S. M. nous avoit commandé de nous rendre chez M. de Montpensier pour cet effet, et avoit fait nomination de ceux qui nous dévoient accorder; mais il y a ici tant d'affaires et tant de difficultés d'assembler seulement quatre hommes dans Paris, avec ce que la mort de M. d'O est survenue en ce temps-là, et que le Roi alla courre un cerf à Saint-Germain et me commanda d'y aller et me prêta de ses chevaux pour courir, tant y a que M. de Bouillon partit bier et n'en a été autre chose. Il y a des siens qui m'ont dit depuis qu'à la première vue cela s'accommoderoit sans
1594. aucune cérémonie; c'est tout pour astheure; adieu ; je vous 26 octobre. pr;e qUe j'aie de Y0S nouvelles ; ma sœur est ici qui se porte fort bien ; j'oubliois à vous dire que le voyage de Lyon est remis, mais le Roi parle d'aller faire un voyage en Picardie dans sept à huit jours , cela me fàcheroit bien ; quoi qu'il en soit, je veux travailler à mon procès ; on parle que ce ne sera que pour quinze jours; ce voyage se fait pour remédier aux places frontières , car il se parle d'une armée espagnole, et n'y a rien de disposé à la paix pour encore. M. de Guise est d'accord, et croit-on qu'il viendra bientôt trouver le Roi. Dieu vous ait en sa sainte garde. A Paris , ce 2GC d'octobre.
9 novembre. Le Roi est venu en ce lieu de Saint-Germain, il y a sept ou huit jours; toute la Cour y est et MM. du Conseil. S. M. veut travailler à plusieurs règlements, et dresser l'état des garnisons. Il y a si grande quantité d'affaires que l'on ne peut rien expédier. Je n'ai encore pu avoir de résolution d'aucun affaire du Réarn, et pour les miens particuliers, je n'ai pas seulement le loisir d'y songer. Je fais fort la cour pour le commencement ; c'est aussi pour en prendre congé après la Saint -Martin , étant résolu de fort travailler à mon procès. M. le Comte de Saint-Paul m'a fort parlé de nos affaires, et qu'il désireroit que nous pussions en sortir à l'amiable, à quoi il se veut employer. Il fait son fait propre de ce procès, et m'a dit qu'il espère avoir bientôt la fille, du consentement de M. du Mayne ; mais je n'en crois rien. L'on parle toujours du voyage de Lyon, mais ce ne sera sitôt ; le Roi ira auparavant en Picardie ; quant à moi, mes voyages seront aux sollicitations. A Dieu pour cette fois, etc. A Saint-Germain, ce 9' novembre.
12 novembre. J'obtins hier mon congé du Itoi pour aller à Paris poursuivre mon procès. S. M. part dans cinq on six jours pour aller en Picardie, où elle ne fait état de demeurer que dix ou douze jours, et peu après s'en aller à Lyon où les affaires pressent. Le Duc de Savoie a pris Rriquéras, après plusieurs efforts et grandes pertes, et tiré six mille coups de canon. M. d'Esdiguières ne les a pu secourir; il n'y a ici
autres nouvelles, sinon que le Turc s'avance fort et a pris 1594. plusieurs villes en Hongrie, ici il ne se parle plus de paix. 12 novembre. Les députés de ceux de la Religion sont été ouïs, et y a espérance que le Roi leur donnera contentement; beaucoup croient qu'ils ont fort gagné en la perte de M. d'O. Au reste il n'y a rien de plus certain que ma cousine la Marquise sort part la permission de M. du Mayne, et doit arriver à Paris dans cinq ou six jours. Le Comte de Saint-Paul fait état de l'épouser, et me recherche fort d'entrer en accord pour nos affaires. A Saint-Germain, ce 12' de novembre.
Le Pvoi montre beaucoup d'affection dans les affaires de 22 novembre. ceux de la Religion, et M. de Nevers que nous croyions des plus contraires, s'est montré le plus traitable. S. M. envoya chercher devant-hier MM. de la Cour de Parlement de Paris, auxquels en présence de tous MM. de son Conseil, leur fit une grande remontrance sur le désir qu'il avoit de maintenir tous ses sujets en paix, et que ceux de la Pieligion l'avoient toujours fidèlement servi; qu'il ne les vouloit pas mécontenter; que sa volonté étoit que ses Edits fussent reçus et publiés, ces modifications ôtées. Au contraire il y a fait encore ajouter des clauses plus avantageuses. Je fus toujours présent, et vous réponds que cela triompha ; je ne l'ouïs jamais si dignement parler. Cela me contenta fort. Je ne perdis pas cette occasion, car peu après, je suppliai S. M. de leur recommander la justice de ma cause, et de m'expédier promptement, ce qu'il me fit cet honneur de faire si à propos que je n'eusse pu souhaiter mieux, et même pour Castelnaut, que j'ai toujours craint qui m'accrochât, il leur dit qu'il importait à son service, et qu'il
désiroit qu'ils n'y touchassent point A Saint-Germain, le
22e de novembre.
LE MARÉCHAL DE BIRON A M. DE LA FORCK. Siège du château de Beaune. — Les Suisses veulent se débander, faute d'argent.
Monsieur mon frère, j'écris au Roi avec hâte, qui est oc- 1595. casion que je ne vous manderai bien au long de nos nou- *5 mais.
1595. velles ; vous aurez seulement que ceux du château sont à 15 mars, l'extrémité, qui est occasion que nous les avons battus avec le canon, et aussi que l'armée ennemie quand elle voudroit et qu'elle seroit assez forte pour les secourir, elle ne pourroit à cause du débordement des eaux. Toutefois, si dans demain ils ne capitulent , nous les battrons. Je vous suplie représenter au Roi la peine en quoi je suis à cause des Suisses, car par faute d'argent, cette armée s'en va rompre, et celle du Connétable de Castille astheure arrivant toute fraîche et se joignant à celle-ci, ils pourront faire du mal. Si j'eusse eu les douze mille écus, j'eusse contenu chacun en son devoir, ou pour le moins toutes choses ne seroient en si mauvais état. Je finirai vous baisant un million de fois les mains, et suis, etc. A Beaune, ce 15 mars.