FRANCHEMONT A M. DE LA FORCE
quiez de vous rendre auprès de moi au commencement de *M2- Yotre quartier, sans que vous ayez opinion que pour la mort ' août' du feu Duc de Biron , votre beau-frère , je vous croie autre que ce que vous avez été ; en sa mort, je vous ai plus plaint que lui, qui sais que s'il vous eût communiqué ses méchants desseins contre moi et mon Etat, vous eussiez tâché de l'en détourner, ou ne le pouvant, m'en eussiez averti afin d'y pourvoir ; de peur de vous en renouveler la douleur, je ne vous dirai que ce mot, si non qu'il est mort avouant qu'il le méritoit bien, mais ne m'ayant jamais voulu demander pardon, ni nommer ses complices, ni même prier Dieu, et je crois aussi qu'il ne le savoit, comme il l'a avoué à ses confesseurs, qui lui ayant voulu parler de madame la Maréchale de Biron , sa mère l, il ne la voulut seulement ouïr nommer parce qu'elle étoit hérétique. Ce dont il les a priés en mourant a été de dire à tout le monde qu'il étoit mort très-bon Catholique, sans pouvoir dire ce que c'étoit que Catholique. Je lui ai permis de faire testament et de disposer de son bien, car comme vous savez, je ne me veux point enrichir du bien d'autrui et me contente qu'il ait été puni comme il l'avoit mérité. J'estime que vous devez venir ici pour pourvoir à vos affaires, assuré que vous aimant comme je fais , j'empêcherai que rien ne se fasse à votre préjudice. J'ai été malade cinq ou six jours d'un flux de ventre qui m'a fort tourmenté, je m'en porte mieux, Dieu merci, et commencerai aujourd'hui à aller courre un cerf et faire ma première sortie. Adieu, Monsieur de la Force, je veux que vous croyiez que je vous aime, comme votre affection à mon service m'y convie, et que pour la mort du Duc de Biron je ne vous en aimerai pas moins ; en attendant que vous veniez me trouver, envoyez-moi votre fils aîné, lequel je veux qu'il demeure auprès de moi. Ce 7 août , à Saint-Germain en Laye.
Récit de ce qui précéda et suivit l'exécution du Maréchal de Biron.
Monseigneur, il avoit plu à Dieu me conduire sûrement en ** a°w-
1 Jeanne d'Ornezan, d'une famille protestante.
'Le sieur de Franchement était secrétaire de M. de la Force; nous avons pendant plus de trente ans des minutes du Maréchal écrites par lui.
14 août
1602. mon voyage, et m'avoit fait la grâce de le faire succéder assez heureusement sur ce que m'aviez commandé; mais à mon retour, étant près Châteauneuf sur Charente, un cheval me tomba dessus où je demeurai engagé longtemps, à cause que j'avois envoyé le postillon devant pour faire apprêter des chevaux ; de laquelle chute je me trouve si mal qu'il m'est du tout impossible vous aller trouver, ayant un grand vomissement de sang qui m'en fait appréhender l'issue, et je crois qu'elle eût été pire si je n'eusse été secouru de M. Loiseau ! qui dès hier au soir m'appliqua des remèdes et me fera saigner demain ; attendant donc qu'il ait plu à Dieu me renvoyer santé pour m'employer à continuer de vous rendre toute ma vie le très-humble service que je vous dois, et me voyant privé de l'honneur de vous pouvoir aller trouver, je vous renvoie toutes les lettres que l'on m'avoit chargé vous porter, et vous dirai que j'arrivai à Paris à trois heures avant la mort de feu Mgr de Biron, qui fut le mercredi dernier de juillet, lequel à ce que m'a dit M. Grenier, son confesseur, est parti de ce monde en bon chrétien et a témoigné en ses derniers jours autant de courage qu'en sa vie, n'ayant nullement appréhendé la mort , ni souffert être lié, sans se vouloir bander, ce qu'il fit enfin à la prière dudit sieur Grenier , et demanda un peu avant si vous étiez en ville. Il n'y eut que quelques soldats, et ceux de la justice qui se trouvèrent à ce piteux spectacle, qui fut à six heures du soir, dans la cour de la Bastille, les portes fermées ; et aussitôt que Dieu l'eut appelé , il fut mis dans un coffre de plomb, porté dans l'église Saint-Paul, accompagné de srx personnes, suivant le commandement du Fvoi , l'un desquels étoit le sieur de la Chesnaye et douze prêtres. C'est la mort la plus regrettée d'un chacun qui soit advenue de mémoire d'homme, et n'est pas croyable la grande multitude de peuple qui va faire des prières sur sa tombe. Son secrétaire Hébert a été depuis banni pour neuf ans après avoir souffert la question ordinaire et extraordinaire. Le même jour j'allai trouver M. le Comte de Boussy et madame la Comtesse, si affligés qu'il n'est pas possible plus; madite Dame vous écrit et s'en alla
1 Médecin de M. de la Force.