‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 141 sur 168 · FRANCHEMONT A M. DE LA FORCE · texte numérisé non relu

FRANCHEMONT A M. DE LA FORCE

deux jours après; M. de la Barauderye vous écrit aussi plein 1002. de bonne volonté de vous servir en tout ce qu'il pourra. 14 août- MM. Arnaud m'en dirent autant; le jeune fut d'avis de ne parler à M. de Pvosny à cause que je n'avois point de vos lettres, et leur ayant depuis déclaré la volonté du Roi et à M. du Rollet, ils sont d'avis que la suiviez et vous acheminiez vers S. M. plutôt avant votre quartier qu'après. M. de Pardaillan m'en a dit autant, et M. deLoménie aussi, auquel ayant baillé vos lettres à Saint-Germain, et dit ce que vous m'avez commandé, les fit voir à l'instant au Roi et lui présenta le tout; mais à cause de l'indisposition de S. M. ledit sieur de Loménie me conseilla de supereéder la poursuite à ma dépêche pour quelques jours, lesquels je crus ne pouvoir mieux employer qu'à m'acheminer à la Boulaye, voir madame de Larchant et MM. vos enfants que je trouvai tous en bonne santé, mais fort accablés de cette affliction ; je n'y arrêtai que deux heures, afin de retourner à Paris, m'informer bien particulièrement des affaires qui m'y appeloient pour votre service, où j'appris d'un de mes amis que le testament qu'avoit fait Mgr de Riron étant demeuré en Gascogne avec deux de feue madame de lîrisambourg, ils avoient été retirés par Mgr le Chancelier1 d'entre les mains d'un nommé le commissaire Légendre. Je retournai en diligence à Saint-Germain en avertir lesdits sieurs de Pardaillan et de Loménie, lequel sieur de Pardaillan à l'heure même le fit entendre en ma présence à S. M., laquelle montra en être aise et dit vouloir faire plus pour vous que pour tous les autres, et lui ayant représenté l'intérêt que vous aviez à la conservation desdits testaments , S. M. commanda audit sieur de Loménie d'aller dire au Chancelier de les garder, où je l'accompagnai, et lui, ayant fait réponse qu'il les avoit baillés à M. de Rosny, S. M. lui envoya faire le même commandement, et l'étant venu trouver, lui dit qu'elle n'entendoit pas que lesdits testaments fussent ouverts sans que vous y fussiez présent ou quelqu'un pour vous , ne voulant qu'il vous fût fait

aucun préjudice; et rencontrant après M. P , je lui fis

reconnoître que je savois où étoient lesdits testaments; il me

1 Pompone de Belliévrc ; il avait succédé à Chivcmy en 1599.

1602. fit seulement réponse qu'ils étoient entre les mains dudit «août. sjeur Chancelier, et que la demande que M. de Rosny avoit faite des biens de Mgr de Biron n'étoit pas seulement pour M. de Saint-Blancard, mais pour les dispenser à tous ses héritiers. Je retirai le lendemain ma dépêche, et pris congé de S. M., laquelle me commanda vous retourner trouver en diligence, et que ne manquassiez de vous acheminer vers elle pour servir votre quartier, et prenant congé dudit sieur de Loménie, qui a montré beaucoup d'affection , je lui ai représenté que si par ledit testament, vous n'étiez si favorablement traité que vous méritiez, il pouvoit remontrer à S. M. qu'elle vous pouvoit gratifier d'une bonne partie de ces biens qui étoient en sa disposition, ce qui seroit vous donner moyen de rendre MM. vos enfants plus capables de la servir; j'en ai dit autant à M. de Pardaillan et à MM. Beringhen et de la Yarenne '; ledit sieur de Loménie m'a aussi dit qu'il seroit fort à propos d'envoyer aussitôt que je serois près de vous M. le Baron votre fils, et que S. M. pourvoieroit à son entretenement ; je remets le tout à votre sagesse et discrétion. Quant à la particularité de quoi M. Arnaud yous avoit parlé, il ne sera point pouvu pour aucun ; tous les biens d'église ont été baillés à des Italiens. M. Paty me bailla vendredi dernier votre lettre, suivant laquelle je m'offris de l'assister et servir tant pour ce qui regardoit les affaires de madame la Maréchale que pour son particulier, de quoi il me remercia, et me dit n'être besoin de retarder mon retour. Madame de Badefol vous baise humblement les mains, comme aussi madame la Princesse d'Orange et madame d'Angoulême 2 et madame la Comtesse de Guiche ; MM. les Ducs d'Epernon et de Montbazon et M. de Pardaillan, qui vous écrit, vous en présentent autant, fort affligés de la perte qu'avez faite, à quoi ils participent beaucoup. Je n'ai point vu M. de Yilleroy, à cause de sa maladie. M. de Gesvres s'est fort offert à moi de vous servir ; je n'ai pu voir madame de Retz, et portai chez elle des lettres de madame de Larchant. Madame la Mar-

1 Guillaume Fouquet delà Varenne;il avait commencé par être porte-manteau du Roi, qui s en servait pour ses affaires les plus secrètes et qui réleva à de hauts emplois.

' Louise de Coligni, veuve de Guillaume de Nassau, Prince d'Orange.

quise de Maignelay, que je rencontrai venant de Saint-Ger- i«w. main, se recommande fort à vous, et vous eût écrit si elle en »* aoûteùt eu la commodité. Je ne me lasserois de vous écrire si je savois quelque chose digne de vous mander, encore que j'aie été contraint quitter l'écriture deux ou trois fois à cause des grandes douleurs que j'endure; je prie Dieu qu'il me donne allégement et me fasse la grâce de demeurer à jamais, etc. A Bergerac, ce iie août.

Retour sur la conspiration de Biron. — Désir de le revoir auprès de lui.

Monsieur de la Force, par cette occasion je vous dirai que 2Saoût. je dois bien louer Dieu ( comme avec moi doivent tous les iAut0§raPhe' bons François, particulièrement ceux qui m'aiment) d'avoir découvert la conspiration qui étoit brassée contre moi, car j'ai avis de tous côtés de dehors mon Royaume, qu'elle étoit prête à éclater et qu'elle étoit très-grande. Maintenant que le chef a été pris, elle n'est pas tant à craindre. Suivant ce que je vous ai ci-devant écrit de me venir trouver au commencement de votre quartier, n'y faites faute, car vous aimant comme je fais, je serai très-aise de vous avoir auprès de moi. Si vous avez nouvelles que les voisins remuent, donnez-m'en avis ; mais mon opinion n'est pas 'qu'ils le puissent ; ayez soin à ce qui est de votre charge pour mon service , et tâchez d'apprendre ce qui m'importe pour me l'écrire, en attendant que vous veniez auprès de moi, où vous serez le bienvenu et vu de moi. Adieu, Monsieur delà Force. Ce 28e août, à Monceaux.

Premières ouvertures des Morisques d'Espagne, sollicitant l'appui de Henri IV pour tenter un soulèvement contre Philippe III.

Monsieur de la Force, comme il n'y a rien qui soit assez 6septembr& fort pour altérer ou diminuer la bonne -opinion que j'ai toujours eue et ai encore de votre fidélité, ni l'affection que je vous porte, je m'assure aussi qu'il n'y a sorte d'accident qui puisse changer ni refroidir la bonne volonté de me servir que vous m'avez toujours témoignée; sur cette confiance, je vous écris la présente et vous adresse le porteur d'icelle, auquel j'ai commandé vous représenter et faire entendre deux

3i0 CORRESPONDANCES.

i«w. ouvertures qu'il m'a faites, lesquelles j'ai jugé clignes d'être 6 septembre, considérées et épluchées ainsi qu'il me les a déduites; mais comme il est question de choses qui sont de très-grande importance, et que la suite d'icelles en doit produire et engendrer encore d'autres qui seront encore plus prégnantes, je désire aussi voir si clair aux fondements sur lesquels l'on entend élever et exécuter les desseins que l'on propose, que je n'y sois abusé, et que je n'aie occasion de regretter d'y avoir prêté l'oreille ; au moyen de quoi je vous prie de faire élection de quelque homme qui soit entendu aux affaires , expérimenté soldat, inconnu néanmoins en la frontière, et l'envoyez avec cedit porteur où vous entendrez par son discours être nécessaire, pour parler lui-même aux personnes qui font les propositions qu'il vous dira, afin de savoir au vrai si elles sont certaines, quelles assurances on en peut prendre , quelles volontés et moyens ont de les commencer, et après les avoir commencées, de les poursuivre et y durer; ceux qui les mettent en avant, quelle assistance ils désirent de moi; quelles sommes d'argent ils entendent fournir pour cet effet; quelle commodité il y aura de leur donner ledit secours; sous quel prétexte et par quel chemin on le peut faire; en quel temps et par quels lieux ils entendent commencer eur entreprise ; si, pour ce faire, ils ont correspondance et intelligence avec d'autres étrangers; de quel nombre d'hommes, et de quelle qualité ils sont composés, et quel fond d'argent ils ont pour y employer; afin que étant informé au vrai et parle menu de toutes ces choses, je puisse mieux et plus sûrement y contribuer, ce dont ils me recherchent, tant pour leur propre bien ( car je serois marri qu'ils se perdissent, puisqu'ils s'adressent à moi), que pour la conservation de ma réputation. Monsieur de la Force, faites-moi donc ce service que d'envoyer quelqu'un avec ce porteur qui soit capable de vous rapporter éclaircissement et certitude de toutes les choses susdites, et des autres circonstances qui appartiennent à ce fait. J'ai fait donner à cedit porteur trois cents écus, mais ce n'est que pour le rembourser des frais qu'il a faits, venant par deçà. Je ferai mieux pour lui s'd continue à me bien servir; partant je vous prie donner moyen à celui que vous envoierez avec lui de se défrayer et je vous promets que

vous serez remboursé sitôt que je saurai l'avance que vous y

. , " i 6 septembre.

aurez faite. Avertissez- moi du temps que vous recevrez la présente sitôt qu'elle vous aura été délivrée, et de ce que vous aurez exécuté en vertu d'icelle, et vous me ferez service trèsagréable, priant Dieu, Monsieur de la Force, etc. Ecrit à Juilly, le 6e jour de septembre. Signé: Henry. Et plus bas:

DE NeUFVILLE.

mémoire adressé a henri iv par les morisques1 d'espagne.

Leurs griefs contre le Roi d'Espagne. — Les Royaumes de Valence et d'Aragon presque entièrement peuplés de Morisques. — Forces dont ils peuvent disposer. — Ils ne manquent point d'argent, mais d'armes et de chefs. — Ils supplient le Roi de France de les secourir; leurs prophéties lui promettent la victoire. — Ils réclament le secret et offrent des sûretés pour continuer la négociation.

Sacrée Royale Majesté !

Nous, les Morisques d'Espagne, vos esclaves de cœur, prions Dieu, Notre Seigneur, pour \otre conservation et victoire, et vous pouvez nous tenir pour vos loyaux serviteurs; à votre occasion et pour votre service royal, nous mourrons grands et petits.

Excellentissimes Seigneurs !

Nous n'avons jamais été traîtres à notre loi, ni à notre Roi, parce que nous sommes Mores de nation et des plus anciens qu'il y ait au monde ; car nous demeurons en Espagne depuis le temps que le Roi Muley-Jacop Al-Mançor la conquit, et lui et ses descendants possédèrent longtemps le Royaume d'Espagne ; ensuite voyant que les Chrétiens commençoient à conquérir l'Espagne, beaucoup d'entre eux se décidèrent à retourner en Barbarie. Les Rois Chrétiens, de leur côté, voyant que tous les Mores aboient en Barbarie, et que les terres restoient dépeuplées, firent annoncer par tout le pays que ceux qui voudroient demeurer en Espagne, les Rois Chrétiens leur engagoient leur foi et leur parole qu'ils les laisse— roient, avec confirmation de leurs fors et privilèges, vivre

' La forme de ce mémoire est singulière; il s'adresse tantôt au Roi lui-même, tantôt à son Conseil ou à ses agents. Il est sitiué au nom de ses compatriotes, par Hamele Musrif de Segorbe, qui s'intitule ailleurs un des Masarifes, c'est-à-dire gentilhomme de .'a nation.

im- en notre loi. Mais les Rois n'ont rien gardé de leurs paroles ; lorsque ceux du Pioyaume de Grenade furent conquis la dernière fois, non contents de les faire Chrétiens par force, ils voulurent les obliger à quitter le langage, les noms et le costume arabes, ce qui fit que ceux du Royaume de Grenade se soulevèrent seuls et avec peu d'armes , parce qu'ils étoient déjà désarmés, et firent la guerre au Roi Philippe, qui mourut sans avoir pu dire qu'il les eût vaincus un seul jour; et de même le Roi Philippe , comme il étoit père des artifices , voyant qu'ils lui donnoient beaucoup à faire, les séduisit par une paix fallacieuse, déclarant à ceux qui le supplioient qu'il leur pardonnoit et qu'ils retournassent dans leurs maisons, et qu'ils y vécussent comme Ils voudroient, confirmant de nouveau leurs privilèges. Aussi ils terminèrent la guerre; les voyant paisibles dans leurs maisons et villages, et sans se tenir sur leurs gardes , il les alloit chassant de leurs habitations avec de grandes forces et les éparpilla par toute la Castille, faisant la plupart d'eux esclaves par contrainte et sans raison, d'où il résulte que beaucoup sont dispersés en Espagne; le nombre de leurs maisons dépasse cent trente mille, plutôt plus que moins, attendant tous l'occasion de se venger de la tyrannie espagnole, et nous voyant commencer, ils ne s'endormiront point; car on ne peut leur donner le signal aussi sûrement, attendu qu'ils sont fort séparés les uns des autres, quoique cependant ils aient aussi des Syndics, gens considérables et auxquels on peut se fier parfaitement.

Excellentissimes Seigneurs !

Nous, ceux du Royaume de Yalence, sommes soixante-seize mille maisons, plutôt plus que moins, tous réunis dans des villes et de riches villages , race vaillante et gens courageux ; quand besoin sera, nous pourrons faire soixante mille hommes sans dépeupler nosdites maisons, ni sans qu'il en coûte rien au Roi qui sera notre appui; bien plus, lui donnerons-nous de l'argent s'il le faut, parce que certainement nous ne manquons de rien, sinon d'armes; et que pour ce qui concerne le Royaume de Valence, nous en sommes les maîtres, et nous ne voulons rien que savoir la volonté de sa Pioyale Majesté le Roi de France, attendu que nous le voulons pour notre Roi

et protecteur, nous prêtant assistance et faisant cette faveur ww» de nous délivrer de la tyrannie d'Espagne; car véritablement nous autres du Royaume de Valence, nous ne pouvons vivre, puisqu'ils ne savent quel moyen employer pour nous perdre; nous dépouillant de nos biens par la voie de l'Inquisition, et ne se contentant pas que les Morisques du Royaume de Valence payent auv Inquisiteurs chaque année deux réaux par maison, ce qui s'élève à cent cinquante- deux mille réaux par an, et le Roi y donne son consentement; et les Inquisiteurs nous disent qu'il nous a fait grâce en ne nous prenant pas nos biens , lorsqu'ils nous les prennent par l'Inquisition ; et comme ce qu'ils ne nous peuvent enlever par cette voie, ils cherchent à nous l'ôter par d'autres subtilités ; et si le Roi n'en étoit point content, ils ne le feroient pas. C'est ainsi que le Roi d'Espagne nous a fait beaucoup d'injustices et nous en fait chaque jour , ne se bornant pas à ne point nous maintenir nos fors et privilèges , que les R.ois ses prédécesseurs accordèrent à nous du Royaume de Valence, et à ceux d'Aragon; mais on nous les fit porter à la Cour du vivant de l'Empereur, où on les brûla sans aucune faute de notre part , et Soudain nous fit-on baptiser par force. Peu de temps après ils nous désarmèrent, et nous envoyèrent les Inquisiteurs, qui depuis lors nous tourmentent tellement que nous ne pouvons vivre, mais qu'il nous faut chercher nos remèdes là où nous les trouverons; et comme nous trouvons dans nos prophéties, que nous devons être secourus par les mains du Roi de France, que Dieu le fasse comme il en a le pouvoir , et qu'aussi sa Royale Majesté ne doute point qu'avec sa faveur elle ne remporte la victoire. Nous autres du Royaume de Valence sommes cinq tribus , et dans chaque tribu nous avons trois Syndics des principaux de notre nation, ce qui fait quinze Syndics pour tout le Royaume de Valence; et il suffit que ceux-ci le sachent et en soient avertis. Dans le Royaume de Valence il n'y a rien à craindre des Espagnols, parce qu'ils sont dans nos villes et villages et que nous en sommes les maîtres, car il s'y trouve tout au plus un Chrétien ou deux, comme Alcade. Il n'y a qu'un seul (bateau qui ait garnison , lequel se nomme le château de Vernia , et c'est pour garder la mer et empêcher les Morisques de s'en aller en

Zhk DOCUMENTS.

1602. ^]ger ; il y a aussi un autre château à Sativa, ville chrétienne ; il est grand et délabré , sans aucune pièce de canon. Effectivement le Royaume de Yalence n'est rien pour nous , si sa Royale Majesté nous favorise de quelques hommes qui entendent la guerre, et de quelques armes telles qu'arquebuses et pièces de canon, afin de commencer par prendre Valence. Nous trouvons dans nos prophéties que cette ville se rendra sans coup férir et sans recevoir aucun secours.

La ville prise il s'y trouvera des armes pour tous ; le secours qu'il est nécessaire que nous recevions devra venir par Dénia, qui est un bon port de mer; il n'y a rien à craindre du côté de la ville, parce que avant que la flotte n'arrive, ils s'enfuiront tous ayant peur de nous, et pensant que c'est la flotte turque, parce que la plus grande partie de notre nation se trouve près de Dénia; et tout ira à bonne fin avec la faveur de Dieu , selon que nos prophéties en rendent témoignage.

Sacrée Royale Majesté î

Nos bons frères aussi de notre nation , les Tagarinos du Royaume d'Aragon , sont comptés passer quarante mille maisons, plutôt plus que moins; ce sont de braves gens qui désirent se voir déjà au milieu de la lutte, pour se venger des affronts qui leur' sont faits chaque jour plutôt qu'à tout autre, et ils suivent le même ordre que ceux du Royaume de\alence, parce que nous sommes tous traités de même pour le bien et le mal, et ils payent les mêmes charges que nous payons à la tyrannique Inquisition; ils ont également leurs Syndics qui les gouvernent, qui sont les principaux de la nation ; ainsi donc nous mourrons tous les uns pour les autres. Comme les Aragonois sont riches, nombreux et réunis dans leurs villes et villages, ils pourront fournir quarante mille soldats, tous attentifs à l'heure de notre bien, et il suffit que leurs Syndics le sachent, à qui on pourra bien se fier pour le mot d'ordre; ils manquent aussi d'armes, quoique pas autant que nous, parce qu'il y a peu de temps qu'ils ont été désarmés, et qu'ils auront encore quelques armes cachées, priant Dieu que vienne le moment d'en faire usage ; d'autant que si sa Royale Majesté marche par la Navarre, elle aura plus de monde de son côté dans le Royaume

d'Aragon que ceux qui seront du côté opposé. Outre ceux 1602, de notre nation, elle aura encore beaucoup de Chrétiens pour auxiliaires, parce que sa Majesté s'est fait beaucoup de partisans en Espagne, qui prient Dieu chaque jour pour son triomphe. Il y a aussi de notre nation en Catalogne environ trois mille maisons qui se gouvernent par les Yalenciens et les Aragonois ; il se trouve également une autre nation en Castille, qui se nomment les Mudegales, Mores comme nous, qui seront de cinq mille maisons; ils mourront avec nous; et d'autres nations qu'il y a en Espagne, qui sont de la Religion du Christ et d'autres de la Loi de Moïse, se rangeront du parti de la France, et ceux-ci sont nombreux quoiqu'ils vivent fort cachés; nous les connoissons bien, et nous nous consolons les uns les autres; priant Dieu qu'il se présente occasion d'agir contre ceux d'Espagne.

Ainsi donc, Excellentissimcs Seigneurs, je vous recommande le secret pour l'amour de Dieu , et que l'on rende compte à sa Royale Majesté, que ce que je vous dis de notre nation est véritable que nous mourrons tous à son royal service quand l'occasion s'en offrira; et si sa Royale Majesté veut plus de sûretés de nous, je lui conduirai trois personnes des plus considérables de notre nation : l'une de Valence, l'autre de Grenade et la dernière d'Aragon ; je les lui amènerai secrètement à sa Cour au mois d'avril, elle connoîtra ainsi mieux nos intentions. Que si sa Majesté n'approuve pas ce projet, elle veuille bien me donner un homme en qui elle se fie, qui puisse lui faire connoître la sincérité de nos volontés. Que sa Majesté ne laisse pas échapper ces favorables occurrences, car l'Espagne est épuisée, et plus mal gouvernée de jour en jour. C'est ainsi que votre Majesté se vengera de ses ennemis avec la faveur de Dieu , lequel je prierai toute ma vie pour sa conservation et pour sa victoire, en qualité de son bon esclave de cœur. IIamete Musrif.

PLEIN POUVOIR DONNÉ PAR LE ROI AU SIEUR DE LA FORCE POUR RÉPRIMER LES .MOUVEMENTS QUE POUVOIT SUSCITER EN GUYENNE LA PRÉSENCE DE M. DE BOUILLON, COMPRIS DANS LA CONSPIRATION DU DUC DE B1RON

Chers et bien amés, étant survenu un affaire grandement *Jëc«mbr*

t«m. important notre service, nous dépêchons expressément par 4 décembre. ^ej^ je gjeur ^ ja force, p0ur y p0rter sur ce nos intentions et volontés, et l'ordre que nous voulons y être tenu pour y pourvoir ; et pour ce que vous nous y pouvez particulièrement servir; nous l'avons chargé de vous voir pour les vous exposer; vous l'entendrez donc, et le croirez de ce qu'il vous dira de notre part, comme vous feriez à nous-mêmes; et nous remettant à lui , nous ne vous ferons celle-ci plus longue. Donné à Fontainebleau, ce 4 décembre. Signé : Henry. Et plus bas: Forget.

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