M. DE BOUILLON A UN SIEN AMI. 3V
fûmes perplexes. Enfin, Dieu me mit au cœur de ne rester, 160îains à continuer notre voyage que j'ai fait jusques ici très-heu- Co™ent°e* reusement; et d'autant plus qu'à mon arrivée, j'ai trouvé ces de JiUmer Seigneurs prêts à faire la Cène à laquelle je participai; rendant en mon particulier grâces d'avoir été garanti, avec eux, de leur plus que miraculeuse délivrance, ayant M. de Savoie tenté une escalade le vingt-deuxième du passé , entre la porte Neuve et la Monnoie; ayant bien su que tout un grand pan de cette courtine demcuroit toujours sans sentinelle, son chemin ouvert pour conduire ses hommes, sa descente au fossé facile, trois échelles sont dressées; en l'espace d'une heure pour le moins, ils pouvoient faire entrer tout ce qu'ils vouloient, n'y ayant nulle alarme; par là passa deux rondes qui ne connurent rien de ce qui -étoit entré, ni de ce qui entroit. La troisième laissa un homme avec celui qui portoit son fallot; ayant ouï quelque chose, il s'approche pour voir ce que c'étoit; il est pris et tué; celui qui portoit le fallot prend l'alarme et commence à la donner : les Savoyards vont assaillir le corps de garde à la porte Neuve, lequel étant foible ne combattit point : la sentinelle qui étoit haute, abat un râteau où il fut porté un pétard; au lieu où l'escalade étoit donnée, qui s'appelle la Corraterie, la muraille de la ville est située en éminence de la plaine de dehors; il y a depuis ladite muraille quatre-vingts pas sans maisons , lesquelles sont assises en lieu élevé par-dessus la muraille de la ville, de bien trente-cinq pieds, et sont toutes lesdites maisons jointes de façon qu'elles sont comme une seconde muraille; mais elles avoient chacune sa petite porte de derrière pour se servir de cette place contre la muraille; outre cela il y a deux portes grandes, l'une à l'endroit de la tour delà Monnoie, et l'autre au droit de la porte Neuve, dont l'une n'étoit fermée : les Savoyards ouvrirent de quelques maisons les portes de derrière, et lurent dans lesdites maisons par lesquelles ils entroient au cœur de la ville par la place de Notre-Dame. L'alarme donnée, chacun y accourut; les Seigneurs rallièrent ce qu'ils purent à la Maison de Ville, pour fortifier ceux qui assailloient les ennemis, qui n'étoiont à beaucoup près pas si forts, parce que n'ayant pu ouvrir la porte Neuve pour faire entrer le gros de leur troupe, la peur
mmec
ment
de janvier
accoutumée à ceux qui combattent contre droit, les saisit; ment et ne s'aidèrent de leurs maisons qu'à garder que le saut de la muraille ne leur fût plus mauvais. Cette alarme a fait désirer mon séjour à ces messieurs, plus long que je n'étois délibéré à le faire, cuidant que cela donneroit quelque joie à leur peuple, et pourroit leur aider à s'empêcher des divers desseins que l'on tient que M. de Savoie a encore sur cette cité. Le sieur de Bourran est arrivé avec lettres de MM. de la Trémouille et de Saint-Germain, portant que le Roi vouloit qu'il sût tout ce que j'avois fait. Je m'en vais en Allemagne voir mes alliés ; et de là avec leur avis prendre les voies pour la continuation de mon voyage; et cependant servir à Dieu et à ses Églises sans intermission, lequel prie, Monsieur, vous donner sa grâce. A Genève, ce.... janvier.
Il engage la Force, qui a pacifié la Guyenne, à se rendre en Réarn pour dissiper par sa présence les bruits qu'on a fait courir. — Ordre de lui amener, dés qu'il sera de retour, l'agent qu'il a envoyé auprès des Morisques.
20 février. Monsieur de la Force, j'ai reçu votre lettre parle sieur de (Autographe) Puicharnaut que j'ai vu de très-bon œil et entendu de lui ce dont vous l'aviez chargé de me dire. Puisque ma province de Guyenne se trouve maintenant en l'état que vous me mandez, je vous prie, suivant ce que je vous ai ci-devant écrit, de vous en aller faire un tour en mon Pays deBéarn où j'estime que votre présence est très-nécessaire pour mon service; et si je m'assure que aussitôt elle dissipera tous les bruits qui ont couru de vous, lesquels vous devez mépriser puisque nonseulement en votre âme vous savez qu'ils sont faux, mais aussi que je ne vous ai jamais cru autre que mon fidèle serviteur; et comme tel vos actions et vos déportements vous ont fait reconnoître; aussi je serai très-aise que quand celui que vous avez envoyé dehors sera de retour, qu'il vous y trouve, afin que aussitôt vous me l'ameniez où je serai, pour me rendre compte de ce qu'il aura fait en son voyage, et de ce que l'on en devra espérer ; comme vous , que tout ce que je pourrai pour votre contentement , vous me trouverez bien disposé à vous témoigner comme je vous aime. Adieu, Monsieur de la Force. Ce 20e février, à Paris.
Ordre d'arrêter lesieur deMéritein, et d'aller trouver leMaréchal d'Ornanopour le réconcilier avec M. de Monte span. — Ini-tructions relatives aux revues des Persans et aux Etats de Béarn. — Voyage de Panissault chez les Morisques.
Monsieur de la Force, j'ai reçu depuis six jours en çà par 1603. le sieur Dulhot1 la vôtre du troisième passé et entendu par 3iuinlui ce dont vous l'avez chargé de me dire, qui ne puis croire lAut°sraPhe' que Méritein ait eu l'avis que me mandez par celui ' que m'a nommé ledit Dulhot; c'est pourquoi persistant en ce que je vous ai commandé de le prendre et vous en saisir, je vous prie de le faire , comme aussi de mettre peine de faire attraper Piedefort; car j'estime que par lui vous apprendrez quelque chose. Je suis très-aise de ce que vous avez tenu les Etats de mon Pays de Béarn, et que les affaires s'y soient passées ainsi que vous me le mandez ; mais je désire et vous commande, suivant l'autre lettre que Fresnes3 vous écrit de ma part (laquelle vous recevrez avec celle-ci), que incontinent après, vous alliez trouver mon cousin le Maréchal d'Ornano, et avec le sieur du Massez accommodiez promptement l'affaire qu'il a avec le sieur de Montespan, car il y va démon service que cela soit, et après vous aurez tout loisir d'aller tenir les Etats de la Basse-Navarre et de faire les revues que vous m'écrivez par les Persans du Béarn, chose que je trouve fort bonne et de quoi je vous prie; mais avant, je désire que cette affaire de M. le Maréchal d'Ornano soit parachevée. Quant à ce que le capitaine Laguionie a reconnu, il faut leur remettre jusqu'à une autre saison , comme aussi de ce où le sieur Baus a connoissance. Je vous prie aussi de tenir la main de tout votre pouvoir à ce que Licerasse soit mis en possession et jouisse de la Commandcrie d'Aubertin, que je lui ai ci-devant accordée et dont je lui ai fait expédier toutes les dépêches nécessaires, attendu que c'est ma volonté. Je vous ai ci-devant écrit par le sieur de Panissault sur le voyage qu'il avoit fait pour mon service. J'ai eu puis quelques jours trois ou quatre accès de fièvres tierces et doubles tierces, et maintenant je n'en ai plus aucun ressentiment et me porte fort bien , Dieu merci , de quoi vous pouvez assurer
1 Le Sieur du Lan, gentilhomme béarnais.
' L'Evéque d'Oléron, ainsi qu'il est dit dans les mémoires.
1 Forget de Fresnes, Secrétaire d'Etat.
1603. tous mes serviteurs, et ceux qui vous demanderont des nou- 3 juin. vei|es de ma santé , et vous, que je vous aime bien , comme je vous le témoignerai dans toutes les occasions qui s'en offriront, pour votre contentement. Adieu, Monsieur de la Force. A Fontainebleau, ce 3e juin.
DOCUMENTS SLR LA QUERELLE DU MARECHAL D ORNANO ET DE M. DE MONTESPAN, LEQUEL ADRESSA CES PIÈCES EN FORME DE MÉMOIRE, LE.... JUIN 1G03, AU SIEUR DE LA FORCE, CHARGÉ PAR SA MAJESTÉ DE POURVOIR A LEUR ACCOMMODEMENT.
Première lettre que M. le Maréchal d'Ornano a écrite à M. de Montespan, le lundi vingt -sixième de mai, toutefois ladite lettre non datée.
26 mai. Monsieur, depuis que la raison ni le commandement do Roi mon maître, ni l'avis de vos parents et amis n'ont eu pouvoir sur vous de me rendre satisfait de l'offense que vous fîtes en ma présence à mon logis étant à Condom , et ayant su que vous êtes sur le point de vous en aller à la Cour, je mets la main à la plume pour vous dire que je veux: avoir raison de vous au péril de ma vie, l'épée à la main, et vous" faire voir qu'en cette action je me veux mettre comme un des plus moindres gentilshommes de ce Pioyaume, et avec autant de franchise pour venir aux mains avec vous et vous dire, Monsieur, que pour faciliter cette affaire, vous vous y disposant, je laisserai le lieu où vous voudrez que nous nous voyions à votre élection; et pour les armes, je le remets à vous , soit à pied ou à cheval ; et pour la sûreté du lieu , je ne veux rien que votre parole; c'est pourquoi vous me manderez votre intention par de Loux, présent porteur, qui me la rapportera fort fidèlement. C'est moi qui vous écris cette lettre, qui me nomme Alphonse d'Ornano.
Réponse que M. de Montespan fit à la première lettre que M. le Maréchal d'Ornano lui a écrite le lundi vingtsixième de mai, à même heure qu'elle lui a été baillée par de Loux :
26 mai. Monsieur, puisque vous voulez, après avoir refusé ce que
j'ai fait et voulu faire pour votre satisfaction, me voir l'épée i«8. à la main , je ferai toujours en cela tout ce que vous pourrez 26 mai' désirer. C'est donc à vous, Monsieur, à me donner le lieu que je recevrai. Pour les armes, j'apporterai une épée etua poignard , puisque votre lettre m'apprend qu'elles vous sont aisées; si vous y trouvez de la difficulté, c'est à vous, Monsieur, d'en user comme vous le voudrez; et moi qui , pour l'honneur et le respect que je veux rendre au Roi, me remets à savoir par vous le jour et le lieu où vous voudrez que je vous voie ; car sans ce seul respect, je vous aurois nommé et l'un et l'autre ; voilà qui m'arrête que je n'en passe point plus avant; mais bien serai-je toujours disposé à faire pour cela tout ce que vous voudrez que je fasse, et aurai telle sûreté en votre foi que tous les lieux me seront assurés , pourvu que votre nom me les apprenne. Je suis Montespan. P, S. Monsieur, lorsque vous me voudrez faire savoir ce que vous voudrez que je fasse, faites que votre main seule me l'apprenne et qu'autre ne m'écrive que vous.
Seconde lettre que M. le Maréchal d'Ornano a écrite à M. de Montespan, le lundi vingt-sixième de mai, à six heures du soir , et baillée à M. de Montespan , le mardi vingt-septième de mai, à huit heures du matin, par de Loux.
Monsieur, ayant reçu la vôtre, je ne me suis jamais moins 27 mai. promis de vous que vous auriez le désir que nous nous vissions l'épée à la main, de même volonté que vous l'avez eue de m'oiïenser de gaieté de cœur. Pour les trois points que je vous ai marqués par ma lettre, qui sont la sûreté, les armes et le lieu , vous en avez accepté les deux , mais non pas le lieu, lequel vous me remettez à moi, alléguant le respect que vous portez au Roi. Ce n'est pas là que vous devriez avoir celte considération; mais vous la deviez avoir quand vous m'avez offensé, de quoi S. M. et toute la France vous en eût toujours plus loué quand vous auriez porté ce respect à la qualité qu'il a plu à Dieu et à S. M. me donner en ce Royaume. Je vous retourne donc dire derechef, Monsieur, que pour le lieu, si je l'eusse voulu nommer, je l'eusse
27 mai.
1603. fait par ma première sans y apporter ce délai; mais je vous ai déféré ce point et les deux autres pour vous faire apparoître et à un chacun de quel pied j'y veux marcher. Résolvez-vous donc incontinent, Monsieur, à nommer ledit lieu et le me mander par de Loux et par la vôtre afin que notre entrevue ne traîne tant. J'ai vu aussi que vous désirez que je vous écrive de ma main ; je l'eusse fait très-volontiers, mais ma lettre est fort mal aisée à lire , ce qui vous eût donné de la peine; mais tenez celle-ci de même que si je l'avois écrite, puisqu'elle est signée de ma main, et si vous voulez je la signerai de mon seing; j'attendrai donc avec passion de vos nouvelles par de Loux, lequel vous me renverrez incontinent ; c'est moi qui vous écris la présente qui me nomme Alphonse d'Ornano.
Réponse de la seconde lettre que M. de Montespan a faite à M. le Maréchal d'Ornano, le mardi vingt-septième de mai, à même temps qu'il a reçu sa lettre.
Monsieur, vous devez croire que j'aurai toute ma vie tel respect à ce qui sera du Roi , que j'aimerois mieux la mort que si S. M. pouvoit être offensée de moi ; cette seule considération me fera contenter à ne faire que ce que vous désirerez pour nous voir les armes à la main. Si vous n'étiez Maréchal de France, dès hier je vous aurois nommé le lieu là où vous m'eussiez trouvé; mais vous étant Officier de cette Couronne, je me contenterai de bien faire ce que vous voudrez que je fasse; je dis en me nommant le lieu, et bien que votre générosité et votre braverie fassent que vous vous dépouillez pour moi des charges que vous avez , afin que je puisse mesurer mes armes contre les vôtres , si est-ce que encore que je vous combatte comme gentilhomme pour ce qui me regarde, je vous combattrois pour ce qui regarde l'honneur du Roi comme Officier de la Couronne ; voilà ce qui me tiendra au devoir que je dois au Roi, car je ne veux jamais manquer à lui rendre toutes sortes d'honneurs et d'obéissance. C'est à vous, Monsieur, à me donner le moyen de vous pouvoir satisfaire, puisque vous avez refusé ceux que je vous ai offerts pour votre satisfaction , et lorsque vous le
ferez, vous devez croire que je me rendrai aussi facile de ce i6os. que vous voudrez que je fasse, que sauroit faire gentil- 2?mi»' homme de France que vous appelleriez au combat, et lorsque vous le ferez, votre action me servira pour mon Roi, et la mienne avec mes armes ne s'éloignera jamais de ce que mon honneur veut que je fasse; c'est donc à vous à faire le tout, puisque vous le pouvez, et en le faisant que ce soit par votre main que je l'apprenne , et de sorte que sur le lieu là où vous me voudrez voir, que je n'y puisse trouver que votre personne et vos armes. Je suis, Montespan.
Lettre troisième que M. le Maréchal d'Ornano a écrite à M. de Montespan, le mercredi vingt-huitième de Mai.
Monsieur, je n'eusse jamais pensé que vous eussiez voulu 28 mai. mettre en considération ma qualité de Maréchal de France, et autres que je tiens en ce Royaume , pour empêcher que nous nous voyions en la qualité que je vous ai fait entendre et que vous avez acceptée, comme vous me l'avez mandé par votre lettre, lesquelles qualités ne vous ayant arrêté de m'offenser ni moins de me satisfaire comme la raison le vouloit, et que le Roi, mon maître, le vous avoit commandé. Il me semble que vous ayant accepté le combat que je vous ai offert, vous ne devez pas refuser de nommer le lieu, vous protestant par cette mienne lettre que je vous nommerois le lieu , s'il n'étoit pour deux raisons qui sont que, tenant le rang que je tietis en ce pays , je vous en ai voulu donner l'élection à vous, et aussi que je juge que vous nommant le lieu, et y arrivant quelque obstacle pour empêcher l'effet de nos désirs , je ne veux pas que ni vous, ni autre personne du monde croient que cela vienne de moi ni des miens; voilà les raisons qui me font tenir à cette résolution, qui sont assez fortes pour vous convier à n'élever point toutes ces difficultés qui sont sans aucun fondement, comme je m'assure que tous ceux de notre métier qui sauront ma procédure le jugeront. C'est pourquoi je vous conjure à ce coup de me marquer le lieu, soit dans le pays, dans autre province, hors du Royaume, et si voulez dans votre maison même, et tout I. 23
1603. aussitôt sur votre parole, je m'y rendrai en tel équipage que 28 mai. Yous voudrez. Je me promets donc que maintenant vous vous résoudrez à cela afin d'empêcher toutes ces allées et venues qui pourroient donner connoissance de nos intentions, ce que je ne veux point, parce que je désire vous voir l'épée à la main. C'est moi qui vous écris cette présente qui me nomme Alphonse dOrnano.
Réponse de la troisième lettre que M. de Montespan a faite à M. le Maréchal d'Ornano, le vingt-huitième de mai, à même temps qu'il a reçu sa lettre.
28 mai. Monsieur, j'ai les mêmes respects aujourd'hui pour le Roi que je dois et les aurai toute ma vie; voilà pourquoi je ne vous saurois dire que la même chose que je vous ai dite par mes deux premières lettres. C'est où je m'arrête, et crois-je qu'il n'y aura personne au monde de ma profession qui n'estime ma procédure. J'ai toujours appris de ne refuser jamais le combat lorsqu'il m'est présenté d'un homme avec qui je puis avoir de l'honneur; c'est pourquoi j'ai accepté celle que vous m'avez présentée, comme j'aurois fait de même du lieu, si vous me l'eussiez nommé. C'est donc à vous, Monsieur, de considérer toutes mes trois lettres, et pour moi je ferai toujours ce qu'elles vous font connoître de mon intention, et ce sera sans nulle sorte de longueur, je vous assure. Montespan.
Toutes les susdites lettres ont été portées par de Loux, secrétaire de M. le Maréchal d'Ornano, et ledit de Loux dit à M. de Montespan, après qu'il lui eut fait réponse de la dernière lettre, que M. le Maréchal lui avoit commandé de lui dire que s'il ne lui donnoit le lieu, il rechercher oit toutes sortes de moyens pour se satisfaire et le plus avantageux qu'il jugeroit propre pour retirer raison de l'offense qu'il lui avoit faite. Ce qu'ayant entendu M. de Montespan, il appela quelques gentilshommes qui étoient avec lui, devant lesquels il dit à de Loux qu'il redît (es mêmes paroles qu'il lui auroit dites de la part de son maître, lequel de Loux les redit de même façon.
5 juin.
Lettre quatrième que M. le Maréchal d'Ornano a écrite à M. de Montespan le troisième de juin et a été apportée par M. de Laugnac le jeudi cinquième dudit mois.
Monsieur, je prie à M. de Laugnac, un de mes meilleurs «eos. et plus affranchis amis, de vous faire entendre mon inten- 3Juini tion, lequel je vous prie croire comme si c'étoit moi-même; vous le connoissez comme un caballero accompagné de foi et d'honneur. Tout ce qu'il arrêtera avec vous, je le tiendrai pour fait ; c'est moi qui vous écris la présente qui me nomme Alphonse d'Ornano.
la créance de M. de Laugnac ètoit qu'il venait pour arrêter avec moi • h moyen de me faire voir M. le Maréchal, ce que je lui offris de faire et d'aller, sur sa parole, aux conditions portées par ma lettre, laquelle il ne voulut pas prendre, mais bien la lut-il pour redire à M. le Maréchal ce qu'il y avait dedans, non qu'il me nommât le lieu mais devoit retourner le lundi après pour me le nommer et m apporter lettre de M. le Maréchal, comme je désirois.
Réponse que M. de Montespan a faite à M. le Maréchal d'Ornano le jeudi cinquième de juin, à même temps que M. deLcmgnac lui donna sa lettre, laquelle réponse M. de Laugnac ne voulut pas prendre, bien que depuis il Va envoyée à M. le Maréchal par de Loux.
Monsieur, j'ai su par M. de Laugnac ce qui est de votre intention. Il est personne que j'estime si très-fort que ie ne ferai jamais de la difficulté d'aller avec lui partout là où vous voudrez; mais bien désirai-je, Monsieur, que vous me nommiez le heu par une de vos lettres; je le désire pour que je rende au Roi 1 honneur et le respect que je lui dois. C'est pour ce seul respect que je veux que vous me le nommiez par une lettre, car sans cela je me contenterois de la parole de M de Laugnac, que j'estime tout autant que je saurois faire de gentilhomme de France. Je suis Montespan.
1 Tout ce qui est en lettres italiques est écrit par M. de Montespan.
5 juin.
Lettre que M. le Maréchal d'Ornano a envoyée à M. de Montespan par de Loux , son secrétaire, le 7e de juin.
1603. Monsieur, je vous avois écrit par M. de Laugnac et vous
i juin, assurois par ma lettre que tout ce que vous arrêteriez avec lui, je le tiendrai pour fait. 11 revint hier vendredi, à deux heures après midi, sans me porter réponse à ma lettre; mais il me fit entendre de votre part que sur sa parole et sur mon écrit vous vous rendriez au lieu qu'il vous marqua. Vous me faites tort de vouloir que M. de Laugnac entre caution de ma parole, car de vous je ne désire jamais autre chose que votre écrit et votre foi, comme de moi aussi vous ne devez désirer rien de plus pour n'embarrasser nos amis , et ressouvenez-vous que je ne fis jamais banqueroute de ma parole ni à mon Roi, ni à Prince, ni à gentilhomme, ni à mes ennemis quand j'en eus. Mais vous tenant en deux qualités aujourd'hui, pour gentilhomme et pour mon ennemi, vous y pouvez venir en. toute sûreté, et pour vous montrer que je désire abréger et ne trouver point tant d'échappatoires, venez-vous-en sur la parole d'Alphonse d'Ornano qu'il vous engage à vous et à tout le monde que vous y pouvez venir en toute sûreté dans votre maison de Bruch, fort ou foible, car pour cela je n'en prendrai nulle alarme, et tout aussitôt que vous me manderez que vous y serez, je m'y rendrai en tel équipage que vous voudrez à demi-lieue de ladite maison, et pour votre assurance vous aurez ma foi, ma parole, mon écrit et la vue de votre maison, avec les armes que vous m'aviez marquées par votre première lettre, et de Loux vous rendra la présente et une autre que je vous ai écrite, il y a huit jours, vous ayant fait chercher par tout ce pays, comme M. de Laugnac vous en a fait mention. C'est moi qui vous écris la présente qui me nomme Alphonse d'Ornano.
Cette lettre est celle que de Loux m'a apportée • avec la précédente.
30 mai. Monsieur, avant le retour de de Loux, M. le Président de Cadilhac et deux des MM. de la Chambre de Nérac étoient
1 Celte note, comme toutes celles qui précèdent ou suivent le texte des lettres, est de M. de Montespan, qui, nous l'avons déjà dit, adressait toutes ces pièces à M. de la Force, arbitre nommé par le Roi dans celle affaire d'honneur.
arrivés, ayant eu l'alarme de nos affaires, l'avis en étant i603* venu de nos quartiers, comme tout le monde vous pourra 30 mai* témoigner. J'ai vu par votre dernière lettre, que de Loux m'a apportée, que vous persistez que je nomme le lieu; c'est une formalité qui ne vous sert de rien et à moi m'est une longueur qui m'empêche d'avoir raison de vous. Mais, s'il vous plaît de considérer que par ma troisième lettre je vous avois nommé quatre lieux qui étoient à votre choix, pour prendre celui qui vous eût été plus commode et à votre contentement, et n'y aura personne, Monsieur, de votre qualité et de votre mérite qui ne juge que je vous ai nommé le lieu de la façon que je me suis expliqué; l'alarme est maintenant fort grande, ce qui me fait vous prier que pour cela vous ne bougiez de chez vous, comme aussi je ne bougerai d'ici jusques à ce que ceci soit un peu apaisé, et tout aussitôt je vous enverrai ledit de Loux, qui vous dira de mes nouvelles. Voilà tout ce que je vous puis dire, et dès hier je vous eusse mandé cela même, mais j'étois incertain du lieu où vous étiez, parce qu'un des miens m'assura qu'hier vous étiez en campagne. De Loux m'a dit que vous l'aviez voulu contraindre de mettre par écrit ce que je lui avois commandé de vous dire de ma part, en cas que vous ne voulussiez nommer le lieu et que vous aviez appelé des gentilshommes pour être témoins. C'est chose que je trouve bien étrange, puisque ces choses ne se doivent point rendre manifestes. Aussi m'a dit de Loux qu'il vous conjura par plusieurs fois que personne n'en eût point la connoissance que vous en vouliez donner. Monsieur, ne vous mettez pas en peine de cela, s'il vous plaît; mandez-moi un gentilhomme et écrivez-moi les paroles que de Loux vous a dites qui m'assure ne vous avoir dit autre chose que ce que je lui avois marqué, et je le signerai et m'en expliquerai fort bien comme je l'entends. C'est moi qui vous écris la présente qui me nomme Alphonse d'Ornano. Ecrit à Agen, le 30 mai.
Réponse, des deux lettres que de Loux m'a apportées de M. le Maréchal d'Ornano, le septième de juin.
Monsieur, je ne suis jamais entré en doute de votre pa- Tjnim rôle; toutes mes lettres vous out fait voir combien j'y ai
1603. pris de sûreté; non plus ai-je su de M. de Laugnac le lieu 7 jum. qUe Y0US vou]iez qUe je vous Yisse qUe par V011S qUj ne me
l'avez pas nommé. Tous les lieux me seront assurés; pour ce qui est de vous, je m'en assure : mais bien me semblet-il que, puisque vous me voulez porter au combat, que ce doit être de sorte que y étant et en étant sorti, si Dieu m'en fait la grâce, vous devez avoir soin de moi qui cours les hasards de ce qui est avec vous et de tout ce qui regarde l'autorité de votre charge. Je vous dis ceci sur ce que vous me dites que je me rende à Bruch, sans pourtant me nommer le jour, étant un lieu si proche de là où vous êtes et regardé de tout ce qui vous veut empêcher de faire ce que vous désirez contre moi. Si vous aviez la puissance de tenir dans vos mains tout ce qui est dans cette province comme vos armes, je crois que je vous pourrois aller trouver dans Bordeaux, de même que je pourrois dans tous les lieux de la terre; car pour vous, Monsieur, rien ne m'est en doute, et sais-je que vous êtes si observateur de votre foi que vous voudriez plutôt la mort que si elle se trouvoit violée. Yoilà donc, Monsieur, ce que je crois de vous, et vous discourai-je de toutes ces choses, pour ce qu'il me semble que vous devez avoir soin de la sûreté de notre combat lorsque vous m'appellerez pour le faire. Ce que je ferai, vous me donnant le lieu, pour vous témoigner, après avoir voulu obéir aux commandements du Roi, que mon honneur sera toujours soutenu de mes armes. Pensez, Monsieur, à tout ce que je vous dis, et pour moi, après que j'aurai de vos lettres, je me rendrai à Bruch, vous le voulant et me marquant le jour, et de là en tous les autres lieux où vous voudrez que j'aille, non point comme votre ennemi, mais comme gentilbomme qui, après avoir rendu les respects que je dois au Roi, je veux vous faire voir que mes actions sont enveloppées de mon honneur et de mes armes. Je suis Montespai*.
Ecrit à Gondrin, ce samedi septième de juin, à cinq heures du soir.
P. S. En même temps que de Loux m'a donné votre lettre, il m'en a donné une autre de vous, Monsieur, écrite d'autre main que de celle que vous avez coutume de m'écrire. Prenez garde à cela, Monsieur, car il n'est pas bon
pour moi que tant de secrétaires sachent ceci. Monsieur, je 1603' vous envoie par de Loux la lettre que j'avois voulu donner à 7jum' M. de Laugnac pour répondre à celle qu'il me porta de votre part, laquelle il ne voulut point prendre.
Lettre sixième que M. le Maréchal d'Ornano a écrite à M. de Montespan, le dimanche huitième juin à huit heures du matin.
Monsieur, est-il possible que dans un courage plein de 8 juin. tant de valeur, comme on vous a toujours estimé, il y ait eu tant de longueur pour satisfaire le Maréchal d'Ornano de l'offense que vous lui avez faite, qu'à cette heure, que je vous ai nommé pour vous voir l'épée à la main , le lieu de votre maison de Bruch, et à la vue d'icelle de demi-lieue, qui est le lieu le plus commode que je pouvois nommer au monde pour faciliter notre entrevue, vous la vouliez différer, car vous me témoignez par votre lettre que ledit lieu ne vous agrée point , bien qu'il soit sans objet ; c'est pourquoi je vous prie sans autre délai de vous rendre demain audit Bruch, où vous aurez, comme je vous ai écrit par ma précédente , toutes sortes de sûreté, et aussitôt que de Loux me rapportera que vous y êtes, comme je lui ai commandé d'y aller avec vous pour m'en donner toute certitude, je me rendrai à demi-lieue dudit Bruch, et vous marquerai le lieu où vous me pourrez venir trouver, et si vous craignez quelque chose, menez avec vous telle troupe que vous voudrez, car elle ne me donnera point d'ombrage , et pour faire voir à un chacun de quel pied j'y marche , si vous voulez , je vous irai trouver dans Gondrin, où j'irai avec la même franchise que si j'allois chez un de mes amis , et je me promets, Dieu aidant, que je vous ferai voir par les effets que je combats la plus juste querelle que gentilhomme de France ait jamais combattue. Ne vous mettez pas en peine de quelle main que mes lettres sont écrites , car elles sont signées de ma main, et mes effets le témoigneront. C'est moi qui vous écris qui me nomme Alphonse d'Ornano.
{Autographe )
Détails sur la conduite de M. de Bouillon. — Instructions sur le langage qu'il doit tenir pour déconcerter ses intrigues auprès des Protestants.
1603. Monsieur de la Force , la suffisance du sieur de Puychar-
LutoÈrraDhei nau^ m'empêchera de vous faire une longue lettre, car pour mes nouvelles, je l'en ai fort particulièrement instruit pour les vous faire entendre. Je me plaindrai seulement à vous des mauvais offices que M. de Bouillon me fait en Allemagne parmi les Princes où il se trouve , comme j'en ai des avis très-certains, et d'autant plus qu'il ne tient qu'à lui qu'il ne sorte de peine, car j'ai donné ma parole à M. l'Electeur, pour la lui donner, que s'il se veut justifier, comme il désire que tous ses amis le croient, que je favoriserai sa justification de tout mon pouvoir. Aussi, que s'il veut confesser sa faute et l'avouer, et m'en demander pardon , me donnant le moyen de le pouvoir croire, que je le lui accorderai librement. Vous connoissez son humeur, cependant il a des amis parmi ceux de la Religion de mon Royaume , lesquels il voudroit bien embarquer avec lui pour faire de son fait particulier une offense générale ; mais jusqu'ici , ils ont été plus sages, quoique parmi eux il y en ait eu quelques-uns qui ont conclu à me présenter requête pour lui ; car, comme ils disent : Il faut défendre les mâtins qui gardent le troupeau. De quoi je vous ai bien voulu avertir à ce que , si quelque chose de cela vient à votre connoissance, vous fassiez connoître à un chacun qu'il ne tient qu'à lui qu'il ne soit hors de peine , si c'est chose qu'il désire. Je veux croire, suivant ce que je vous ai mandé par Licerasse, et depuis par le sieur de Pansac, que vous serez allé trouver mon cousin le Maréchal d'Ornano pour mettre fin à la dispute d'entre lui et le sieur de Montespan, qui est chose que j'affectionne à cause de la conséquence, et qu'il y va de mon service, et remettant le surplus à la suffisance dudit sieur de Puycharnault, je ne vous en dirai davantage, que pour vous prier de le croire comme moi-même, et Dieu vous avoir, etc. Ce li juin , à Saint-Germain en Laye.
Juillet.