DE VILLEROY AU MARECHAL D OR1VANO
Succès de l'ambassade de Sully à Londres. — Situation politique des divers cabinets européens.
16 juillet. Je vous dirai que M. de Rosny a fait en Angleterre
un très-bon voyage , ayant rapporté à S. M. des déclarations et assurances si expresses de la volonté qu'a ledit Roi de préférer l'amitié et alliance du Roi, même à toutes les autres, comme il a entière occasion d'en être content, voulant nonseulement confirmer nos traités anciens et modernes, mais aussi les augmenter etétreindre autant qu'il sera jugé nécessaire pour le commun bien de Leurs Majestés, sujets et pays.
Toutefois, il ne laisse pour cela d'écouler les Ambassadeurs 1603d'Espagne et de Flandres comme les autres. Mais que nous 16Juillct chault-il qu'il le fasse, pourvu que nous soyons d'accord avec lui comme nous sommes? Voilà ce que je vous puis écrire de ce fait, et dont vous pourrez hardiment faire part aux bons serviteurs du Roi ; car c'est l'intention de S. M., laquelle parle d'aller en Normandie à la fin de ce mois, en revenir dans la fin du prochain, et de s'acheminer dedans le vingtième ou la fin de septembre, du côté de Lyon en Provence, pour visiter ces quartiers-là, qui tous ont besoin qu'il prenne cette peine au plus tôt. Le siège d'Ostende est toujours en un même état et durera encore longtemps , si d'autres n'y mettent la main que ceux qui l'ont conduit jusqu'à présent. Les mutinés d'Ostrade sont aussi toujours courroucés; les Archiducs ne peuvent les payer ni les châtier, vrai témoignage de leur foiblcssc en toutes choses. Certains cantons catholiques et protestants ont entrepris d'accorder la guerre de Genève, de quoi nous avons opinion qu'ils viendront à bout, car les parties ont moins de moyen de soutenir et continuer la guerre, que de volonté de s'entre-malfaire. Jà sont passés le pont de Gresy pour aller en Flandres, les régiments d'Espagnols et dix compagnies de Napolitains, ce qui est signe que le Roi d'Espagne ne veut engager ses forces au siège de ladite ville de Genève, comme avoit publié M. de Savoie pour intimider les autres ; mais nous ne savons encore au vrai à quoi ledit Roi emploiera l'armée de mer qu'il a adressée à Lisbonne; car on en discourt diversement, mais j'ai opinion qu'elle n'engendrera à la fin qu'une souris, de Neufville.
Félicitations sur raccommodement de Montespan et d'Ornano. — Résultats de l'ambassade de Sully. — Conclusiou de la paix entre Genève et le Duc de Savoie. — Etat des affaires dans les Pays-Bas.
Monsieur de la Force, j'ai reçu par le sieur de Sources 18 juillet. la lettre que vous m'avez écrite en commun, avec les sieurs de Massez et de Lussan , et ai été très-aise que vous ayez ainsi bien accommodé FafTaire pour lequel je vous avois appelé par delà; je sais bien que ce vous a été beaucoup de
1603. peine et de divertissement, et vous en avez aussi d'autant plus t8 juillet. merite envers moi, comme ce vous doit être plus de plaisir de m'avoir servi à cet affaire tant à mon gré et contentement; j'eusse bien désiré pour mettre ce fait en sa perfection, que vous eussiez fait trouver bon à mon cousin le Maréchal d'Ornano, que ledit sieur de Montespan l'eût vu; mais ce qui ne s'est pu faire tout en une fois, se pourra recouvrer en une autre. Je crois qu'ayant composé cet affaire, que vous avez laissé la province de Guyenne en grande tranquillité et repos, comme sont, Dieu merci, toutes les autres, et n'avons autre sujet de nous entretenir que des affaires d'autrui. Mon cousin, le Marquis de Rosny, est depuis quelques jours de retour de son voyage d'Angleterre, qui a fort heureusement succédé, tant pour l'inclination qu'il a reconnue au Roi d'Angleterre de se joindre de fort étroite amitié avec moi , que pour la dextérité et prudence qu'il y a apportée de sa part qui a été grande, s'y étant si bien conduit, qu'il désire non-seulement de confirmer tous nos anciens traités, mais d'en faire de nouveaux tels que nous le désirerons. J'ai aussi avis certain que la paix est résolue entre le Duc de Savoie, et ceux de Genève, à quoi j'ai véritablement aidé; car ce trouble en eût pu exciter d'autres. Il est passé en ce mois quelques troupes d'Espagnols et Italiens qui vont en Flandres; mais ils cheminent un peu lentement pour le besoin qu'en auroit l'Archiduc, les affaires duquel n'y prospèrent pas plus que de coutume. Pour moi je suis venu ici reconnoître cette maison que je n'avois pas encore vue, l'ayant trouvée fort agréable, même en cette saison; je n'y ferai pas pour cette fois plus long séjour, je m'en retournerai à Saint-Germain achever de passer là ou aux environs le mois prochain, en l'intention de commencer au mois de septembre le voyage que je délibère faire en Provence; c'est ce que j'ai à vous dire pour cette fois, priant Dieu, etc. Écrit à Villers-Cotterets, ce 18e juillet. Signé /Henry. Et plus bas : Forget.