LE ROI AU MARECHAL D ORXANO
Même sujet que la précédente.
18 juillet. Mon cousin, je ne vous avois point écrit depuis celle du
vingt-troisième du passé, parce que j'étois toujours attendant 1603. de vos nouvelles ou de ceux que j'avois ordonnés pour l'ac- l8iuillet commodément delà satisfaction qui vous dcvoit être faite parle sieur de Montespan ; mais je n'avois point eu de vos lettres depuis celles du douzième passé, ni des leurs que celles que j'ai eues depuis deux jours par le sieur de Source, lesquelles m'ont été fort agréables , ayant vu par icelles que ledit affaire étoit accommodé à votre contentement, dont je vous sais fort bon gré, m'assurant que sur ce que vous avez connu que c'étoit chose que j'affectionnois et désirois, vous vous y êtes d'autant plus rendu facile et traitable, en quoi vous n'avez fait que suivre votre naturelle inclination, qui a toujours été de vous rendre complaisant à toutes mes volontés, que vous vous pouviez aussi bien assurer qu'elles ne seroient pour votre regard que les plus conformes à votre désir et avantage que je pourrois , et vous prie et conjure par l'affection que je vous porte, que quelque chose que l'on vous die ou que vous puissiez vous-même appréhender, de n'en avoir jamais autre opinion, et croire je vous aime et vous tiens toujours pour mon et particulier serviteur, et en qui j'ai entière et parfaite confiance; et au reste, qu'il ne se présentera jamais bonne occasion où je puisse vérifier par effet ma bonne volonté en votre endroit, que je ne le fasse. Comme mes affaires sont par delà en bonne tranquillité et repos, elles le sont, Dieu merci, partout ailleurs. Vous ferez tenir les lettres que j'envoie aux sieurs de la Force et de Lussan ; et pour celle du sieur de Massez, je la lui enverrai en Angoumois,où l'on m'a dit qu'il est retourné. C'est ce que j'ai à vous dire pour cette fois; priant Dieu, mon cousin, vous avoir en sa sainte garde. Écrit à Villers-Cotterets, le 18e jour de juillet. Signé: Henry. Et plus bas : Forget.
Le Roi d'Espagne a découvert l'objet du voyage de Panissault vers les Morisques de Valence, et l'entreprise que la Force préparoit sur Perpignan.
Monsieur de la Force, j'ai eu avis certain d'Espagne, que 27 juillet. le Roi d'Espagne a su l'occasion du voyage de Panissault, et (Autographe) de la soulevation que l'on me promettoit des Morisques
1603. d'Aragon; de quoi je vous ai voulu donner avis à l'instant, 27 juillet comme aussi qUe j'on me mande que l'on lui a dit une entreprise que vous menez sur Perpignan , afin que vous tâchiez de découvrir par qui cela pourroit être avenu , et que vous vous en preniez garde, usant de cela avec prudence. Je vous dirai que je n'ai aucun ressentiment de mes maux passés et me porte mieux que je ne fis jamais, Dieu merci; que je monte à cheval tous les jours, que j'ai été à Yillers- Cotterets dix jours, où j'ai eu force plaisir, et où M. depiosny m'est venu trouver de retour de son voyage d'Angleterre, où il a fait pour mon service tout ce que j'eusse su désirer; je m'en vais faire un voyage en Normandie qui sera pour un mois ou six semaines, de retour je commencerai celui de Provence. Mon fils et ma fille se portent très-bien, comme fait ma femme et moi, qui vous aime bien , et comme vous le sauriez désirer. Si vous apprenez quelque chose qui importe par delà, vous m'en donnerez avis. Adieu , Monsieur de la Force. Ce 27 juillet, à Paris.