LA DUCHESSE DE BAR (CATHERINE DE BOURBON) A M. DE LA FORCE
Recommandation en faveur du sieur Lechimia, son argentier.
12 août. Monsieur de la Force, j'ai reçu la lettre que vous m'avez Autographe) écrite , par Lechimia, mon argentier, lequel avec la lettre m'ont tant témoigné la continuation de votre bonne volonté que je m'en tiens infiniment votre obligée, et vous supplie de me continuer cette affection , et m'en produire les effets aux occasions qui s'en offriront ordinairement en mes affaires par delà où vous pouvez beaucoup, et particulièrement, s'il se présente quelque office de receveur du Domaine de l'Ecclésiastique, des Donations, des Amendes ou autre de telle qualité, me l'accorder pour ledit Lechimia, qui m'a fort bien servie et s'est depuis peu marié à Pau; s'il se fût retiré sur mes terres, je l'eusse bien accommodé et mis au heu qu'il eût été bien , mais son mariage en Béarn m'en a été le moyen : vous pouvez faire cela pour lui, ayant le même pouvoir que j'y avois lorsque j'y étois. Attendant cette courtoisie et votre réponse à ce sujet, je changerai ce propos pour vous dire
comme je suis venue ici pour avoir l'honneur de voirie Roi, 1603. la Reine et Msr le Dauphin , et par même moyen donner 12 août' ordre à quelques affaires, auxquelles ayant remédié, je m'en retournerai soudain en Lorraine. Et pour la fin je vous dirai de m'aimer toujours, et vous assurer que je vous suis entièrement affectionnée et à madame de la Force; en cette volonté je me recommande de tout mon cœur aux bonnes grâces de tous deux, et demeure votre très-affectionnée et assurée amie. A Saint-Germain en Laye, ce 12 août.
Arrestation du sieur deMéritein. — Ordre d'informer contre lui et de recevoir les dépositions de l'Evêque d'Oléron qui l'avoit accusé d'une entreprise sur la ville de Navarreins.
Monsieur de la Force, j'ai reçu votre lettre par le capi- 26 août. taine la Mothe, qui vous rendra celle-ci, et entendu par lui comme par mon commandement vous vous étiez saisi de la personne du sieur de Méritein et icelui amené prisonnier dans la tour de mon château de Pau. Vous m'avez fait en cela service très-agréable, car je serai très-aise maintenant qu'il est en lieu assuré, de savoir la vérité de l'entreprise que l'on m'a assuré qu'il avoit sur ma ville de Navarrenx, et autres choses que l'on pourra découvrir par sa prise. J'écris à ceux de mon Conseil ordinaire d'informer de ce fait et faire faire l'information par le sieur de la Coste, Conseiller en icelui, assisté de tel autre d'entre eux qu'ils jugeront, et ladite information faite, ils aient, avant que passer outre, à me l'envoyer close et scellée, pour, icelle vue, en être par moi ordonné ce que je verrai à faire; ce que vous leur ferez entendre, et pour ce que l'Evêque d'Oléron a été celui qui m'a ci-devant donné avis de l'entreprise que ledit Méritein avoit sur madite ville de Navarrenx, vous lui manderez de vous venir trouver, afin d'être ouï sur ce fait, et faire administrer les preuves qu'il a contre ledit de Méritein, et cependant vou3 me donnerez avis, si depuis sa 'prise vous n'avez appris aucune chose de ce fait et autres que vous saurez importer à mon service; et celle-ci n'étant à autre fin, Dieu vous ait, etc. Ecrit à Rouen, le 26e jour d'août. Signé: Henry. Et plus bas : de Loménie.
Désir de le revoir. — Il a conduit la Reine à Dieppe, pour lui montrer la mer.
1603. Monsieur de la Force, par mon autre, vous verrez ce que
26 août. je désire sur le sujet du voyage du capitaine la Mothe, et (Autographe) par cepe ci vous serez assuré de la continuation de mon amitié et de ma bonne santé, ensemble du désir que j'ai de vous voir; c'est pourquoi je vous prie de vous rendre près de moi au commencement de votre quartier. Je suis venu en cette ville pour la faire voir à ma femme, et la mer de deçà, ensemble les villes de Dieppe et du Havre. Cela fait, je m'en retournerai à Paris pour me préparer pour mon voyage de Provence. Mon fils est des plus jolis et se porte des mieux, Dieu merci, comme font ma femme et ma fille. Adieu, Monsieur de la Force. Ce 26e août, à Rouen.
Il lui recommande d'empêcher que des députés protestants ou les Evèques du Béarn ne viennent lui faire des remontrances sur leurs griefs, voulant traiter avec eux seulement par son intermédiaire.
31 août. Monsieur de la Force, sur l'avis que j'ai eu que ceux de la Religion prétendue Réformée de mon Pays de Réarn au dernier Synode tenu en icelui, avoient résolu de députer quelques ministres d'entre eux pour me faire des remontrances sur aucuns articles du dernier cahier à moi présenté par l'Evèque d'Oleron, tant en son nom que de celui de l'Evêque de Lescar et des autres dudit Pays; même que la levée des deniers pour ledit voyage étoit déjà résolue; comme aussi que lesdits sieurs Evêques l'étoient pour venir par deçà pour contester de leur part sur le mérite desdits articles, ne pouvant supporter de se voir facilement frustrés de ce qui leur a été par moi accordé pour l'exercice de leur Religion, et pour ce que je serois très-aise que ces choses fussent plutôt assoupies (comme c'a toujours été mon intention) que rébattues si souvent devant moi ; d'autant qu'enfin cela seroit pour altérer le repos des uns et des autres, que j'ai procuré autant qu'il m'a été possible; je vous prie, Monsieur de la Force, d'apporter tout ce que vous pourrez pour les empêcher de me venir trouver, leur remontrant ce que vous jugerez à propos sur cela; que je suis sur mon partement pour mon voyage de Provence, et que s'ils ont quelque chose
M. DE LA FORCE A Mmc DE BOUILLON. 369
à me remontrer sur cela, vous leur direz (comme je leur 1603. mande par celles que je leur écris, que vous leur ferez ren- 31 août' dre de ma part) qu'ils aient à mettre entre vos mains toutes les remontrances qu'ils prétendent me faire, tant d'une part que d'autre, lesquelles vous apporterez en venant pour servir votre quartier; et par votre avis, je pourvoirai sur le tout, ainsi que je jugerai à propos pour le bien de mon service; ce que vous leur ferez entendre, venant bien informé des raisons des uns et des autres, comme aussi vous leur ferez défendre à l'avenir de faire aucunes levées de deniers sans ma permission ou la vôtre ; et celle-ci n'étant à autre fin, je ne vous en dirai davantage pour prier Dieu, etc. Ecrit à Rouen, ce dernier jour d'août. Signé: Henry. Et plus bas: