‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 148 sur 168 · M. DE LA FORCE A MADAME DE BOUILLON · texte numérisé non relu

M. DE LA FORCE A MADAME DE BOUILLON

Consolations sur la disgrâce de sonfnari. — Conseils sur la conduite qu'il doit tenir.

Madame, je désirerois avoir ce bonheur de pouvoir rendre Décembre. mes effets conformes à ma bonne volonté et vous en pouvoir autant témoigner en votre affliction que votre vertu et mérite m'y obligent. J'ai de longue main voué tant de services à M. votre mari et tant prisé l'honneur de son amitié, que je ne puis que ressentir son inconvénient avec toutes les sortes de déplaisirs qui se peuvent dire au monde, inconvénient à la vérité bien inopiné à moi et d'autant plus déplaisant qu'il étoit moins attendu ; au contraire, je ne m'étois proposé que sa venue près du Roi et le contentement de l'y voir avec le même accès et cette bonne chère qu'il a accoutumé d'en recevoir. Ce sont des effets de Dieu qui dispose de nous comme il lui plaît, et qui souvent par telles visites nous veut éprouver et nous faire eonnoître que nous devons du tout mettre notre confiance en lui. Vous savez, Madame, les promesses de notre Dieu, et qu'à ceux qui l'aiment et le craignent il tourne toute chose en bien ; ayez agréable, s'il vous plaît, que je vous représente l'offense que vous lui feriez et le préjudice à vous-même, de vous affliger en l'état auquel vous êtes ; vous avez tant de prudence, que je m'assure que I. 24

Décembre

1603. vous ne manquez pas de recourir aux vraies consolations et à celui qui a toutes choses en sa puissance, même les cœurs des Rois, pour les fléchir comme bon lui semble, et conduire toutes choses à sa gloire. J'ai été infiniment aise d'entendre queM.de Bouillon ait pris le chemin de Sedan, étant, selon mon avis, la meilleure résolution qu'il eût su prendre et d'où maintenant ses raisons seront prises en meilleure part de S. M., m'assurant qu'il est si sage et prudent et saura si dignement s'y conduire, qu'il la satisfera de toutes ses actions et de toutes les accusations que l'on a mises sus, en quoi je vous prie témoigner, Madame, n'avoir rien reconnu en la volonté de S. M., qui n'y soit fort disposé et ne reçoive très-grand contentement de le voir justifié. Je prie Dieu qu'il lui en fasse la grâce et de pouvoir faire paroître son innocence au bien du service du Roi et ainsi qu'il le désire pour son contentement et des siens; je me reconnois fort inutile, mais je vous supplie très-humblement de croire, Madame, que si j'étois si heureux d'y pouvoir servir, qu'il n'y a homme en France qui y apportât une plus sainte affection, et que je voudrais au prix de mon sang pouvoir racheter son accident et le voir auprès de S. M. aussi bien que je l'y ai jamais vu. Recevez, s'il vous plaît, celle-ci en bonne part et le désir quej'ai eu de vous envoyer visiter par le sieur de Tours, présent porteur, pour avoir l'honneur d'entendre de vos nouvelles, faisant prière à Dieu, Madame, qu'il lui plaise vous fortifier et départir sa sainte assistance avec toutes ses grâces et bénédictions.

Page 1