‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 149 sur 168 · LA DUCHESSE DE BOUILLON ' A M. DE LA FORCE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE BOUILLON ' A M. DE LA FORCE

Elle le remercie de l'intérêt qu'il lui a témoigné pour son mari.

1604. Monsieur, vous me faites beaucoup d'honneur de vous sou-

10 janvier, yenir de moi, et de ressentir, comme il vous plaît m'assurer,

mes peines auxquelles j'expérimente l'assistance de Dieu,

ainsi qu'il vous plaît me représenter que font ceux qui l'ai-

' Elisabeth de Nassau, sœur du Prince Maurice, seconde femme du Duc de Bouillon.

Mmc DE BOUILLON A M. DE LA FORCE. 371

ment et le craignent; aussi n'ai-je jamais douté qu'il ne i*m. tournât en bien ce que nous estimons mal, et qu'il ne prît 10 Jaavier en main la cause du juste, et faire paroître la vérité plus forte que le mensonge ; c'est la consolation que j'ai eue assez forte pour ne me point étonner des fausses accusations et méchantes calomnies contre M. mon mari; ce sont choses fort ordinaires aux gens de bien, et qui leur sert plutôt que de leur nuire; leur innocence paroissant toujours fort claire, quoiqu'on tâche à l'obscurcir. Vous m'assurez, Monsieur, faire un pareil jugement touchant M. mon mari, en quoi je me promets que vous ne serez point trompé; cependant il m'en demeure un extrême contentement et une trèsgrande obligation ; Dieu me fasse la grâce de vous en rendre le bien humble service que je vous en dois, et de vous témoigner que vous ne pouvez honorer de votre amitié personne qui l'estime à plus de bonheur, Monsieur, que votre plus humble à vous faire service. A Turenne , ce 10 janvier.

Prière d'assister M. de Razillac dans l'arrestation d'un certain Piedefort, homme dangereux.

Monsieur, ayant eu avis de deux endroits, et de la part de 12 mars. M. do Razillac, qu'un nommé Piedefort étoit à la montagne, j'en ai averti M. le Maréchal d'Ornano par un courrier exprès, et ai pensé que je devois aussi vous l'écrire pour vous prier bien humblement, si M. de Razillac a besoin de votre assistance pour le prendre et forcer en quelque part qu'il soit, qu'il vous plaise l'assister. C'est un des plus méchants hommes du monde, qui a eu dessein sur la personne très-sacrée de S. M., et qui fait des menées en ce pays. A quoi m'assiirant que vous aurez agréable de vous employer, je vous supplierai croire que vous n'avez rien au monde si entièrement acquis à votre service, qu'après vous avoir bien humblement baisé les mains, je suis, etc., etc. A Paris, ce 12e de mars.

Ordre de se rendre à Bordeaux, pour accommoder le différend du Duc d'Epernon et du Maréchal d'Ornano.

Monsieur de la Force, j'avois bien eu avis dès que vous 26 min.

1604. étiez encore ici, qu'il y avoit eu à Bordeaux quelque appa- 26 mars. rence fe mauvaise intelligence entre mes cousins le Duc d'Épernon et le Maréchal d'Ornano, pour les fêtes que l'on préparoit pour le carnaval ; mais j'avois cru aussi que leur ayant mandé de faire tout cesser sur la nouvelle de la mort de feu ma sœur l, et cela s'étant fait, que par ce moyen en cessant la cause, les effets et apparences de ce petit trouble cesseroient aussi ; toutefois j'ai été averti qu'ils font connoître par leurs démonstrations extérieures qu'il leur en soit demeuré quelque chose sur le cœur, dont j'ai déplaisir tant pour leur particulier, les aimant et estimant tous deux comme je fais, que pour mon service et le repos de la province, qui en pourroit recevoir altération à leur occasion. Je leur fais présentement réponse aux lettres qu'ils m'en ont écrites, et leur mande précisément que cela se raccommode entre eux le plus promptement et avec le moins de cérémonie qui se pourra; comme à la vérité la cause qu'ils présument avoir du mécontentement l'un de l'autre, étant plutôt sur des conjectures et impressions que l'on leur donne , que sur chose d'aucune substance, elle ne mériteroil pas qu'autres que eux-mêmes s'en entremissent. Toutefois, parce qu'il pourroit être que combien que chacun y apportât bonne disposition, que la conclusion de leur réconciliation languiroit sur les formes que chacun voudroit prendre à son avantage, j'ai estimé pendant que vous étiez par de là, que nul ne pourroit être plus propre à s'y entremettre que vous ; c'est pourquoi je vous prie de vous retrouver à Bordeaux au même temps que mon cousin le Duc d'Epernon y doit retourner, et de considérer en quelle opinion ils seront, et l'un et l'autre, et si tant est que vous connoissiez que d'eux-mêmes ils ne se voulussent résoudre à s'entrevoir, et qu'ils en demeurassent sur les pointillés et formalités, en ce cas vous y interveniez de ma part pour leur dire que c'est chose que je veux et leur ordonne de faire, et en conveniez avec eux de la forme, le plus doucement et simplement que faire se pourra. Je vous envoie la copie des lettres que je leur en ai particulièrement écrites, et qui vous serviront d'instruction plus ample que celle que vous pour-

1 Catherine de Bourbon, Duchesse de Bar.

riez sur ce désirer. Si cela recevoit quelques plus grandes iso*difficultés, vous vous aiderez de l'assistance du premier Pré- 26marssident, qui s'y emploiera volontiers, mais le moins de bruit qui s'en pourra faire sera le meilleur , et espère que vous y aurez aussi si bonne main que vous en viendrez aisément à bout. Je n'ai d'ici d'autres nouvelles à vous dire, sinon la continuation de ma santé, et bonne disposition, étant sur le point de partir pour aller à Fontainebleau, où je demeurerai pour le moins tout le mois prochain. Sur ce, je prie Dieu, Monsieur de la Force, etc. Paris, 26e mars. Signé : Henry. Et plus bas : Forget.

Même sujet que la précédente.

Monsieur, il faudra dorénavant ajouter aux titres et qua- 26 mars. lités que vous avez très-bonnes auprès du Roi, celle de compositeur général des différends en Guyenne. Il ne faudroit que s'accorder des gages que l'on vous en veut donner, car de la peine et de la corvée, je vois qu'on vous la donnera volontiers comme vous verrez en la dépêche du Roi, qui veut que vous vous entremettiez de sa part pour l'accord et entrevue de ces deux Seigneurs, qui montrent être mal contents l'un de l'autre; mais à la vérité ce sera un bon œuvre auquel vous ne devez pas plaindre votre peine, car vous y mériterez et du Roi et de toute la province, et d'eux-mêmes, desquels la séparation ne leur peut être que fâcheuse et pénible. Je ne vous dirai pas pour cette fois grande nouvelle de notre monde, parce qu'il y a huit jours que je n'y suis point, étant ici attaché au lit par une fâcheuse goutte. Cela se réservera donc à quand j'aurai recouvré de meilleures jambes. Je vous baise bien humblement les mains, etc. Forget. Ce 26 de mars.

Troubles de Guyenne.

Monsieur de la Force, le quatorze de ce mois, je vous ai 23 avril, écrit comme la vôtre du quatrième m'avoit été rendue et (pie (Autographe j j'espérois en bref vous y faire réponse, si que la mienne n'é-

23 avril

1604 toit que pour en accuser la réception. Par cette-ci je vous dirai comme elle est un peu trop générale, vu que me mandant comme toutes choses sont en assez bon état en Guyenne, vous ne me parlez point des assemblées et ports d'armes qui s'y font sous ombre de querelle dont l'on me donne avis; c'est pourquoi je vous prie de vous informer de la vérité, vous employant pour empêcher le mal en ce que vous pourrez, et m'avertissant bien particulièrement de ce que vous aurez appris qui concerne le bien de mon service. Je crois qu'étant allé trouver M . le Maréchal d'Ornano jusques à Bordeaux, vous pourrez avoir vu quelqu'un qui vous aura confé quelque chose des discours que vous a tenus celui que vous avez vu à la campagne, auquel je renvoie présentement l'homme qu'il m'avoit dépècbé, pour, s'il en apprend davantage, me le renvoyer en diligence; cependant je vous prie d'avoir bien l'œil ouvert à tout et me tenir averti de toutes choses , mèmement de celles que vous connoitrez importer à mon service, comme je ferai de ce que vous aurez à faire, assuré que je vous aime, ainsi que je vous le témoignerai aux occasions qui s'en offriront pour votre contentement. Ma femme, moi et mon fils nous portons très-bien, Dieu merci, qui sont les meilleures nouvelles que je vous puisse mander. Adieu, Monsieur de la Force. Ce 23 avril, à Fontainebleau.

Félicitations sur l'entrevue de MM. d'Oinano et de Monlespan, et sur raccommodement de MM. d'Epernon et d'Oinano.

2ï mai. Monsieur, le reste de la goutte et un peu de dévotion à cette bonne fête, m'ont fait prolonger le congé que le Roi m'avoit donné d'aller à Fresnes, de quelque peu de jours. J'ai eu cette bonne fortune que la première dépêche qui m'est venue en main aété la vôtre qui m'a valu cette faveur, y ayant fait par là mon entrée , l'on ne m'a pu faire que bonne cbère. Le Roi avoit déjà bien su comme l'entrevue l de M. le Maréchal d'Ornano et de M. deMontespan avoit fort bien succédé, et comme à celle de MM. d'Epernon etdemondit sieur le Maréchal , vous y avez été fort utile, vous conservant tellement

1 Le Maréchal avait bien été réconci'ié par M. de la Force avec M. de Montespan en 1003, mais jusque alors il n avait pas voulu le revoir.

27 mai.

la réputation d'avoir en tels affaires si bonne main, que vous l60*« avez bien fait de vous être allé cacber en Béarn, car je crois que sans cela l'on vous eût renvoyé quérir pour venir composer nos brouilleries de la Cour, qui y ont été depuis quelque temps assez fréquentes; mais, Dieu merci, elles ne sont pas de grande conséquence, puisqu'il n'y est question que de donner. Je me réserverai à une autre occasion de vous mander de nos nouvelles; et pour cette fois je m'en remettrai à ce porteur qui en est assez bien instruit, et me contenterai de vous supplier de croire que nul ne peut être plus que moi, Monsieur, etc. Forget. Fontainebleau, ce 27e de mai.

Avis du Père Cotton, conforme à celui de la Force au sujet d'un agent espagnol.

Monsieur de la Force, pour réponse à la vôtre du dernier ia juillet. de juin dernier, laquelle me fut rendue hier, je vous dirai que (Autographe) le père Cotton m'avoit donné le même avis que celui contenu en votre mémoire, touchant cet Espagnol; et de plus, qu'il croyoit que c'étoit un très-méchant homme, vu les propositions qu'il lui avoit faites ; et suis bien aise que votre avis se soit trouvé conforme au sien, lequel j'ai commandé à Loménie de lui faire voir. J'ai été fort tourmenté des gouttes cette année; maintenant, Dieu merci, je n'en ai aucun ressentiment, car depuis huit jours j'ai couru trois cerfs. Je m'en vais à Monceaux prendre les eaux de Pougues , et je fais état après cela de retourner ici. Adieu, Monsieur de la Force. Ce 12e juillet, à Paris.

Arrivée à Pau d'un député des Morisques. — Négociation entamée avec lui. — Ses propositions. — Il demande des chefs et offre cent mille écus. — D'autres députés annoncés. — La Foi ce lâchera de leur persuader d'aller trouver le Roi. — 11 prie S M. de lui donner des instructions plus étendues pour la conduite de celle alfuire.

Sire, deux députés des Moriscados du Royaume de Va- 22 juillet. lence se sont mis en chemin pour me venir trouver; l'un est demeuré malade àTeruel, l'autre est arrivé ici, et avec lui j'ai traité ce que Votre Majesté pourra voir, s'il lui plaît, par les mémoires que je lui envoie à part, pour n'embrasser un si

1604. long discours en une lettre. Toutes les défiances que l'on peut wiiiet. imaginer en telle affaire, je les ai épluchées fort soigneusement; mais je n'ai pu juger qu'il faille rien interpréter en mauvaise part , n'ayant reconnu en lui que beaucoup de simplicité et nul dessein de vouloir apprendre quelque chose de moi. J'ai traité avec lui comme si Votre Majesté n'en avoit aucune connoissance, et cela n'a rien diminué de ses affections. D'ailleurs ce que je vois de plus assuré , c'est l'offre qu'ils font de commencer, pourvu qu'ils soiei.t assistés de dix ou douze hommes de faction, propres à desseigner l'ordre qu'ils doivent tenir, et pour les conduire et commander à l'exécution; Votre Majesté a un si grand nombre de bons soldats en son Royaume, et même de gens de peu et néanmoins trèscapables pour cet effet, que trois ou quatre cents écus pour chacun leur feroit entreprendre tous périls, et, à l'extrémité, la perte n'en sauroit être fort grande. Ce député m'a bien dit que s'il falloit faire quelque avance, qu'il s'assure bien qu'ils fourniront cent mille écus et davantage, s'il est besoin, prétextant toutefois n'en avoir pas charge expresse. Mais je crois que ce sont des offres qu'ont accoutumé de faire ceux qui désirent quelque chose avec passion; qui promettent plus qu'ils ne peuvent tenir; non que je doute qu'il ne soit bien en leur puissance de fournir cette somme, mais il se peut rencontrer tant de difficulté à la mettre ensemble et à la faire sortir du pays, que j'en craindrois plus de mal par la découverte, que je n'en pourrois espérer d'avantage en la recevant. J'estime donc que le mois d'août ne passera point que je n'aie ici deux ou trois d'entre eux avec pouvoir de conclure ce qui sera jugé utile pour l'exécution de cette entreprise. Si je croyois avoir moyen de leur persuader qu'ils allassent trouver Votre Majesté, ce me seroit un grand contentement et un grand point de gagné sur eux; mais il sera malaisé à ce que j'en ai pu sentir, et estime qu'ils se défendront parles mêmes raisons que fait leur député, lesquelles se trouveront encore plus fortes par la considération des personnes qu'ils enverront. C'est pourquoi à tout événement, je supplie Votre Majesté qu'il lui plaise me donner des instructions bien amples de ses volontés, et de ce qu'il lui plaira que je traite avec eux, et jusqu'où il me faudra lâcher,

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