M. DE BOUILLON AU ROI
Il supplie S. M. de vouloir bien le remettre dans ses bonnes grâces. Sire, si mon affliction a semblé muette depuis quelques mois en çà à l'endroit de Votre Majesté, certes elle n'a point été telle envers Dieu à qui mon cœur et ma langue ont crié et crient incessamment à ce qu'aprèsune si longue et dureépreuve de ma souffrance, il lui plaise d'amollir le cœur de celui qui nie représente son image en terre. Ces cris n'eussent discontinué à se présenter à vos oreilles, Sire, si le passé ne m'eût fait craindre plus d'importunité pour Votre Majesté, qu'espérer d'allégement en mon adversité pour l'avenir. La compassion que plusieurs Princes, Républiques et Seigneuries, témoignent à présent avoir de mes peines, me donne hardiesse d'ouvrir la bouche pour joindre mes très-humbles vœux et supplications à celles que Votre Majesté recevra de leur part, lesquelles s'il plaît à Dieu bénir leurs chrétiennes intentions, seront suivies de plus grand efficace que n'ont été
les moyens tentés jusques ici pour me rétablir en la possession isos. de votre bienveillance, en quoi j'ai toujours constitué l'uni- AvTiK que bonheur de ma vie en ce monde. Ceux qui maintenant entreprennent ce charitable office envers moi d'apaiser votre courroux, Sire, par leur intervention, sont encore plus liés d'affection au bien et service de votre Couronne, qu'ils ne vous sont proches de voisinage, et ne désirent rien tant que de vous en continuer les preuves, ce qui me fait croire que leur intercession ne sera moins agréable à Votre Majesté que fructueuse et nécessaire à ma condition, dont toutefois je ne prétends autre fruit que le moyen d'en pouvoir apporter et contribuer au service de votre personne et Couronne, selon que je m'y sens obligé par les lois indispensables de Dieu, de nature et de ma confiance, et par tant d'honneurs et faveurs qu'il vous a plu me départir. Languissant et séchant de tristesse de ne vous pouvoir rapporter moisson digne d'une telle semence, jusqu'à ce que votre face rassérénie reluise dessus comme un beau soleil après ce long orage de votre indignation , qui depuis trois ans , tantôt en empêche et la maturité et la jouissance, il m'est impossible de croire, Sire, que Votre Majesté, après avoir si longuement et soigneusement arrosé et cultivé ce champ par ses grâces et bienfaits, en veuille rejeter les fruits pour jamais; les abandonnant, un autre s'en pourra saisir ; c'est pourquoi je conçois une certaine espérance que Dieu me fera sentir l'effet de mes prières, et vous, Sire, le remède pour mes très-humbles et très-justes plaintes. Sur quoi après avoir derechef protesté de ma fidélité et intégrité immobile et immuable en tout ce qui concerne votre service et mon devoir, tant pour l'égard du passé que pour l'avenir, je prie le Créateur, Sire , de vous donner lumière pour la reconnoître et moyen à moi pour la faire de plus en plusparoître à l'affermissement du trône de Votre Majesté et
de sa Royale postérité, la Tour d'Auvergne. De Sedan
avril.
Il vient de conduire chez son mari la Duchesse de Deux-Ponts. — Nouvelles du Roi. — Reconnoissance de Rohan envers la Force.
Monsieur, quelques jours après mon retour d'Allemagne, 3 m»i
»605. ayant trouvé cette commodité pour vous écrire, je ne l'ai 3 mai. vou]u laisser perdre, m'assurant que vous n'auriez point de déplaisir de savoir non-seulement de nos nouvelles, mais aussi de celles de nos Allemandes, et comme le voyage avoit été fort heureux , Dieu merci ; je vous dirai donc que nous avons conduit ma sœur1 de Deux-Ponts chez elle, où elle a trouvé une Cour demi-franooise, mais un Prince tout entièrement françois, qui l'aime extrêmement, ce qui convie les autres de l'honorer ; certes, je la crois fort heureuse, et plût à Dieu que mes autres sœurs fussent pourvues de maris qui les aimassent autant! En passant par la Lorraine, nous avons reçu infinis honneurs et courtoisies de ces Princes ; bref, je suis depuis quinze jours de retour, fort content surtout de voir ma sœur de Deux-Ponts, contente. Quant aux nouvelles de notre Cour, outre qu'elles ne sont pas grandes, je ferois tort au sieur Espérien de vous les écrire ; la meilleure qu'on vous puisse dire, c'est que le Roi se porte fort bien , Dieu merci ; il y a trois ou quatre jours qu'il a commencé sa diète, je me contenterai de vous dire celle-là, et, pour la fin, je vous supplierai bien humblement, Monsieur, de croire que vous n'avez jamais obligé personne du monde plus ennemi de l'ingratitude que moi ; c'est pourquoi vous devez vous assurer, vu les obligations que vous savez que je vous ai, n'avoir rien au monde qui vous soit si entièrement acquis que moi, certes je vous le proteste et ne vous le dis point par cajolerie de Cour, Dieu m'en est à témoin , je hais trop cette humeur de courtisan, mais pour ce que c'est la vérité; Dieu me fasse la grâce d'effectuer, et bientôt, le désir que j'ai de vous faire service, et vous conserve longuement et heureusement pour sa gloire, etc. Henry de Piohan. De Fontainebleau, ce 3 mai.
Affaires de Béarn.
Monsieur de la Force, j'ai^ntendu par le sieur Hesperien tout ce qui s'est passé en l'affaire dont vous l'aviez chargé, et fait voir les procédures qu'il a portées, en quoi n'ayant pu
1 Catherine de Rohan ; elle avait épousé Jean de Bavière, Duc de Deux-Ponts, Comte Palatin du Rhin; c'est elle qui répondit à Henri IV qu'elle éioit trop pauvre pour être sa femme et de trop bonne Maison pour être sa maîtresse.
H mai.
prendre, pour le présent, aucune résolution, d'autant que les 1605 gens de mes Comptes fondent le pouvoir qu'ils prétendent sur plusieurs ordonnances faites tant par moi que par les Rois mes prédécesseurs, j'ai avisé d'évoquer toutes ces contestations et leur accorder un terme de six mois pour remettre lesdits règlements et ordonnances, sur lesquels et sur les raisons qui me pourront encore être représentées de votre part, je déclarerai ma volonté, mettant toujours en bonne considération ce qui regarde la dignité de votre charge, comme je vous en ai donné toute assurance lors de votre parlement. Cependant j'ai ordonné que Dufour soit remis en l'exercice de sa charge conformément à votre arrêt, et leur fais commandement de vous rendre le respect qui vous appartient, dont je leur ferai entendre plus particulièrement mon intention par le Président du Pont, afin qu'ils ne fassent faute de la suivre, et qu'à leur exemple mes autres sujets soient conviés à ce même devoir, car outre que cela importe à mon service vje désire vous donner en ce sujet tout le contentement que vous sauriez requérir, et faire voir à un chacun combien je vous aime et estime, sur ce, etc. Ecrit à Fontainebleau , le 11e jour de mai. Signé Henry. Et plus bas : de Loménie.
Mécontentement au sujet du Duc de Bouillon. — L'Archiduc se prépare à entrer en campagne.
Monsieur de la Force, par mon autre lettre et l'arrêt que 12 mai. vous porte Hespérien, vous apprendrez ce que j'ai ordonné (Autographe) en l'affaire pour laquelle vous l'aviez dépêché vers moi, et par celle-ci vous serez assuré de la continuation de mon amitié et affection en votre endroit. Pour mes nouvelles, vous les saurez par le sieur Hespérien , et que M. de Bouillon fait de mal en pis , et corne la guerre partout ; que au demeurant toutes choses vont assez bien par deçà ; que ma femme, mon fils, ma fille et moi nous portons bien ; que l'Archiduc commence à dresser son armée pour se mettre aux champs, et que je ne faudrai de vous faire avertir de ce qui se passera, comme je vous prie de faire ce que vous apprendrez importer à mon service, et remettant le surplus à la suffisance du porteur, je prierai Dieu, etc. Ce 12 mai , à Fontainebleau.
Il recommande le choix des Députés Réformés chargés de lui faire des remontrances sur les demandes des Evêques.
1605. Monsieur de la Force, j'ai reçu votre lettre du septième «juin. (}e mai dernier le cinquième de celui-ci, par le sieur d'Avance, pour réponse à laquelle je vous dirai que je prends de bonne part l'instance qui vous a été faite de la part de ceux de la Religion prétendue Réformée de mon Pays de Béarn, d'être ouïs par moi avant que résoudre aucune chose sur les cahiers qui me seroient présentés par les Evêques dudit Pays ; c'est pourquoi je trouve bon que vous appeliez quelques-uns de ladite Religion des plus paisibles et modérés , selon que vous les saurez bien choisir pour, en votre présence, traiter de ce qu'ils auront à me requérir sur cette occurrence dont ils dresseront leurs cahiers et remontrance , laquelle ils remettront entre vos mains pour me l'envoyer avec votre avis ; et si vous êtes recherché par lesdits de la Religion de leur permettre d'envoyer quelques députés vers moi, pour représenter de vive voix les raisons de leurs cahiers, vous leur pourrez faire entendre que je leur permets de députer un ou deux d'entre eux, à ces fins, pourvu que ce soient personnes traï— tables, à quoi vous tiendrez la main, les assurant au surplus que mon intention est de me rendre père commun de tous mes bons sujets, sans faire pour les uns chose qui porte préjudice à la liberté, conservation et sûreté des autres; surtout je vous prie d'user de diligence à acheminer cet affaire, ne voulant être longuement importuné d'icelui , de quoi je sais bien que je serai pressé à toute heure. Attendant lesdites remontrances , et celle-ci n'étant à autre fin , je prierai Dieu, etc. Ecrit à Saint-Germain en Laye, le9u jourdejuin. Signé Henry. Et plus bas : de Loménie.
Il trouve bon que Masgezir, fils de la Force, aille en Flandre.— Il le recommande au Prince Maurice.
9 juin. Monsieur de la Force, par mon autre, je fais ample ré- (Autographe) p0nse a ce\ie fjUe youg m'avez écrite par d'Avance, sur l'appréhension que ceux de la Religion prétendue Réformée de mon Pays de Béarn ont du voyage des Evêques dudit Pays vers moi ; celle-ci sera pour vous dire que j'ai été très-aise d'apprendre ce que vous me mandez touchant Saint-Estève,
et le serai encore plus de savoir ce que vous en aurez appris ieos. depuis. Je trouve fort bon que ledit d'Avance aille avec votre 9 Juin* troisième fds ' en Flandres, afin que là il apprenne à se rendre plus capable de me servir, car vous aimant et ses frères, il doit espérer, et vous aussi, que je ferai quelque chose pour lui lorsque l'occasion s'en offrira. J'ai écrit par lui et pour lui à mon cousin le Prince Maurice, et au sieur de Busanval, mon Ambassadeur près de lui , pour le leur recommander et faire qu'il ait charge. J'ai eu trois jours la fièvre continue de rhume ; mais maintenant , Dieu merci , je me porte très-bien, comme font ma femme , mon fils , ma fille et mes autres enfants, que je suis venu voir en ce lieu, qui sont là les meilleures nouvelles que je vous puis mander, et pour fin que je vous aime bien. Adieu, Monsieur de la Force. Ce 9 juin , à Saint-Germain.
Arrestation de Saiut-Estève, agent françois prés des Morisques.— Conduite à tenir dans cette circonstance.
Monsieur, il y a apparence, par la déposition que vous îojuio. m'avez envoyée, que Saint-Estève 2 a connivé à sa prise par malice et par imprudence, ayant vendu ceux qui s'étoient fiés en lui et avoit peut-être débauchés; et s'étant lui-même mis en ce péril duquel il est difficile qu'il sorte nettement; j'en accuse son avarice, et le traitement qu'il a reçu de nous, dont j'ai cent fois reconnu qu'il s'étoit plus promis qu'il n'avoit trouvé. Le principal est qu'il n'a rien du Roi ni de ses serviteurs, et où il puisse nuire au service de S. M. Peutêtre ne sera encore si méchant que de découvrir entièrement ce qu'il a négocié; il faut mettre peine de le savoir, et, s'il est possible, jusqu'où il aura poussé. Je vous prie d'y travailler, et nous avertir de ce que vous y apprendrez. Je ne puis de si loin vous dire ce que vous avez à faire pour ce regard; j'estime aussi que vous pourrez mieux y prendre garde du lieu où vous êtes, que nous ne pourrions vous le
1 Jacques de Caumont, sieur de Masgezir, tué au siège de Juliers en 1610. ' Arrêté a Valence le 23 avril iWô, Paschal de Saint-Eslève fut condamné à mort le 23 juin et exécuté peu de temps après.
10 juin
1605. conseiller de faire; mettons peine aussi d'attraper l'Anglois1 qui a joué ce tour audit Saint-Estève, puisqu'il vient quelquefois en France, ainsi que j'ai appris par la susdite déposition. Voilà ce que je répondrai à la lettre que vous m'avez écrite le septième du mois de mai, que je n'ai reçue que le sixième du présent; en vous renouvelant les offres de mon service, etc. de Neufville. à Saint-Germain en Laye, ce 10 juin.
Il veut que l'on châtie le sieur Rocques, pour avoir soustrait une de ses dépêches.
13 jum. Monsieur de la Force, par la vôtre du deux de ce mois,
(Autographe) . . . r . ., .. . .
qui me lut rendue hier au soir, j ai appris que sur I avis qui vous avoit été donné, que le jeune Rocques , Contrôleur des réparations de mon château de Pau, avoit ôté au messager que le maître de la poste de Bordeaux vous avoit dépêché, un paquet que je vous faisois, et lui avoit été envoyé pour vous le faire tenir, touchant un nommé le capitaine Moreau (duquel depuis je vous ai écrit, sur l'avis que vous m'aviez donné sur la perte d'icelui ) , vous l'aviez fait constituer prisonnier, ce que je trouve fort bien , pourvu que vous puissiez justifier qu'il en soit coupable, et vous le fassiez châtier comme l'affaire le mérite, par la voie de la justice ordinaire, qui est celle de laquelle vous devez vous servir pour me faire respecter, afin qu'en ce fait on ne vous accuse de passion et moi d'injustice; car s'il est trouvé coupable, il faut qu'il soit châtié à ce que cela serve d'exemple aux autres à l'avenir, non pour la perte de cette dépèche, mais pour la conséquence qui en tireroit après soi une mauvaise si cela étoit toléré et s'il n'y étoit pourvu; car de me le renvoyer, afin que j'en juge, cet affaire traîneroit bien longtemps, et d'envoyer une commission par delà pour juger, ceux des Etats se plaindroicnt et allégueroient le For auquel ils prétendroient qu'il seroit fait grief. Pour ce que depuis peu de jours je vous ai écrit amplement sur la dépêche que vous m'avez faite par d'Avance, et que depuis rien n'est survenu
1 Thomas Oliver Brachan ; il habitait Bayonne, et ayant appris de Saint Estève, dans un vojage qu'il fit avec lui en Angleterre, la conspiration des Morisques, il révéla tout au Roi d'Espagne.
de nouveau , je ne ferai la présente plus longue, et la finirai l605par vous assurer de la continuation de mon affection ; et pour l3 ^uin' bonnes nouvelles, que ma femme est grosse; qu'elle, mon fils, ma fille et moi et mes autres enfants nous portons trèsbien, Dieu merci, lequel je prie vous avoir, etc. Ce 13ejuin, à Saint-Germain en Laye.
Affaires des Evêques de Béarn. — Inquiétudes sur Saint-Estève. — Propositions du Capitaine Moreau.
Monsieur de la Force, j'ai été bien aise d'apprendre par 7 juillet. la vôtre du vingt-troisième du passé, laquelle je reçus à Juilly (Aut°sraPhe) le cinquième de celui-ci, que la mienne, avec le cabier des Évoques de mon Pays de Béarn, vous avoit été rendue, et pour ce qu'ils sont tous les jours après moi pour faire répondre leurdit cahier, je vous prie d'user de diligence à ce que je vous ai ci-devant écrit, et que je désire de vous sur ce sujet, afin que je les fasse dépêcher au plus tôt. Je m'étonne de ce que vous n'avez rien appris de Saint-Estève depuis sa prise, ce qui me fait être de votre opinion. Je suis fort aise de ce que le capitaine Moreau a parlé à vous, et de ce que vous l'avez si particulièrement examiné sur les propositions qu'il vous a faites; s'il vous retourne trouver au temps qu'il vous a dit, peut-être verrez- vous plus clair en ses propositions; surtout conduisez-vous avec lui comme homme duquel vous vous défiez ; je vous ai écrit par Saubyon depuis trois jours, qui fera la mienne plus courte. Assurezvous toujours de la continuation de mon amitié, de laquelle je vous témoignerai les effets aux occasions qui s'en offriront pour vous et les vôtres, de la même volonté et affection que vous le sauriez désirer, et que je prie Dieu vous avoir, etc. Ce 7e juillet, à Monceaux.
Ordre d'aller au Périgord surveiller des menées secrètes auxquelles son beau frère, M. de Chefboulonne, n'est pas étranger.
Monsieur de la Force, il est nécessaire pour le bien de 15 juillet, mon service que vous reveniez au plus tôt en Périgord, car j'ai été averti que quelques-uns duditpays et des environs y font des menées et assemblées secrètes, pour y remuer quelque nouveau ménage sous divers prétextes et à diverses fins; et
ÛOO CORRESPONDANCES.
1605. dit-on que votre eau-frère de Chefboutonne * est de ce i5 juillet. nomi)re> comme s'il vouloit aller servir les Espagnols et y étoit déjà engagé, chose laquelle, comme il ne doit faire sans ma permission, j'aurai à plaisir qu'il en soit détourné par vous et ses amis , au moyen de quoi je vous prie de vous y employer; vous savez les raisons desquelles il faut le combattre, et les propos qui lui doivent être tenus pour le vaincre et ranger à son devoir. Partant, je me contenterai de vous dire que vous me ferez service très-agréable de divertir lui et ses semblables de tels voyages , lesquels il n'est loisible ni bienséant à un sujet d'entreprendre sans le congé et su de son Roi et souverain Seigneur. Je prie Dieu, etc. Ecrit à Monceaux, le 15e jour de juillet. Signé : Henry. Et plus bas: de Neuf ville.
Il l'engage à se défier de Saint-Estève et à faire arrêter l'Anglais qui l'a trahi.
15 juillet. Monsieur, M. de Barrault ne nous a donné aucun avis de la prison de ce Saint-Estève, ni qu'il ait été mené à Valladolid, encore que je lui aie mandé y prendre garde, tellement que je crois qu'il est encore au lieu où il a été arrêté. Nous ne voyons et entendons point aussi qu'ils aient rien innové en Aragon, ni ailleurs contre ceux pour lesquels ledit Saint- Estève disoit porter parole; par où je conclus, ou qu'ils n'ont découvert ses pratiques, ou qu'ils le dissimulent pour mieux les avérer, de quoi seul le temps nous éclaircira; cependant j'estime que ce sera sagement fait que de se défier dudit sieur Saint-Estève, et plus encore d'attraper l'Anglois qui a ordonné ce manège : je m'assure que vous ne nous y l'audrez pas non plus qu'à dissuader M. de Chefboutonne de s'engagager au voyage duquel le Roi ne se soucie, suivant l'intention de S. M. , laquelle désire pour cet effet que vous reveniez en Périgord au plus tôt, d'où l'on lui a écrit qu'il s'est fait, et en Limousin , de petites assemblées nocturnes et des écartées de. Noblesse qui est fomentée de quelques malcontents du Roi et de l'état présent du Royaume; à quoi S. M. a opinion que votre présence au pays remédiera et pour le
' Armand de Gontaut, Baron de Chefboutonne, frère du Maréchal de Biron.
moins lui fera voir clair; voilà tout ce que je puis vous 1605. assurer sur ce sujet, avec les offres de mon service très- 15J"illetaffectionné, assuré que M. de Loménie auquel j'ai charge de remettre la présente pour vous la faire tenir, vous donnera bon compte de la santé du Roi, de la grossesse de notre Reine , de la venue en ce quartier de la Reine Marguerite et de toute autre occurrence. Ce 15 juillet. De INeufville.
Affaires des Evoques de Béam. — Il le prie de s'entendre avec M. de Thémines relativement aux troubles de Périgord.
Monsieur de la Force, trois jours auparavant que le Baron 28 juillet. votre fils m'eût rendu votre dernière lettre, faisant mention du Conseiller du Pont , je l'avois vu et m'avoit fait seulement la révérence, sans m'avoir jusques à cette heure parlé de vous ; seulement dit-il que l'occasion de son voyage étoit pour me voir et faire entendreàceux de mon Conseil de Navarre quelque chose dont ceux de mon Conseil ordinaire de Pau l'avoient chargé, touchant la juridiction ecclésiastique que les Évèques de mon Pays de Béarn prétendent. Otezvous de l'opinion que lui ni aucuns autres me pussent rien faire accroire au préjudice de votre fidélité et affection à mon service assez reconnue, ni que je leur prêtasse l'oreille sur ce sujet ou autre qui vous concerne ; souvenez-vous de faire hâter les députés de ceux de la B eligion P. R. de mon Pays de Béarn qui me doivent être envoyés afin qu'au plus tôt, eux ouïs, je puisse renvoyer les Evèques dudit Pays qui ont juste sujet de se douloir de cette longueur, et de partir promptement pour aller en Périgord, comme je le vous ai mandé, où là vous pourrez voir le sieur de Thémines qui est parti ce matin d'ici pour s'en retourner à sa charge, lui ayant commandé de vous voir, si vous êtes dans le pays, et vous communiquer ce dont je l'ai chargé, il vous dira de mes nouvelles et de celles de ma femme et de ma sœur la Reine Marguerite; et comme je m'en vais demain à Saint-Germain en Laye voir mon fils et mes enfants, et y boire des eaux de Pougues, si le beau temps qu'il fait continue, ne l'ayant pu à Monceaux, à cause du mauvais temps qu'il y a fait tandis que j'y étois ; et celle-ci n'étant à autre fin , je prierai 1. 20
1605. Dieu, etc. Ecrit à Paris, le 28e jour de juillet. Signé : Henry.
28 juillet. El plus bas ; DE LOMÉKIE.
LE MARÉCHAL d'oRNATVO * AU ROI.
Troubles et prises d'armes en Guyenne, suscités parmi la Noblesse protestante par les partisans de M. de Bouillon.
Août. Sire, je reçus dimanche du matin les lettres de Votre Ma-
jesté, du treizième de ce mois, et celles du seizième, par le sieur du Vignan, qui m'a bien particulièrement fait entendre la volonté de Votre Majesté, laquelle je suis tout prêt d'effectuer; je la supplie cependant d'avoir agréable que je lui die qu'il me semble que ces affaires se doivent traiter doucement et avec le plus de tempérance qui se pourra pour ne point faire connoître que Votre Majesté en ait autrement pris l'alarme. Aussi n'estimai-je pas qu'il y ait en ceci rien de capable de troubler son Etat, n'y ayant point de Grand en son Royaume qui y soit mêlé, le fait étant seulement particulier et plutôt pour éclore un témoignage de mauvaise volonté que beaucoup d'effet. Si je vais à Agen avec un Président et deux Conseillers, comme Votre Majesté me le commande, ce sera effaroucher ceux qui se trouvent mêlés en ces menées, et leur donner sujet de s'écarter ou d'exécuter quelque chose de leur dessein, cette ville étant plus propre, ce me semble , et commode pour y amener les prisonniers, car les ayant ouïs et tiré d'eux la vérité, j'aurai bien plus de moyen d'attraper par une cavalcade, ceux qui en seront participants, qu'après les avoir alarmés par le voyage d'Agen, d'où ils seront bien mieux avertis de ce qui se passera que dans cette ville, bien qu'ils le soient déjà fort bien de la déposition desdits prisonniers qui est tellement publiée par le pays qu'il y en a peu qui n'en aient connoissance ; je l'ai appris de plusieurs particuliers, il y a plus de dix jours. Si la contagion qui va plutôt, ce semble, en diminuant qu'augmentant, empèchoit Votre Majesté de trouver bon mon avis, elle pourra choisir la ville de Libourne où M. de la Force, qui en est assez près, se pourra rendre en même temps que M. de Themines pour conférer ensemble sur les occasions
1 La copie de cette lettre était jointe à une lettre du Maréchal à M. de la Force du 23 août.
m. d'ornano au roi. 403
qui se présenteront, n'y ayant gentilshommes en cette Pro- i6«. vinee de qui le conseil et les avis aient plus de poids pour le ser- AoW* vice de Votre Majesté; ledit sieur de la Force m'ayant à son arrivée en ces quartiers écrit fort particulièrement de tous ces affaires, j'ai dit audit sieur du Yignan de publier partout que Votre Majesté ne fait pas beaucoup d'état de ces menées, reconnoissant bien qu'elles ne lui peuvent .apporter de préjudice , et qu'à cette occasion elle n'a voulu accroître la garnison des places. Si ces avis eussent été bien maniés, on les eût plus approfondis que l'on ne fera, car on devoit d'abord courir aux chefs, leur prise étant plus utile que des autres qui ne pouvoient que bien malaisément échapper. Si le fait va plus avant , et qu'il se fasse quelque assemblée ou qu'on se fortifie, je me porterai aussitôt sur le lieu , et en donnerai en même temps avis à Votre Majesté, qui peut cependant demeurer en repos de ce côté-là. Le soir même que ledit sieur du Vignan arriva , je dépêchai tout de suite un de mes laquais au sieur de la Mothe de Fronsac, le priant de me venir trouver incontinent pour conférer avec lui d'un avis que j'avois reçu de quelques desseins qui se faisoient sur Caumont; il m'a fait la réponse que j'envoie à Votre Majesté, laquelle fait bien connoître qu'il avoit eu le vent de tous ces affaires. Mon laquais remarqua Hen à son action qu'il étoit troublé, et lui fut dit par un soldat de la garnison qu'il connoissoit, que ladite garnison avoit été depuis deux ou trois jours fortifiée d'une quinzaine de soldats. II monta à cheval en présence de mondit laquais, et étant un peu avancé et voyant que mondit laquais le regardoit, il rebroussa et pritun autre chemin. Je renverrai aujourd'hui en ces quartiers-là pour m'informcr secrètement s'il sera retourné, et ce qu'il sera devenu ; que s'il est allé trouver Votre Majesté, je la supplie très-humblement de me le mander ; je lui dirai cependant que MM. les premier Président et Président Chézac ne sont en cette ville, le premier étant allé en sa maison de Pondreville, et l'autre en Angoumois, afin que si la Commission est sous le nom de l'un ou de l'autre, elle me fasse s'il lui plaît, savoir sa volonté, et ce que elle aura agréable qui se fasse après la réception de celle-ci, de laquelle j'attendrai la réponse devant que de me mettre en chemin ; je me
llOU CORRESPONDANCES.
1605. tiendrai néanmoins tout prêt pour effectuer ses commande- Août. ments. A Bordeaux, ce... août.
Lettres d'abolition au sieur de Méritein. — La Force chargé de le faire remettre en possession de ses biens.
Monsieur delà Force, ayant accordé au sieur de Méritein mes lettres d'abolition de tout ce qu'il a ci-devant fait digne de répréhension, ensemble la restitution de ses maisons et biens qui lui ont été pris et décrétés durant son emprisonnement, je lui ai permis de retourner en mes Royaume de Navarre et Pays souverain de Béarn, tant à fin d'y faire entériner mesdites lettres que pour en retirer quelques commodités et pourvoir à ses affaires domestiques; désirant me servir quelque temps de lui hors desdits Pays, qui fait que je vous écris ce mot à ce que vous teniez la main à l'exécution desdites lettres, et que suivant icelles, ledit de Méritein soit remis en sesdites maisons au même état qu'il étoit lorsque vous le fîtes emprisonner par mon commandement, sans préjudice toutefois à ses créanciers de se pourvoir ci-aprés contre lui en justice, comme ils verront bon être; et pour ce qu'il m'a fait entendre qu'aucuns, ses ennemis particuliers, se sont depuis son élargissement mis en devoir d'entreprendre sur sa personne et biens par ports d'armes et autres voies illicites, je désire qu'il en soit non-seulement informé, mais procédé contre ceux qui se trouveront coupables selon l'exigence du fait; à quoi m'assurant que vous apporterez, comme au reste de tout ce qui dépendra de votre charge et autorité auxdits Pays, tout ce qui sera de vous; je ne vous en dirai davantage, priant Dieu, etc. Ecrit à Saint-Germain en Laye, le 4e d'août. Signé: Henry. Et plus bas: de Lo-