M. DE THÉOBON A M. DE LA FORCE. 425 LE ROI A M. DE LA FORCE
Succès du voyage de Sedan. — Soumission de M. de Bouillon.
Monsieur de la Force, je puis bien dire comme fit César : 1606. veni, vidi, vici; car, dès le jour même que j'arrivai en ce saud. lieu, qui n'est qu'à une lieue de Sedan, M. de Bouillon m'en- (AutosraPhe| Toya supplier de vouloir lui envoyer M. de Yilleroy pour traiter avec lui , ce que je fis le lendemain ; et dans trois jours tout a été conclu; de quoi je vous ai bien voulu avertir, et que cette place est bonne , mais non si bonne que l'on me la faisoit, et que dans la fin de mai je l'eusse réduite en mauvais termes. Je mets dedans le château le sieur de INettancourt, gentilhomme de Champagne qui est de la Religion , et qui, durant le siège de Paris, étoit lieutenant de M. de Brienne, et cinquante soldats. La marchandise est un peu chère, mais elle est bonne. Demain j'entrerai dans la place, où je séjournerai jusqu'à lundi que j'en partirai pour m'en aller à Mousson, et de là reprendre mon chemin droit à Paris, repassant à Reims et Villers-Cotterets ; M. de Bouillon en partira quatre jours après pour me venir trouver où je serai, et enverra sa femme et ses enfants à Turenne. Il n'avoitdans la place que trois à quatre cents soldats étrangers, tant Lansquenets, Suisses ou autres; ce sont là des secours des Princes d'Allemagne. J'espère que ce voyage ne m'aura pas peu servi, quand ce ne seroit que pour apprendre à ceux de mes sujets qui voudroient faire les mauvais que je sais me faire obéir. Vous ferez part de ceci à ceux que vous jugerez à propos, et m'avertirez de ce que vous apprendrez importer à mon service Adieu1, Monsieur de la Force, etc., etc. A Donchery, ce 5e avril.
M. DE THÉOBON DE SAINT-ANGEL A M. DE LA FORCE. Récil de ce qui se passa à Sedan lors de la soumission du Duc de Bouillon.
Monsieur, la dépèche que j'ai appris que le Roi vous faisoit, 6 ma. et le soin que je m'assure que M. de Loménie aura de vous écrire toutes les particularités, me retiendra de vous mander ce qui s'est passé pour le traité et accord de M. le Maréchal de Bouillon, et pour Sedan. S. M. a usé de sa bonté et clé-
1606. mence, et M. de Bouillon a grande occasion de s'en louer et «avril, de remercier Dieu. Il a été très-heureux de faire de peu beaucoup; il voit à ce matin le Roi à son lever, là où il pliera le genou ; S. M. fait son entrée aussi à nuit à Sedan absolument comme dans Fontainebleau; grâces à Dieu, je n'y demeurerai pas : c'est un gentilhomme de la Religion qui se nomme M. de Nettancourt; il est de Champagne, très-affectionné ami dudit sieur, mais homme de bonne réputation qui ne songeoit nullement à l'honneur qu'il reçoit. Il étoit chez lui lorsque le Roi lui écrivit de le venir trouver, et lui fit connoître qu'il n'auroit pas désagréable qu'il vît M. de Bouillon pour le disposer à son devoir ; pour un bègue , il l'a bien joué. C'est M. de Yilleroy qui a traité cet accord avec M. de Bouillon ; il fut la première fois au bout de la chaussée de Sedan; la seconde, que les articles furent mis par écrit, ledit Seigneur le vint recevoir là où on l'avoit vu le jour auparavant à Torcy, là où je le vis; carleRoimecommandad'yaller pour le voir , à quoi je ne faisois pas presse ; mais il le voulut. Il nous mena droit au château. Je m'oublie à vous dire que M. de Tinteville y étoit, ensemble M. de Yilleroy. M. de Bouillon leur fit grand honneur ; après avoir vu madame de Bouillon, ils s'allèrent renfermer, lors tout fut conclu sous le bon plaisir du Roi : je vous en irai dire toutes les formes et particularités enBéarn dans quelques mois, car j'aurai l'honneur de vous y aller voir. J'aurai mille choses à vous dire, mais je ne le puis écrire; j'ai été toujours depuis Nanteuil avec S. M., qui ne fut jamais moins accompagnée jusqu'à son arrivée en ce lieu. M. le Baron1 votre fils, qui vivons et logeons ensemble comme nous nous le promîmes devant vous, arriva avec M. de Arendôme à Reims, dont le Roi fut aise. Quoique en petit nombre, nous étions bien de la Cour, tout pleins de bonne chère , et faisant force belles promesses ; à présent, vous ne vîtes jamais tant de monde : Princes, Seigneurs, et en arrive à tas; mais l'on en dit le mot d'aucuns. La garnison du château de Sedan ne sera que de cinquante soldats ; je vous en dis trop pour la première fois ; l'on va licencier de recrues quantité d'hommes ; l'armée fût été
1 Armand Nompar de Caumonl, fils aîné de M. de la Force; il s'appelait alors le Baron de la Force.
6 avril.
LA MARÉCHALE DE BIRON A M. DE LA FORCE. Û27 grande, l'attirail et les équipages qui sont sous la charge de »60«. M. le Duc de Sully, les plus authentiques et lestes qu'il se peut dire, l'on y alloit à bon jeu, bon argent. M. le Duc de Sully, M. le Garde des Sceaux sont venus trouver S. M. à la Cassine chez M . de Nevers, où arriva la Reine en même temps que le Roi ; il y en a eu de scandalisés de ne s'être point trouvés aux résolutions des affaires ; vous en jugerez. Nous fûmes dimanche passé, avec exprès congé du maître, faire la Cène à Sedan, M. le Baron et moi; nous allâmes voir M. de Bouillon, qui dit vous avoir de l'obligation ; il nous accompagna jusqu'à la porte du temple, il avoit des affaires; il nous' voulut donner à dîner, nous nous en excusâmes, car on nous avoit commandé de nous en retourner promptement, ce que nous fîmes; car c'étoit le jour que le Roi fut tromer la Reine. Dès que S. M. sera à Villers-Cotterets, je lui demanderai congé pour m'en aller voir la maison. Je saurai le bien ou le mal que l'on me veut faire. Je ne donnerai point de mécontentement de moi, mais j'en aurai peut-être assez ; d'ailleurs je ne vous cèlerai point ce que je saurai; vous n'avez point plus de pouvoir sur MM. vos enfants que vous en avez sur moi; car je vous honore et affectionne tout ce qui se peut dire au monde, et suis, etc. Téaubon saint-angel. ADonchery, ce sixième avril.
Vengeance du Baron de Biron contre le sieur de la Fin.
Monsieur mon fils, ayant su par mon fils aîné les effets de son voyage de la Cour, je vous en ai voulu faire savoir la nouvelle. Il y arriva mercredi dernier, il y a huit jours, assez tard. Le jeudi * à six heures du soir, s'en allant prome-
1 Le jeudi 20 de ce mois, le Seigneur de la Fin étant à Paris, venant de solliciter la liberté du sieur de Pluviers, son fils, prisonnier à la Conciergerie, comme il passoil au bout du pont Notre-Dame, fut en plein jour chargé ; et lui étant à cheval porté par terre, couvert de feu et de sang, par douze ou quinze hommes inconnus, bien montés et armés; lesquels lui ayant lire dix ou douze coups de pistolet, blessé et tué quelques uns sans difficultés, ou empêchement quelconque, sortirent de la ville, qu'ils traversèrent tous en gros au grand galop, l'épée nue en une main, avec la bride et le pistolet en l'autre, ayant ceux qu'ils avoient lires à l'arçon de fa selle, sans qu'ils fussent suivis ni poursuivis de vingt-quatre heures après' Occasion que tel crime est demeuré impuni, et les auteurs et complices inconnus, sinon par conjectures. {Supplément das ptdmdrv* tic t'Estoile, avril 1600.)
i6oe. ner au pont Notre-Dame, avec des siens à cheval, il y ren- 3 mai. contre, par tête, le méchant de la Fin, plus accompagné que lui : nonobstant il le chargea, mais si heureusement qu'il lui en resta quatre coups de pistolet dans le corps, laissé étendu sur la rue, et un carrosse qui lui passa dessus. Après cela deux ou trois des siens n'en eurent pas moins. Il n'y a rien perdu, Dieu merci, des siens qu'un valet de chambre, encore n'est-il pas mort; M. de la Couture blessé d'un coup d'épée en la tète , et Lamoureux en un bras ; il se retira soudain, prit la poste et est à Yerteuil, d'où il m'a fait savoir la nouvelle , ensemble tous les siens blessés et autres , hormis ce valet de chambre de qui je crois que j'en apprendrai d'autres bientôt sur ce que cette action aura rapporté de changement, et je ne faudrai point à vous en donner avis. Mon jeune fils est encore ici , bien marri de n'y avoir été. Je ne sais s'il doit bouger vers la Cour que nous ne voyions quel train prendra cet affaire. Je vous prie m'en donner avis. Je vous avois envoyé à Tonneins M. de Caminade, pour vous discourir d'autres particularités, mais il vous trouva parti, et son indisposition et le mauvais temps furent cause qu'il ne vous suivit pas; en cela, il n'y a rien de hâte. Je vous prie, soyez toujours, comme j'en fais état, affectionné à ce qui est de notre bien. Si vous savez rien de nouveau, faites-m'en part, et me croyez toujours, Monsieur mon fils, votre humble mère, à vous faire service. Saint-Blanc ard1. DeBiron, ce 5e mai.
P. S. J'ai ici ma belle-fille depuis huit jours, résolue au voyage d'Encausse ; mais nous ne partirons pas que mon fils ne soit arrivé. J'appréhende que cet affaire ne se brouille; je vous prie, Monsieur mon fils, me mander comme il s'y doit gouverner, et le jeune aussi.