M. DE LA FORCE A LA MARECHALE DE RIRON
La Fin est un homme pervers, généralement abhorré. — S'il meurt de ses blessures, il sera facile d apaiser le Roi. — Mesures à prendre pour obtenir la grâce de 31. de B.ron.
Madame , je loue Dieu de ce que M. de Biron ayant fait rencontre de ce malheureux homme, il lui ait fait la grâce de
1 Jeanne d'Ornezan, Dame de Saint-Blancard, veuve d'Armand de Gontaut, premier Maréchal de Biron.
M. DE LA FORCE A Mme DE BIRON. Ù29
lui en donner un si heureux succès; j'ose espérer, s'il meurt i«oe. de ses blessures, qu'il nous sera facile d'apaiser le Roi, et Maid'obtenir grâce de S. M. d'un acte si rémissible ; car il n'y a point de juste ressentiment au monde, si celui-là ne l'est, qui d'ailleurs regarde la plus méchante créature et la plus abominable que la terre soutient, abhorrée et haïe de tout le monde, et je suis assuré qu'il n'y aura aucun qui le plaigne, si ce n'est des siens, et que cet acte sera plutôt loué que blâmé, même de tous les principaux de la Cour. Il importe fort, Madame, que mon frère de Biron dépêche promptement homme de créance vers M. le Duc de Rosny, auquel il me semble qu'il doit avoir son adresse, et lequel je m'assure embrassera cet affaire avec affection , car encore la dernière fois que je lui en ai parlé, il me dit tous les maux du monde de ce malheureux homme, et qu'il ne méritoit pas de vivre; il en faut faire de bonnes lettres à madame de Badefol, et la supplier de considérer l'importance de cet affaire, et surtout que madame de Biron lui en écrive à bon escient, lui faisant connoître l'intérêt qu'elle y a. J'estime qu'il est fort nécessaire que le Roi reconnoisse que promptement l'on recourt à sa miséricorde, et que si M. de Biron a été contraint d'en venir là, que ce n'a été ni par mépris de S. M., ni du respect qu'il doit à ses commandements, mais que se trouvant surpris d'une telle rencontre, et transporté d'une juste douleur, sa passion l'y a obligé. Toutes ces sortes de soumissions ne seront que fort séantes envers le Roi , et ne faut point douter que nul instrument n'y peut être si propre que M. le Duc de Sully, ni do la part duquel S. M. le prenne mieux. Il me semble être à propos aussi d'en écrire à M. de Théobon, s'il est encore à la Cour ; car il ne faut point douter que le Roi ne l'en entretienne fort, sachant assez combien il affectionne toute sa Maison. Cependant je crois bon que M. le Baron de Chefboutonne ' temporise jusqu'à ce que l'on voie le cours de cet affaire ; je désirerois de bon cœur être à cette heure à la Cour, je m'assure que je n'y serois point inutile ; il importe fort que ce soit bien conduit, car si M. de Biron y est bien servi par ses amis , et qu'ils lui rendent de bons of-
* Armand de Gonlaut, second (ils de la Maréchale.
Mai
1606. fices f il est certain qu'il n'en rapportera que de l'honneur et de la louange; au contraire, s'il y est donné un mauvais biais, les remèdes y seront plus difficiles, on dira que ce fut une entreprise de dessein, il faut toujours affirmer que c'a été une rencontre inopinée. Je suis très-aise que le Roi se soit trouvé lors absent de Paris, ce qui donnera bien plus de décharge à mon frère. Je n'eusse point fait de difficultés, si je me fusse trouvé auprès de lui, de le mener au lieu où est le Roi et avant de l'y présenter, lui faire entendre qu'il se venoit jeter aux pieds de S. M., assuré qu'elle pardonnerait à son juste ressentiment. La bonté du Roi est si grande que, lui remettant en mémoire les grands services qu'il a reçus de toute la Maison, et les malheurs que ce traître y a apportés, je m'assure qu'il sera aise de s'en voir délivré. Je me suis jeté en tous ces discours, Madame, suivant le commandement que vous me faites, puisqu'il vous plaît que je vous mande ce qu'il m'en semble, étant si joint par devoir de proximité et par une si étroite affection à tout ce qui regarde la Maison, que je ne manquerai jamais d'avoir le ressentiment que je dois de ce qui lui importe , et d'y rendre avec toute fidélité le secours que je dois , et auquel vous est obligé particulièrement, Madame, votre plus humble et dévoué fils. A Pau, ce.... mai.
M. DE LA FORCE A MADAME DE BIRON
( sa Belle-Sœur).
Même sujet que la précédente.
Mal. Madame, je reconnois assez que les honnêtetés dont il vous
plaît user en mon endroit, proviennent de votre courtoisie qui sait obliger ceux que vous voulez favoriser de votre bienveillance ; si j'ai ce bonheur que m'en estimiez digne, je m'en tiendrai non-seulement beaucoup honoré, mais par toutes sortes de devoirs et de fidèles services, je tâcherai de vous témoigner l'estime que j'en fais et de votre mérite. Jusques ici mon malheur a voulu que j'aie été privé de toutes sortes de
1 Jacqueline de Gontaut de Saint-Géniez, Dame de Badefol, femme de Jean de Gontaut, Baron de Biron, après la mort de son fré.re aîné, le Maréchal Duc de Biron.
Mai.