‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 161 sur 168 · SUT » *A '1 ' *U'I · texte numérisé non relu

SUT » *A '1 ' *U'I

. M. mavoit envoyé, les particularités ne s'en peuvent 15 novembre, écrire; mais je vous dirai, puisque cette voie est sûre, que c'a été pour communiquer avec un personnage qui ne veut être connu de personne, et qui vouloit donner des avis d'importance à S. M. Je ne puis traiter avec lui que difficilement, car il y apporte beaucoup de cérémonie, ne voulant être découvert; j'en ai déjà retiré de grandes choses et m'assure que je rapporterai au Roi contentement. J'en ai reçu beaucoup de ce qu'il m'a fait l'honneur de me choisir. Vous n'en aurez pas davantage pour astheure, vous en ayant bien voulu donner quelque connoissance, de peur que ce que je vous en avois dit par mon autre lettre ne vous tînt en peine. Je ne séjournerai ici que demain, et m'en revais trouver S. M. Je n'ai trouvé en cette ville ni votre sœur (madame de lloucy) ni M. Constant. A Paris, ce 15e novembre.

Je ne puis rien ajouter à mes précédentes que ce que j'ai w novembre, appris par le retour du laquais que j'avois envoyé à M. de Saint-Germain , lequel ne le trouva pas chez lui : il étoit allé vers la -Rochelle, de sorte qu'il n'en a point rapporté de réponse, de quoi j'ai été bien marri. Madame de Saint-Germain m'a fait une réponse assez bizarre, toutefois pleine d'honnêtetés et de beaucoup de remercîments des témoignages que je rends à M. de Saint-Germain de ma bonne volonté ; mais se plaignant de M. de Bouillon en ce qu'il semble, par le procédé que l'on a tenu en cet affaire, que l'on veuille tenir M. de Saint-Germain pour coupable. Mondit sieur de Bouillon, auquel elle en écrit en termes encore plus aigres, s'en est scandalisé et moi aussi, comme, à la vérité, elle devoit plutôt prendre ce bon office à obligation que de s'en plaindre. Quant aux discours dont je lui faisois mention , sur la recherche que nous faisons de son alliance, elle ne m'y répond que trois ou quatre mots fort froidement, alléguant qu'elle ne pourroit rien ajouter à ce qu'elle m'en avoit dit dernièrement. Je vous eusse envoyé sa lettre, mais madame de Bouillon l'a, qui me l'a demandée à voir. Je prendrai résolution dans huit ou dix jours si je dois envoyer notre fils ou si j'attendrai mon re- 1. 30

1607. tour. J'arrivai ici hier au soir ; le Roi a mandé MM. de Sully 19 novembre. et ie chancelier; je crois que S. M. sera bien aise de traiter avec eux sur les particularités du sujet du voyage que j'avois fait à Paris. Je prie Dieu, etc. A Fontainebleau, ce 19 novembre.

s décembre. Il y a environ quinze jours de mes dernières lettres, j'étois peiné de demeurer sans vous en pouvoir adresser pour le désir que j'ai de vous donner souvent de mes nouvelles. LL. MM. sont en cette ville, il y a quatre ou cinq jours, et crois que ce sera pour y passer le plus fort de l'hiver. A présent que le Conseil est ensemble , il se pourra plus expédier d'affaires, je sollicite fort ceux auxquels j'ai intérêt. M. le Chancelier nous a donné jour à demain pour assembler le Conseil de Navarre et traiter de ce qui concerne le Béarn, et il semble que nous avons beaucoup d'occasion d'en espérer bonne issue. Je hâterai le tout le plus que je pourrai. Quant aux nouvelles du monde, il se passe plusieurs particularités qui ne se peuvent bonnement écrire, non rien qui soit à craindre , étant les affaires en bonne disposition , celles de Flandres encore pleines d'incertitudes, bien que. l'on croit la paix, et les plus occulés ne pensent pas que d'aucun côté les choses soient en état de voir aucun changement ni trouble. Dieu veuille conserver les peuples longuement en paix pour sa gloire. Les maladies ont été assez fâcheuses en cette ville, M. de Sully a perdu son fils aîné, de ce dernier mariage, qui avoit dix ans, mais il avoit le poumon et le foie gâtés. M. et madame de Bouillon sont fort affligés de leur fille aînée, qui est malade, il y a douze jours, et lui est sorti quantité de pourpre, ce qui les a tellement alarmés qu'ils ont été contraints de se séparer, craignant pour leurs personnes et leurs autres enfants. Cette fille a été si mal que l'on pensoit qu'elle mourroit, il y a plus de quatre jours; elle est encore en mauvais état. Tous nos enfants se sont, Dieu merci, toujours bien portés. J'attends de jour en jour Masgezir. Madame de Roucy est ici depuis deux jours, mais je n'ai eu loisir de la voir guère de temps, car je n'ai pu laisser le Roi, qui est presque toujours par la ville. Je ne vous en dirai davantage;

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celle-ci est par le sieur don Loupes ; il me tarde que j'aie de 160ïvos nouvelles, Dieu me les doint toujours bonnes. A Paris, ce 5 décembre.

5 décembre

Le sieur don Loupes n'est point parti sitôt que je pensois; 9 décembre, depuis ma dernière , M. le Chancelier a tenu le Conseil de Navarre, et avons fort ébauché les affaires de Béarn; la plus grande longueur provient de MM. Ie6 Évêques, qui semblent se fàcherfort de ce qu'ils ne trouvent ici tant d'accès qu'ils se promettoient, et plus de difficultés qu'ils ne voudroient. J'ai fait prendre la nuit passée un homme qui se récéloit en cette ville, et se mèloit de plusieurs menées. S. M. en a eu contentement et pense en retirer des particularités importantes à son service.

Je n'ai pas appris grand chose de madame de Roucy, mais j'ai vu M. Constant qui m'a dit, même avec charge du beaupère et de la mère (M. et madame de Saint-Germain), qu'étant toujours en volonté de marier leurs enfants ensemble, ils me prioient d'avoir patience qu'ils pussent voir s'ils pourroient faire réussir leur dessein et y disposer les volontés de la fille, me faisant de grandes protestations que si elle n'y vouloit consentir, qu'ils ne l'en presseroient jamais, et en ce cas, m'offrent les plus belles paroles du monde , et qu'il ne se sauroit présenter aucun parti qu'ils estiment et agréent plus que le nôtre. Le pis que j'y vois, est qu'ils ne limitent point le temps et ne veulent point cependant être pressés, ni qu'il s'en fasse de poursuite, ni même que notre fils y aille, de sorte que cela me fait craindre que c'est un amusement, auquel il n'est raisonnable que je m'endorme; et partant, j'ai bien voulu vous donner avis comme j'ai résolu d'envoyer Franchemont sur les lieux près de là, pour pouvoir parler à l'homme que savez par le moyen de l'adresse que >e lui baille, afin que je puisse apprendre au vrai si la fille ne veut point entendre au mariage que désire le beau-père, et si dans ce cas nous devons espérer qu'elle agréera notre recherche. Je n'oublierai rien des instructions qu'il lui faudra bailler, et lors j'y pourrai voir plus clair et me résoudre plus à propos de ce que j'aurai à faire, faisant état, m'en re-

1607. tournant d'ici, de mener notre fils et d'aller moi-même en- 9 décembre, core faire cette visite et presser cet affaire ; attendez donc jusqu'alors que j'espère vous en porter de bonnes nouvelles, et ne lairrai cependant de vous donner avis de tout ce qui se passera. A Paris, ce 9 décembre.

20 décembre. Notre fils de Masgezir arriva devant hier de Flandres, gros et gras, il est en état qui témoigne assez que l'on ne doit craindre ses indispositions passées; il m'a dit aussi ne s'être jamais senti plus robuste, ni plus sain. Par vos lettres, j'ai reconnu qu'en étiez en peine, je n'ai voulu vous retarder celte nouvelle davantage , et ne trouvant pas d'occasion expresse, je me servirai de la voie de la poste. Je vous dirai comme nous avons fort travaillé pour les affaires du Béarn, cejourd'hui l'on y a mis fin avec le Roi. M. le Chancelier nous veut rassembler encore pour la dernière main; toutes choses ont heureusement succédé ; le voyage de MM. les députés du Conseil (de Léarn) ne se pouvoit entreprendre plus à propos; je ne me suis pas épargné en tout ce que j'ai pu servir, affectionnant, Dieu merci, le bien autant que je le dois ; j'espère que nous prendrons notre retour avec toute sorte de contentement ; nous rapprochons fort de la fin du quartier, et par conséquent nous hâtons les affaires et les préparatifs du départ. J'attends le retour de Franchemont, par lequel je fais état de tirer une connoissance plus expresse des affaires que savez, et d'après ce qu'il me rapportera, je pourrai résoudre ce que j'aurai à faire. Je n'espère plus vous voir qu'à Pau , je crois que ce sera le meilleur, vous pouvez penser, puisque ainsi est, que mon séjour ne sera pas long à la Force ; je ferai tout ce qu'il me sera possible pour que mon départ soit vers le quinzième de janvier, ce sera à mes journées sur mes chevaux, avec nos trois grands enfants, car des écoliers, M. Maillos dit qu'il est nécessaire qu'ils soient encore en cette ville jusqu'au mois d'avril ou de mai ; voilà ce que je vous dirai pour astheure. A Paris, ce 20 décembre.

22 décembre. Ma première lettre est faite depuis devant hier; je l'ai retenue pensant vous donner avis de l'entière expédition des

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affaires du Béarn, mais il y a encore quelques nouveautés pour iwt. un nouveau cahier que présentent MM. les Évoques; je ne 22 décembre. sais pas bien encore ce que c'est, toutefois il ne faut pas craindre à mon avis, qu'ils obtiennent aucune chose qui soit importante, ni qui puisse retarder les affaires. Masgezir a porté des dépèches au Roi, de M. le Président Jeannin, S. M. lui fit l'honneur de l'entretenir assez longtemps; les traités de paix de ce pays-là sont encore incertains, ils se dévoient assembler le vingtième de ce mois, l'on croit qu'ils feront la paix . Ceux de Hongrie se sont départis de l'obéissance de l' Empereur, et ont élu un Roi d'entre eux , ayant tous fait serment de ne reconnoître jamais l'Empereur, ni rien de l'Allemagne, et ont fait alliance avec le Turc; l'on croit qu'ils recommenceront la guerre l'année qui vient. Le Duc de Savoie a fait mettre prisonnier Roncas, qui est celui quilegouvernoit le plus et qui avoit le plus de part aux affaires, il a fait prendre encore six de ses principaux Ministres, l'on n'a point avis pourquoi c'est, tant y a que cela ne peut être sans rumeur. Le Roi d'Angleterre n'est pas aussi sans brouilleries dans ses Etats, même sur la réunion qu'il veut faire de l'Angleterre et de l'Ecosse; il y a des mécontentements aussi de ce que l'Archiduc a retiré le Comte de Tiron, qui étoit en Irlande; c'est ce qu'il y a à présent de nouveau. LL. MM. se portent très-bien, Dieu merci, ensemble Messeigneurs le Dauphin et d'Orléans, et Mesdames; LL. MM. avoient fait état d'aller à Saint-Germain passer ces fêtes pour les voir, mais les grandes froidures et neiges qu'il a fait depuis quatre ou cinq jours les ont retenues. Je pensois aller faire la Cène à Charenton demain avec nos enfants, nous avons été contraints de remettre à l'autre dimanche, comme ont fait la plupart, à cause du verglas, et qu'il fait fortmauvais à aller. Je vous envoie une lettre que j'ai reçue de Franchemont, qui m'écrit sur le voyage que je vous ai mandé lui avoir fait faire, il n'y a pas grande substance, je m'attends d'en apprendre davantage à son retour. Je vous donnerai avis de tout. Je serai bien aise de vous porter vos étrennes, si je puis, et à notre fille; mais que les moyens ne manquent. Je ne fus jamais si sujet à ma charge, car depuis que je suis par deçà je n'ai entré dans le Palais, ni à une seule boutique; quoi qu'il en soit, je ne baillerai rien à

1607. ma fiHe si ene parle plus du nez et si elle n'étudie bien. Dieu

22 décembre

soit avec vous tous. A Paris, ce 22 décembre.

FeVrier.

M. DE LA. FORCE A MADAME DE LA FORCE. Mariage du Gis aîné de M. de la Force avec l'hérilière de Saveille. 1608. je veux, satisfaire à mes promesses et vous donner avis à

toutes occasions de tout ce qui surviendra ; celle-ci sera donc pour vous faire savoir comme j'ai trouvé en ce lieu notre fils de la Force. Il a vu en passant M. de Yérac qui sortit hors de sa maison pour lui venir au devant, et le pria d'avoir encore patience et ne hâter point la visite qu'il désiroit faire. INotre fils montra ne vouloir rien que ce qu'il auroit agréable, et aujourd'hui, il a rencontré M. d'Ars, qui en étoit parti depuis peu, qui lui a fait connoître que les affaires étoient trèsbien disposées ; de sorte que madame de Saint-Germain même qui avoit jeté force colère contre nous s'apaisa à la fin, et M. d'Ars l'assura que nous ferions tout ce qu'elle voudroit pour les conditions ; tant il y a que les uns et les autres désirent que M. et madame de Saint-Germain aient ce contentement, que M. de l'Aubonyère1 se présente le premier, puisqu'ils l'ont ainsi voulu, et assurent que ce sera dans quatre ou cinq jours ; ii étoit parti un jour plus tôt que notre fils. J'entends que la fille est résolue, quoi qu'il en soit, de ne partir point de Couhé, et a parlé plus librement qu'elle n'avoit jamais fait. Je m'en vais demain à Châteauneuf et delà voir M. d'Ars, pour le prier d'y retourner. Notre fils lui a porté des lettres de M. d'Epernon en notre faveur, fort expresses. Je me résous de voir tous les principaux parents et de ne passer point outre que je ne voie quelque éclaircissement plus grand aux affaires, et produire moi-même notre fils, s'il est possible. Je fais état d'envoyer un des miens à Couhé, qui ne bougera point de là pendant que je ferai des visites, et par le moyen de nos intelligences, maître François me donnera avis lorsqu'il faudra nous rendre audit Couhé, d'où je vous avertirai de toutes choses. Adieu. A Montboyer, ce .... février.

1 Fils de M. de Saint-Germain, d'un premier mariage.

1er mars.

M. DE LA FORCE A Mme DE LA FORCE. Uli

Soudain que j'ai été arrivé en C3 lieu, je vous ai voulu faire *608 cette dépèche pour vous en donner avis; je suis parti à ce matin de Montboyer, qui est à une grande journée d'ici, aussi suis-je arrivé à une heure de nuit, nos chevaux sont fort las, il leur faut donner au moins une couple de jours, cependant je revisiterai mon bâtiment. J'attends aussi le juge de la Roche, je désire m'informer de l'état des affaires de nos neveux et y apporter tout ce que je pourrai, je suis encore plus en peine de leurs personnes, à quoi il est bien nécessaire de pourvoir; ils sont avec madame la Maréchale, je fais état de la voir et eux aussi, et prendre mon chemin à Cugnac, fort résolu de faire trouver bon à M. et madame de Boisse qu'ils doivent permettre à notre fils et à notre fille ■ de nous venir trouver en avril ou mai pour aller aux eaux. Je ne ferai point de séjour en chemin et espère vous voir, avec l'aide de Dieu, lundi ou mardi, qui sera le dixième ou onzième du mois. J'ai reçu beaucoup de déplaisir de ce qui est arrivé à M. de Salles, et suis bien oflénsé de l'insolence de ces gens-là : c'est une des causes qui me fait hâter mon voyage et suis bien résolu d'y apporter tout ce qui se doit. Je m'étendrois bien avant sur beaucoup de discours, si je ne faisois état de vous voir en bref; si faut-il que je vous donne en général quelque connoissance de nos affaires, même de notre recherche pour le mariage auquel nous avons plus d'opposition que jamais par le beau-père et la mère, cependant je n'y ai point eu encore tant d'espérances et me promets de vous faire voir que les choses ne pourroient être en meilleur état. Je ne m'y suis point endormi. L'on ne nous a voulu laisser voir la fille en venant, et l'avoit-on ôtéc de Comporte. J'y ai seulement vu la mère; contentez-vous de ceci pour astheure. Je vous laissai en si bonne disposition que je me persuade que je vous dois trouver fort grasse; je me courroucerai fort si cela n'est. Dieu vous veuille bénir et à toute notre famille. A la Force, ce lor mars.

' Le Marquis et la Marquise de Castelnaut.

Mari

Même sujet que les précédentes.

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