Monsieur, je ne pouvois me promettre plus de contente
ment de l'adresse qu'il vous a plu me donner , et de votre recommandation si expresse à M. d'Ars, que j'en ai retiré, m'ayant fait ce bien de m'avoir parlé avec beaucoup de franchise, et de me témoigner toute la bonne volonté que je pouvois espérer de lui. Il est certain que M. de Saint-Germain a envoyé chercher son fds et a pris soin d'obliger les parents, même sa belle-fille, à ne consentir la recherche d'aucun parti que sonditfilsne se soit présenté, lequel y doit être dans le mois de septembre prochain , de sorte qu'il faut patienter jusques alors. Cependant, Monsieur, je vous supplierai très-humblement en me continuant votre favorable assistance, vouloir aux occasions, même par le retour de M. d'Ambleville, faire connoître à M. d'Ars l'honneur que vous nous faites de nous aimer et d'affectionner fort cet affaire, le conjurant d'y rapporter ce qui sera de son pouvoir, car véritablement il y peut tout, sachant fort bien, et de bon lieu, que les volontés de mademoiselle de Saveille sont plus éloignées de ce mariage que jamais ; sur quoi mondit sieur d'Ars m'a dit qu'il ne falloit pas craindre qu'il y fût apporté nulle sorte de contrainte ; d'ailleurs que, si dans ledit mois de septembre, le fils ne vient pas, qu'il est bien résolu d'y apporter ce qu'il doit. Je ne vous veux pas celer combien de bruits bizarres l'on a fait courir de moi pour me rendre odieux, et les divers moyens de quoi je me devois aider pour enlever la fille; si bien qu'elle fut changée de lieu, et ne trouvai à Comporte que madame de Saint-Germain, à laquelle je fis mes plaintes, qui demeura mieux édifiée de moi que l'on ne le lui avoit voulu persuader. Je crains, Monsieur, que j'abuse de votre patience et vous sois trop ennuyeux. La fin sera pour vous certifier du ressentiment que j'ai de si grandes obligations, et de l'estime que je fais de l'honneur de votre bienveillance. Monsieur, si vous continuez votre résolution de venir à Cadillac, et que me fassiez l'honneur de me donner avis de votre arrivée, je vous irai baiser les mains, et avoir ma part des bons avis que retirez du sieur de Metejean.
Duel du sieur de Saint-Avit, dit Vigier, et du Baron d'Arros. — Affaire de M. de Salles et du jeune Bastanez.
Monsieur, ce mot sera pour vous dire comme j'ai trouvé, 1608' à mon arrivée, toutes choses en bon état par deçà , Dieu merci; il est vrai que pour ce qui regarde les particuliers, il est survenu en même temps une nouvelle querelle assez fâcheuse d'un gentilhomme nommé Vigier, voisin de M. le Baron d'Arros, qui le fit appeler fort légèrement par un billet; à l'heure même, ils se rendirent tous deux sur le champ. D'abord M. d'Arros lui donna deux grandes estocades franches, l'une à travers le corps, l'autre au visage; au troisième assaut, mondit sieur d'Arros tomba et son épée lui sauta hors des poings ; il ne laissa de faire tous ses efforts pour essayer de le pouvoir joindre et saisir au collet , et de même pour ramasser son épée; mais sa partie qui ne perdoit pas de temps , l'empêcha de tout cela, et le blessa en plusieurs endroits de fort petites blessures et le convioit toujours de demander courtoisie ; enfin ledit Vigier se sentant foible pour la quantité de sang qu'il avoit perdue, il alla lever les armes de M. d'Arros, et ayant monté à cheval avec l'aide d'un soldat qui le lui mena, se retira ; cet affaire en est demeuré là. Pour celui de M. de Salles, vous savez le traitement que lui a fait le jeune Bastanez, acte qui a fort scandalisé ici tout le monde; voilà de fâcheuses besognes , je suis après à pourvoir à tout et espère empêcher que le mal n'aille plus avant; je vous adressai une dépêche incontinent que je fus arrivé à la Force. J'aurai soin de vous donner avis de tout ce qui se passera de deçà , faites-moi cette faveur aussi de m'adresser de vos lettres à toutes occasions, et de me donner part de ce que vous jugerez le mériter; surtout, Monsieur, je vous supplie me conserver celle que m'avez promise en vos bonnes grâces. A Pau, ce 18e mars.
Naissance de Gaston, Duc d'Orléans '.
Monsieur de la Force , le contentement que j'ai de la nais- 2* *na.
1 Jean-Baptiste Gaston de France reçut d'abord le titre de Duc d'Alençon; il ne fut Duc d'Orléans qu'après la mort de son frère, en 1G11.
hlh CORRESPONDANCES.
"08. sance d'un troisième fils, duquella Reine ma femme vient d'ac-„ as avril, coucher^ est très-grand pour ma considération particulière; mais il regarde principalement le bien de mes sujets, desquels j'ai un tel soin qu'il s'étend bien loin par delà le cours de ma vie, avec un désir qui me pique sans cesse de voir établir pour longtemps une ferme conservation de la paix, du repos et de la sûreté que je leur ai procurée ; ce qui ne se peut mieux faire, selon les apparences humaines, que par la grâce que Dieu m'a faite de me donner une heureuse lignée, et mêmement d'enfants mâles, sur l'espérance que j'ai qu'ils maintiendront le renom de leur père, et que comme ils succéderont quelques jours en mes biens, ils me ressembleront en désirs et en effets avantageux au bien de cet Etat ; de sorte que ma réjouissance doit être secondée de celle de tous mesdits sujets en général, puisque la principale commodité leur en revient, à quoi pour votre regard je veux croire qu'il n'est pas besoin de vous convier davantage. Je vous dirai seulement que comme de mon côté je suis entièrement disposé de rendre grâces, infinies à sa divine bonté de tant de faveurs qu'il lui plaît de me départir de sa main libérale, vous soyez diligent de faire le semblable, et de le faire faire en l'étendue de votre charge, afin que tous ensemble nous puissions nous rendre dignes d'urfe longue jouissance d'icelles, et pour cet effet que vous fassiez faire des feux de joie et des processions générales où vous ferez chanter le Te Deum en la manière accoutumée, avec toutes les démonstrations d'allégresse qu'il vous sera possible; et sur ce, je prie Dieu, etc. Ecrit à Fontainebleau, le 2oe jour d'avril. Signé: Henry. Et plus bas< de Lo.mé.me.
LE UARO>' DE LA FORCE A M. DE LA FORCE
Négociations pour son mariage avec l'héritière de Saveille.
22 septembre; Monsieur, je vous dirai comme j'arrivai ici le quinzième de ce mois et conférai avec M. Earaud, et après avec M . François, lequel me donna tous les écrits de sa fille ; il y en a un qui est avantageux et par lequel elle s'oblige du tout. Il procède astheure avec tant de franchise qu'il faut croire n'y avoir point de tromperie; c'es lui-même qui m'y sollicite. Je crois