‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 3 sur 168 · INTRODUCTION. XL VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XL VII

tait borné à dire que le bouleversement du Béarn par Louis XIII avait été cause de la réunion de l'assemblée de la Rochelle en 1620, et que l'expédition de d'Epernon, en avril 1621, lut le signal de la guerre, on aurait proclamé une vérité incontestable; mais on a confondu la Force avec sa situation , l'homme avec le pays. Les violences opérées dans le Béarn allumèrent l'incendie ; mais il ne faut pas perdre de vue que de ces violences, la Force devint la victime et ne fut pas l'auteur.

En même temps que d'Epernon partait de Bordeaux, le roi marchait contre les protestants avec une armée, le temple de Tours avait été brûlé par la populace, on se battait déjà en Vivarais ; puisque les réformés n'avaient point pris le parti de se soumettre, il fallait qu'ils songeassent à se défendre.

L'assemblée publia à la fois un manifeste et un règlement en quarante-sept articles ; c'était une justification de la guerre et les moyens de la faire. Quand on veut braver l'autorité souveraine, il faut être conséquent et opposer puissance à puissance, gouvernement à gouvernement, armée à armée. Le règlement de la Rochelle est donc l'organisation complète d'un parti qui veut se maintenir par lui-même. On a fortement incri-

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miné ce règlement, on lui a reproché son caractère démocratique, à tort selon moi, car pouvait-il en être autrement? Un parti qui se soulève contre l'autorité du prince sans [nommer un autre roi, un parti souverainement régi par une assemblée politique élue librement par une majorité plébéienne, est et doit être essentiellement démocratique. Quelques historiens ont été plus loin; ils ont dit que Louis XIII avait fait la guerre pour étouffer à sa naissance cette république à la hollandaise qui essayait de se cantonner en France, et qu'en cela il avait agi très-sagement. Il n'y a qu'un mot à répondre : cette prétendue constitution républicaine n'a été promulguée qu'après la guerre décidée; l'épée était tirée, il n'y avait plus à marchander. Le règlement général fut donc rédigé à cause de la guerre et pour la guerre; mais la guerre n'a point été faite à cause du règlement, bien que plus tard on ait voulu justifier Louis XIII, en s'altachant à faire ressortir ce que pouvait avoir d'exorbitant, si l'on considère l'esprit de celte époque, l'ensemble des mesures arrêtées à la Rochelle.

L'assemblée de la Rochelle, passionnée comme tous les partis politiques, imprudente comme la plupart des corps délibérants, s'abusa étrange-

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ment et sur la situation intérieure de la France et sur letat des affaires en Europe, elle paya ses illusions par de cruels mécomptes.

Au dehors elle s'attendait à une conflagration générale. Elle se voyait appuyée en Allemagne par l'épée de Mansfeld et par la ligue protestante; la trêve entre l'Espagne et les états de Hollande était au moment d'expirer, le roi Jacques devait soutenir les réformés en France pour s'affermir en Angleterre , la Valteline allait donner des embarras à Louis XIII.

Aucune de ces prévisions ne se réalise ; la trêve de Hollande est renouvelée, Mansfeld battu se sauve de la Bohême, et la ligue protestante se dissout ; Jacques Ier défend à ses sujets de secourir les protestants rebelles ; enfin Bassom pierre signe à Madrid un traité qui semble donner à la France une entière satisfaction pour la Valteline.

D'autres espérances s'étaient portées tantôt sur la reine-mère , tantôt sur quelques-uns des princes et seigneurs catholiques mécontents , qui s'étaient joints aux réformés, pour faire, comme l'on disait alors, leur condition meilleure, et qui étaient intéressés à maintenir le parti des religionnaires pour résister à l'omnipotence royale. Ces espérances furent autant de déceptions.

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Examinons maintenant la situation des prolestants en France :

Unanime dans ses résolutions, l'assemblée s'imaginait que tous les réformés du royaume se lèveraient à sa voix ; elle croyait dominer dans les provinces de même que dans la salle de ses séances ou dans la ville de la Rochelle.

Divisant les régions protestantes en huit ceri les, y compris le Béarn, elle avait nommé un général pour chaque cercle, et un commandant général ; mais Bouillon, auquel ce dernier titre avait été déféré, en déclina la responsabilité. Sous le masque d'une neutralité apparente, il servit les intérêts de la cour, laissa désarmer le cercle qui lui était plus spécialement attribué, et paralysa le zèle des protestants dans sa vicomte de Turenne.

Lesdiguières , la Trémouille , neveu de Bouillon, et Chatillon, petit-fils de Coligni, qui étaient aussi chacun général d'un cercle, désertèrent leur parti et livrèrent au roi leurs places et leurs provinces.

Le Béarn, jusqu'alors si remuant, se calma tout à coup ; maîtrisé par de fortes garnisons, il ne prit aucune part à la guerre entreprise à cause de lui , et il étonna par sa soumission ceux que

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par sa résistance il avait entraînés dans celte lutte ; à peine le marquis de la Force, général de ce cercle, put-il en tirer quelques volontaires pour servir au dehors.

Ainsi des huit généraux nommés par l'assemblée, quatre seulement, savoir : Ilohan et la Force, Soubise et le marquis de la Force, combattirent pour la cause des réformés. Mais de tous les seigneurs de la religion qui n'avaient point reçu de commandement de l'assemblée, les uns tels que Castelnau de Chalosse, Brassac, Mon tgommery et beaucoup d'autres, embrassèrent le parti du roi; les au 1res, tels que Sully, du Plessis-Mornay et Parabère, s'abstinrent de toute participation à la résistance, et ouvrirent aux troupes royales les portes des villes qu'ils possédaient ou qui leur avaient été confiées comme places de sûreté.

Le Yivarais avait été promptement soumis par Montmorency. Après l'occupation de Saurnur, Saint-Jean d'Angély pouvait seul arrêter la marche du roi. Uaulefontaine, brave officier qui avait la confiance des habitants et des soldats, est tué aux premières attaques. Soubise se laisse intimider ; le vingt-troisième jour du siège , il se rend à discrétion, demande pardon a genoux au

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roi, et sort avec deux mille hommes d'excellentes troupes; sous un chef plus ferme et plus expérimenté, elles eussent longtemps encore défié les attaques des assiégeants.

Saint-Jean d'Angély pris , et Pons rendu à la première sommation par le marquis de Château neuf, le roi s'avance en Guyenne sans rencontrer d'obstacles.

La Force, après sa sortie du Béarn, chargé par l'assemblée du commandement de cette province, n'avait rien négligé pour organiser sa défense, et sans doute que si tous les réformés eussent secondé ses efforts, Louis XIII en serait difficilement venu à bout ; mais la défection de Boisse- Pardaillan découragea les plus résolus ; piqué de ce qu'on ne lui avait offert que la lieutenance générale, il entraîna à la soumission ceux qu'il aurait voulu commander dans la révolte. Vainement la Force épuise-t-il toutes ses ressources pour mettre en état de défense Bergerac dont le marquis de Gastelnaut, son (ils, était gouverneur , trahi par Panissault qu'il avait choisi pour maréchal de camp, et par tous ceux que Pardaillan avait corrompus, il est obligé de se retirer à l'approche du roi que les habitants appelaient dans leurs murs.

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De toutes les places de la Basse-Guyenne, Clairac et Nérac soutinrent seules un siège ; le marquis de Montpouillan, fils de la Force, setait jeté dans cette dernière ville ; Mayenne l'attaqua ; la Force , pour le contraindre à lever le siège, s'empare de Caumont, berceau de sa famille et l'une des meilleures places de la province ; mais le feu mis aux poudres, et le château tenant toujours pour le roi , il se voit forcé de l'évacuer. Montpouillan, après une vigoureuse résistance , ne pouvant plus être secouru , sort de Nérac avec tous les honneurs de la guerre.

La Force se trouve dans une cruelle perplexité; chassé de Bergerac avec toute sa famille, à peine obtient-il un asile quelque part, que les habitants , gagnés par les pratiques de Boisse-Pardaillan et par les agents du roi , le prient poliment de vouloir bien les quitter; réduit au désespoir , il eût désiré se faire, assiéger dans quelque bicoque, et y mourir les armes à la main ; c'est ainsi que de proche en proche et non sans courir les plus grands dangers, il arrive jusqu'à Montauban ; obligé de s'y introduire sans se faire annoncer, car peut-être lui en eût-on interdit l'entrée, l'accueil des consuls fut si froid, qu'il en augura mal. Sa présence semblait porter malheur

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à tous ceux qu'il visitait. A la nouvelle de son arrivée, une émeute gronda sous ses fenêtres, des imprécations se faisaient entendre contre celui qui avait abandonné le Béarn, abandonné la Guyenne, et qui sans doute venait livrer Montauban ; il était question de le poignarder et de le précipiter dans le Tarn. On eut de la peine à calmer ce peuple exaspéré et fanatique dont la Force était destiné à devenir bientôt et l'idole et le sauveur. Cependant des esprits moins prévenus, des pasteurs influents entrèrent en conférence avec lui. Ils entendirent ses raisons et les apprécièrent. Le caractère conciliant de la Force lui gagna tous ceux qui l'approchaient. Sans montrer aucune prétention, et laissant l'autorité nominale au comte d'Or val, son gendre, gouverneur de Montauban, il disposa de fait de tout le pouvoir, et pendant le siège rien ne se résolut que par ses conseils, rien ne s'exécuta que par ses ordres.

Le marquis de Castclnaul et le baron d'Eymet, ses (ils, qui l'avaient accompagné, contribuèrent puissamment à la défense. Caslelnaut choisit le commandement du quartier le plus faible, attaqué par le roi. Il sut le- rendre en peu de temps tellement formidable qu'il y brava les efforts des

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assiégeants. Un grand nombre d'officiers protestants qui déjà avaient combattu en Basse-Guyenne sons les ordres de la Force, vinrent le rejoindre àMonlauban; ce lurent ceux qui se distinguèrent davantage , car c'était pour la plupart des hommes braves et expérimentés au fait de la guerre. Louis XIII, avec toute son armée, avec tous les princes, avec le connétable et les maréchaux de France qui l'accompagnaient, avec une artillerie nombreuse et bien approvisionnée, se consume pendant plus de trois mois en vains efforts pour prendre Montauban, défendu par la Force, son gendre, ses deux fils et quelques milliers de protestants. Celui qui disposait de tous les soldats et de tous les trésors de la France , ne put s'emparer d'une place mal fortifiée au prix de tant de sang qui y fut versé, et celui qui n'implorait qu'une bicoque pour s'y faire tuer, eut celte insigne gloire de faire reculer un monarque irrité, qui ordonnait de faire pendre les habitants des villes qui avaient osé attendre sa présence avant de se soumettre. Le connétable de Luyues, qui, comme le dit Rohan, quoiqu'il lût son allié, étoit parti de si bas lieu, Lu y nés, qui avait poussé l'ingratitude jusqu'à poursuivre à outrance M. de la Force, son bienfaiteur, mourut

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peu de temps après la levée du siège ; le chagrin d'avoir échoué dans cette entreprise s'aggrava encore de l'humiliation qu'il ressentit en apprenant la défaite de sa compagnie de gendarmes, surprise et enlevée par le marquis de la Force à peu de distance du quartier du roi.

Le duc de Mayenne qui un an auparavant faisait une si singulière figure en Béarn, menacé avec la Force d'une commune disgrâce, avait été tué devant Monlauban par le marquis de Castelnaut. Ce dernier l'avoue lui-même dans ses Mémoires que nous publions comme le complément de ceux du maréchal ; car s'élant restreint à la relation de cette guerre, il en décrit toutes les particularités avec cette franchise de coloris, avec cette fidélité locale qui seules peuvent appartenir à celui qui a participé aux événements qu'il raconte. L'échec de l'armée royale releva les espérances des reformés. Les marquises de la Force et de Castelnaut qui, pendant le siège, vivaient retirées dans leurs terres en Basse-Guyenne, voyant le mécontentement que l'inexécution des promesses du roi suscitait dans les esprits, ne laissent point échapper l'occasion de servir leur cause. Gonflantes dans l'ascendant irrésistible que donnent le courage et la beauté, ces dames

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bravent tous les obstacles pour se rendre aux réunions secrètes des protestants ; leur présence enflamme le zèle des plus timides. Personne ne songe à éviter les dangers auxquels deux jeunes femmes se dévouent avec tant de résolution « pour la plus grande gloire de Dieu et de son Eglise. » Cet exemple trouve bientôt des imitateurs-, les marquis de ïhéobon et de Mirambeau, gendre et fils de Boisse-PardaUIan qui avait procuré au roi la soumission de cette province, arborent les premiers l'étendard de la révolte ; on appelle de la Rochelle les marquis de la Force et de Montpouillan ; la Force et Castelnaut arrivent de Montauban à travers les postes occupés par les troupes royales. La guerre recommence dans ces mêmes lieux où jadis la Force avait combattu la Ligue avec succès. Pendant six mois il y soutint les efforts du duc d'Elbeuf et du maréchal de Thémines qui commandaient les armées du roi; tout ce qu'un capitaine expérimenté peut faire pour suppléer au nombre par la rapidité de ses mouvements et la vivacité de ses attaques, tout ce qu'un homme de cœur peut entreprendre pour une cause désespérée, la Force le tenta quelquefois avec bonheur, toujours avec un courage patient et inébranlable. Il contraignit le duc

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d'Elbeuf à lever le siège du château de la Force, magnifique habitation que Henri IV l'avait aidé cà constru ire de ses propres deniers et que Louis XIII voulait faire raser, comme il fit plus tard du château de Caumont. Mais de toutes les armes employées contre les protestants, la plus efficace fut la corruption. Le roi gagnait moins de terrain par la supériorité numérique de ses troupes que par ses faveurs et ses trésors. Abandonné successivement de tous ceux qui l'avaient soutenu, la Force était vaincu non par la valeur de ses ennemis, mais par la défection de ses amis, qui, au milieu de la lutte, le livraient sans défense à ses adversaires. Deux fois il risque un combat décisif pour secourir Montpouillan assiégé dans Tonneins, deux fois la trahison trompe ses efforts et son courage. Cet épisode est le sujet d'une narration touchante. Le dévouement du père ne peut sauver le fils. Montpouillan, digne d'un meilleur sort, meurt héroïquement, emportant avec lui les regrets et l'admiration de toute la cour. La Force, avec une poignée de soldats, réduit à s'enfermer dans Sainte-Foi, était déridé à s'ensevelir sous ses ruines; le roi, qui n'était plus excité par la haine des Luynes contre la maison de la Force, affligé de la mort de Mont-

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pouillan qu'il avait aimé si particulièrement, frappé d'ailleurs de tant de détermination et pressentant peut-être jusqu'à quel point il importait aux iniérêts de la France et k l'honneur de sa couronne de conserver un homme de guerre aussi éminent, chargea M. de la Ville-aux-Clercs, fils de Loménie ancien ami de la Force, de traiter avec lui. Les Mémoires de la Yille-aux-Clercs, plus connu sous le nom du comte de Brienne, offrent les détails de cette négociation ; ils s'accordent parfaitement avec le récit que nous publions. M. de la Force ne voulut rien stipuler ni pour lui ni pour sa maison; mais il traita seulement pour la ville de Sainte-Foi et pour toute la Basse-Guyenne que l'assemblée de la Rochelle lui avait confiée. Il obtint en faveur des protestants de cette province des garanties plus avantageuses que celles qui furent accordées lors de la paix générale conclue plusieurs mois après à Montpellier.

Le roi reçu dans Sainte-Foi, M. de la Force se tenait à l'écart ; le prince de Condé le prit par le poing et le poussa devant Louis XIII, qui, le complimentant sur sa valeur, lui fit prêter le serment de maréchal et lui donna deux cent mille écus de récompense.

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Schomberg, voyant M. de la Force, s'écria : « Sire, votre Noblesse est couverte de clinquant, » mais monsieur de la Force est tout couvert » d'honneur ! »

On a beaucoup reproché à M. de la Force d'avoir reçu du roi cette récompense qui, au premier aspect et eu égard à cette époque, semble fort considérable; mais elle n'était qu'un acte de justice si l'on considère que le bâton de maréchal lui avait été promis par Henri IV, et que cette somme de deux cent mille écus n'était qu'un dédommagement de la valeur des charges de gouverneur de Béarn et de capitaine des gardes du corps, de celle de gouverneur de Bergerac qu'avait Castelnaut, enfin de toutes les autres dont M. de la Force et ses enfants avaient été dépouillés. Ces charges constituaient à cette époque de véritables propriétés aussi inviolables que toute autre nature de possession ; elles s'acquéraient et se vendaient de la même manière à prix d'argent. Si le roi, par un coup d'autorité, en disposait sans le consentement du titulaire, il lui accordait une indemnité que l'on appelait alors récompense, c'est-à-dire compensation.

C'est ainsi que lorsqu'en 1G20 M. d'Aubeterre remit au roi le gouvernement de Blaye, il reçut

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et le bâton de maréchal et cent mille écus de récompense.

Je pourrais citer beaucoup d'autres exemples; rien n'était donc plus légitime selon les idées du temps que ces sortes d'indemnités, et si l'on songe que la Force après s'être montré fort exigeant pour assurer le sort de ses coreligionnaires , se livra lui et sa famille sans condition, il semble bien naturel qu'il ait accepté ce que le roi lui accordait spontanément, et ce qu'il considérait comme lui étant dû à si juste titre.

Un reproche encore moins fondé a été adressé par quelques historiens à M. de la Force; on l'a accusé d'avoir abandonné la cause de sa religion, tandis que c'est lui qui fut abandonné ou trahi par presque toute la noblesse proies tan te. Le comte d'Orval, gendre de la Force, influencé par le duc de Sully , son père , refusa de le secourir. Rohan lui-même, malgré ses instances réitérées, ne tenta rien pour le défendre. La Force, après avoir épuisé toutes ses ressources, ne songeait pas même à traiter; s'il accueillit les ouvertures qu'on lui fit de la part du roi, ce fut uniquement pour sauver ceux qu'il avait entraînés dans la rébellion et qui se voyaient réduits à la dernière extrémité. Des écrivains protestants ont été

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jusqu'à dire qu'il consentit à s'accommoder dès qu'il y trouva son avantage, comme s'il n'eût point été en meilleure situation alors que, maître de Montauban, Louis XIII lui faisait offrir carte blanche pour lui et pour Caslelnaut; cependant à cette époque, il se montra plus difficile que Rohan. Le comte de Brienne rend justice à son caractère, car il affirme dans ses Mémoires, que bien que la cour, pendant le siège de Montauban, se flattât de gagner la Force, il ne partagea jamais cette opinion, convaincu, ainsi que l'expérience le prouva, que l'attachement qu'il portait à sa religion lui ferait repousser tout ce qu'on pourrait lui offrir.

Pour peu qu'on examine la conduite des grands du parti protestant à cette époque, combien la Force ne se montre-t-il pas et plus désintéressé et plus zélé pour la cause de sa religion!

lîohan, qui fit la paix trois mois pMs lard, reçoit huit cent mille livres et la continuation de ses pensions; Châlillon livre Aiguës-Mortes au roi sans coup férir, pour le bâton de maréchal et une forte somme d'argent ; Bouillon fait payer bien cher sa neutralité ; la Trémouille, son neveu, remet au roi toutes les places qui lui étaient confiées; Sully se déclare pour le roi, parla crainte de perdre ses trésors; du Plessis-Mornay se laisse surprendre

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dans Saumur ; cet acte de faiblesse et de crédulité empoisonne ses derniers jours. Lesdiguières, qui ne se battit jamais plus mal que contre ses coreligionnaires, obtient l'épée de connétable au prix de sa conversion. Et quant à la foule des autres seigneurs protestants, la plupart embrassèrent dès le commencement le parti du roi, ou s'y rallièrent plus lard par la défection. Et cependant l'histoire les traite plus favorablement que M. de la Force. Je me suis souvent demandé pourquoi cette indulgence et pourquoi cette sévérité? j'en ai trouvé deux causes : d'abord c'est que Sully, Piohan et du Plessis-Mornay ont laissé des Mémoires ; dans tous les événements auxquels ils avaient pris part, ils ont cherché à s'attribuer plus de mérite qu'à leurs émules ou à leurs compétiteurs. Dépréciant leurs adversaires et mettant en relief leurs propres actions, ils ont eu peu de souci de celles des autres. Il en a été de même pour Lesdiguières et Bouillon : d'anciens serviteurs ou des écrivains gagés par leur famille ont composé de volumineuses apologies en leur honneur. La maison de la Force seule n'a rien publié; les faits qui concernaient le maréchal et ses enfants ont été acceptés sur la parole d autrui par les historiens qui, puisant leurs documents

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dans ces témoignages divers, n'ont point trouvé de témoignages contradictoires dans les Mémoires de la Force inédits jusqu'à ce jour. Les réfugiés protestants ont calomnié dans le maréchal le fidèle serviteur de Louis XIII et de Richelieu ; les auteurs catholiques ont cherché à amoindrir la renommée du huguenot obstiné, mort dansl'impénitence finale.

L'autre cause plus générale de l'oubli dans lequel est resté M. de la Force, c'est que l'histoire du protestantisme en France, dont la guerre de 1621 est un des épisodes le plus digne d'être étudié, est entièrement à refaire: non-seulement elle a été représentée d'une manière incomplète, mais on l'a altérée et travestie à dessein ; on n'a tenu aucun compte ni de l'esprit provincial, ni du rôle que la bougeoisie a joué, ni des questions politiques souvent confondues avec les questions religieuses. On a tout rapporté au dénouement qui tourna contre les protestants, on a tout jugé au point de vue de la cour, qui triompha dans cette sanglante lutte. Dupleix, historiographe de la couronne, était chargé de traduire en mensonges officiels les faits contemporains, et Richelieu revoyait les épreuves de son livre. Le besoin d'unité territoriale et monarchique qui se

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faisait sentir, dégénérait en apologie de l'absolutisme ; au lieu de se borner à approuver Louis XII I d'avoir aboli peut-être injustement, mais à coup sûr très-habilement, le pouvoir politique des réformés, on le glorifiait d'avoir abattu l'hérésie : Fra ville , le fidèle historien des affaires de France, compare, en 1625, les rois à « des déités ou à de o vives images de la Divinité, portant sur leur » visage les rayons de cette lumière qui éclaire » nos âmes au vrai chemin du salut. » Ailleurs il dit « qu'un souverain ne doit point traiter » avec ses sujets, mais leur commander, en sorte » que S. M. n'est obligée à la rigueur par au- » cune loi, puisqu'elle les établit et les rompt » quand il lui plaît. »

Telle était l'idée qu'on se faisait de la fidélité au roi, que les services d'un spadassin ou d'un suppôt de la justice, étaient récompensés par les plus hautes charges de l'état. Vitry fut nommé maréchal de France pour avoir assassiné Concini , Thémines et Praslin pour l'arrestation du prince de Gondé. Il y avait bien loin de là au gouvernement de Henri IV, à cet esprit d'équité, à ce respect des droits et des personnes que le bon roi témoignait à toutes les classes de la société , au manant comme au bourgeois , au

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gentilhomme comme au prince du sang, au protestant comme au catholique. Cependant, malgré ces énormités, le temps marchait et le progrès avec lui. La guerre de 1621 produisit des résultats immenses; les événements entraînèrent fatalement Louis XIII dans la voie qu'il suivit; la facilité qu'il avait rencontrée à soumettre le Béarn le décida à retirer aux protestants une partie des concessions de Henri IV, c'est-à-dire les assemblées mixtes et les places de sûreté. La mort politique du parti réformé termina cette lutte, que Richelieu, par la prise de la Rochelle, sut faire tourner au profit de la royauté et à la grandeur de la France. La question religieuse demeura entière ; mais les prémisses étaient posées, et soixante ans plus tard, des conséquences aussi funestes qu'impolitiques, mais trop rigoureusement logiques, en découlèrent par la révocation de ce qui restait encore de l'édit de Nantes.

Luynes mort, Louis XIII avait essayé de gouverner par lui-même : le poids des affaires accablait sa faiblesse ; les ministres s'emparèrent du pouvoir; la domination des coteries et une sorte d'oligarchie intrigante succédèrent au règne du favoritisme. Cet état de choses se prolongea deux

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ans; les finances étaient dilapidées, l'autorité énervée au dedans, le gouvernement déconsidéré au dehors. L avènement de Piichelieu marqua une ère nouvelle. Par la chute du parti huguenot et par l'abaissement des grands, il releva le pouvoir royal, et employa contre l'étranger toutes les forces vives de la Franee, qui se consumaient dans des luttes intestines. Il réalisa le vaste projet de Henri IV par l'humiliation de la maison d'Autriche ; mais en faisant passer le niveau sur toutes les sommités sociales, en abolissant les privilèges, en rasant les donjons de la féodalité, en démantelant les citadelles des réformés, il préparait des dangers pour l'avenir de la monarchie; car l'ériger à la hauteur du despotisme, c'était l'isoler en même temps de ses appuis naturels et l'exposer seule aux orages des révolutions.

Après le traité de Montpellier, le maréchal de la Force n'avait pu rester en Guyenne ; dénoncé tous les jours par les catholiques, auxquels sa présence portait ombrage, il se retira dans une terre qu'il possédait en Normandie. Il y attendit paisiblement que le temps des réactions fût passé. Bien loin de se sentir disposé à se rejeter dans les troubles de la religion, il se félicitait d être

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