LIVRE I, CHAPITRE ï
sieur de Piles1. Étant arrivé dans sa maison, rue des Petits-Champs, ledit capitaine dit au sieur de la Force : Quand me ferez-vous toucher la rançon que vous m'avez promise ?
— Dans deux jours, répondit monsieur de la Force.
— Eh bien , lui dit-il, cependant ne me donnezvous point votre foi et votre parole de ne bouger d'ici, ni vous, ni vos enfants?
— Oui y repartit la Force, je vous engage ma foi et ma parole que ni moi ni mes enfants ne bougerons d'ici.
Ensuite le capitaine Martin les laissa en la garde de deux Suisses, et sortit avec ses gens pour aller continuer le pillage et les cruautés.
Aussitôt qu'ils furent partis, le sieur de la Force dépêche le nommé Gast, valet de chambre de ses enfants, à l'Arsenal, vers madame deBrisambourg2,
1 Armand de Clermont, baron de Piles. Voltaire, en citant nos mémoires, a ajouté qu'il était père de celui qui tua en duel le jeune Malherbe. L'éditeur des lettres de Malherbe a fort bien démontré l'impossibilité de ce fait, car si M. de Piles, qui tua le fils de Malherbe en 1628, eût été le fils de celui qui fut égorgé à la Saint- Barthélémy en lo72 , il aurait eu pour le moins cinquante-six ans lors de son duel, et Balzac affirme qu'il n'en avait pas vingt-cinq. Au reste, ce qui a causé cette méprise de Voltaire, c'est que le nom de Piles était à la fois porté par deux maisons, celle de Clermont et celle de Fortia ; l'adversaire du jeune Malherbe appartenait à cette dernière.
2 Jeanne de Gontaut ; elle avait épousé en premières noces Pierre
1572. qui étoit sa belle-sœur et sœur du Maréchal de Biron1, Grand-Mai tre de l'artillerie, pour lui faire entendre l'état où ils étoient lui et ses enfants, et comme le capitaine Martin, duquel ils se trouvoient prisonniers, leur avoit sauvé la vie, moyennant la rançon de deux mille écus ; que s'assnrant sur son affection, il s'adressoit librement à elle pour la prier de les secourir en un si pressant besoin, et que par son moyen ils pussent recouvrer ladite somme; que cela requéroit secret et diligence.
Ladite dame fit aussitôt ce que son beau-frère soukailoit, et lui manda qu'elle espéroit lui faire tenir ladite somme le mardi, qui étoit le second jour; elle lui fit aussi savoir que le bruit couroit qu'on les avoit pris prisonniers, et qu'elle craigrioit fort que, si cela venoit aux oreilles du Pioi, on ne les fit mourir.
Gast, à son retour, leur confirma celte nouvelle, et leur dit qu'il étoit du tout important, puisqu'ils avoienl les movens de s'olcr de là et de se sauver, qu'ils le dévoient faire. 11 n'y eut pas jusqu'aux
Poussard, seigneur de Brisambourg, qui la fit son héritière, et elle était alors veuve de Jean de Caumont, seigneur de Montpouillan et frère du sieur de la Force.
1 Armand deGontaut, dit le Boiteux, baron de Biron, le plus grand homme de guerre de son temps.
26 août