‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 30 sur 168 · LIVRE 1, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE I

deux Suisses à qui ou avoit commis leur garde 1572. qui n'eussent pitié de cette famille. En effet, ils disoient incessamment qu'ils les emmèneroient partout où ils voudroient, et que volontiers ils liasarderoient leur vie pour les sauver tous- Mais le sieur de la Force, avec une grande fermeté, leur représentoit qu'il avoit donné sa parole. Je lui ai engagé ma foi, disoit-il ; je ne la fausserai point, étant résolu d attendre la providence de Dieu, qui disposera de nous selon son bon vouloir.

A cela Gast et les deux Suisses le pressèrent qu'au moins il voulût permettre que ses enfants ou l'un d'eux pût se sauver, puisqu'il voyoit que, par les avis que l'on lui donnoit, qu'on en vouloit à toute sa famille; mais il fut inflexible, disant qu'il n'en seroit que ce que Dieu avoit ordonné. Les deux Suisses tentèrent de lui en dérober un ; mais le père n'y voulut jamais consentir; ce qui causa un déplaisir extrême à ces bonnes gens.

Le lendemain matin, qui étoit le jour que l'on devoit délivrer la rançon promise au capitaine Martin, arriva le comte de Coconas ' avec quarante

1 Annibal, comte de Coconas, seigneur piémontais; il eut la tête tranchée l'année suivante pour avoir pris part à la conspiration des princes mécontents, contre Catherine de Médicis. Sa mémoire fut rétablie par un édit de Henri III du mois de mars io76.

1572. ou cinquante soldats suisses et françois ; tous montèrent au logis, et commença à dire au sieur de . la Force : Je suis venu vous chercher 'par ordre de Monsieur, frère du roi, qui a été averti que vous êtes détenu prisonnier et veut parler a vous.

Son abord et sa contenance firent assez connoître son dessein; cependant, voyant comme ils vouloient se mettre dans un état plus décent et prendre leur cape, il ajouta qu'il n'étoit besoin de tant de cérémonie, mais qu'ils se hâtassent seulement de le suivre.

Et soudain les dépouillèrent de leurs manteaux, chapeaux et bonnets; de sorte qu'ils jugèrent bien que c'étoit pour les faire mourir.

Le sieur de la Force leur représenta qu'on ne les conduisoit pas au Louvre, mais bien à la boucherie; il se plaignit fort qu'on manquât ainsi â la parole qu'on lui avoit donnée, assurant que l'argent qu'il avoit promis pour sa rançon étoit prêt.

Il est à considérer que le plus jeune des deux enfants, nommé Jacques Nompar, parloit incessamment, leur reprochant leur perfidie, et consoloit toujours son père ; et faut ajouter ici une particularité bien notable que je lui ai souvent ouï dire, c'est que, quoiqu'il vit bien qu'ils avoient dessein de les tuer tous, il étoit cependant ferme-

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