‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 33 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

tout où il voudroit aller. Il pria que ce fût au Louvre, 1572. où il avoit une sœur nommée madame de Larchant x , qui étoit auprès de la Reine. A cela le marqueur répondit : Mon enfant, je n'oserois vous mener là; même y a tant de corps de garde à passer que quelqu'un vous reconnoîtroit et qu'on nous tueroil tous deux.

Lors le jeune la Force lui proposa de le mener à l'Arsenal, où logeoit sa tante, madame de Brisambourg, à quoi le marqueur accéda plus volontiers, disant : Cela est bien loin, mais je vous mènerai plutôt là, car j'irai tout le long des remparts et nous ne rencontrerons personne.

Le matin, dès le plus petit point du jour, il lui donne de mauvaises chausses de toile toutes crasseuses, le pourpoint de même, et le manteau qu'il lui avoit prêté la veille, avec un méchant bonnet, rouge sur lequel il avoit mis une croix de plomb. Équipé de la sorte, il le conduisit par-dessus les remparts jusqu'à l'Arsenal ; ils arrivèrent à la première porte, que le jour étoit à peine commencé; mais comme ladite porte se trouvoit fort éloignée

» Diane de Vivonne, fille de Philippe de Beaupoil, dame de la Force, et de son premier mari François de Vivonne, Seigneur de la Châtaigneraie, tué en champ clos par Jarnac, en 1547. Elle s'était remariée à Nicolas de Gremonville, Seigneur de Larchant, et capitaine des gardes de Charles IX; elle était dame de la Reine Elisabeth d'Autriche.

1572. des bâtiments, le jeune la Force dit à celui qui l'avoit si heureusement conduit : Demeurez ici ; je vous renverrai les habits que vous m'avez 'prêtés, avec les trente écus que je vous ai promis.

Il demeura longtemps à la porte, n'osant pas heurter, de crainte qu'on ne lui demandât qui il étoit. Au bout de quelque temps, quelqu'un de la maison venant à sortir, il s'avança dextrement sans qu'on lui dit rien; il traversa donc toute la première basse-cour, et s'en alla jusqu'au droit du logis, regardant s'il ne voyoit personne de sa cou noissance, car il jugeoit bien que sous ces mauvais accoutrements on ne le laisseroit point entrer ; il n'osoit dire son nom, craignant de rencontrer quelques bourreaux de l'espèce de ceux auxquels il avoit échappé. Il est à propos de mentionner ici que l'un des Suisses qui les gardoient avoit fait sauver le page qui, comme nous l'avons dit, se trouvoit avec eux, et qui se nommoit la Vigerie; mais dans la maison on l'appeloit Y Auvergnat pour le distinguer d'avec son frère.

Lorsque Coconas eut fait sortir monsieur de la Force de la maison du capitaine Martin, un de ces Suisses dit au page : Sauvez-vous, car on va dépêcher ceux-ci. Il se sauva ; mais il s'arrêta à quelques pas de là jusqu'à ce qu'il eut entendu crier : Tue, tue, et

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