‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 34 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

qu'il eut vu tomber le père et ses deux enfants ; il 1572. se retira la même nuit à l'Arsenal, et il lui fut d'autant plus facile d'échapper qu'il portoit une livrée semblable à celle du Comte de la Marck, qui étoit un des chefs du massacre, et ainsi ledit Auvergnat disoit à tous les corps de garde : Je suis un page du Comte de la Marck, et je vais trouver de sa part monsieur le Maréchal de Biron à ï Arsenal, où étant arrivé, il se rendit auprès de madame de Brisambourg, et lui raconta comme il avoit vu tuer monsieur de la Force et ses deux enfants, ce qui fut un sujet de grande affliction a cette bonne dame leur tante et veuve d'un de leurs oncles.

Nous avons laissé le jeune la Force fort en peine de savoir comment il feroit pour entrer dans l'Arsenal ; Dieu lui suscita un moyen qui fut que comme on ouvroit la porte, il aperçut l'Auvergnat, qu'il appela par son nom; mais il n'en eut point de réponse, soit que, le croyant mort, il ne reconnût pas sa voix, soit qu'il ne l'entendit point.

On rouvrit une seconde fois la porte, et le page y étant encore, il appela deux ou trois fois : V Auvergnat ! l'Auvergnat !

Le page sortit aussitôt : Qui étes-vous? lui dit-il. Le jeune la Force répondit : Quoi ! ne me rcconnoissczvous point ?

1572. L'ayant considéré plus attentivement : Eh ! mon Dieu, c'est vous, monsieur; je ne vous reconnoissoispas!

Lors il lui demanda s'il n'y avoit point quelquesuns des gens de son père à l'Arsenal, et le page, le faisant entrer, le mena vers un gentilhomme de sa maison nommé Beauvillier du Maine, qui se promenoit avec le maître d'hôtel de madame de Brisambourg, qui furent tous deux fort surpris et ravis de le revoir, le croyant mort, sur le rapport du page. Ils le conduisirent aussitôt à la chambre de ladite dame, qui étoit encore au lit, grandement affligée de tant de malheurs. Arrivés qu'ils furent en sa présence, soudain elle l'embrassa toute baignée de larmes, croyant qu'on les avoit tous dépêchés, et louant Dieu de le voir, lui demanda comment il s'étoit sauvé.

Lors il lui raconta brièvement comme quoi Dieu l'avoit assisté, et comme le pauvre marqueur du jeu de paume l'avoit retiré chez lui et conduit jusque-là, qu'il lui avoit promis trente écus pour sa peine et de lui rendre les habits, et qu'il étoit à la porte attendant le tout.

Madame de Brisambourg le fit mettre au lit dans la chambre de ses femmes, et envoya aussitôt les trente écus audit marqueur et les habits de son neveu.

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