LITRE I, CHAPITRE I
chant sa sœur, ayant hérité des biens de son mari 1572. sans avoir hérite de sa méchanceté, légua en mourant tous ses biens à son frère.
Le jeune la Force demeura ainsi caché jusqu'à environ une heure après minuit; on l'ôta de là pour le ramener dans le même cabinet du Maréchal; madame de Brisambourg, qui avoit pris grand soin de son neveu, n'eut point de patience qu'elle ne l'eût fait changer de lieu, à cause que le bruit étoit qu'il s' étoit sauvé et retiré à l'Arsenal.
Le sieur de Boni *, lieutenant général de l'artillerie , vint le lendemain matin prendre le prétendu page, le mena déjeuner en lieu particulier, et après cela lui dit : Suivez-moi. Alors il le sortit hors de l'Arsenal et le conduisit chez monsieur Guillon , contrôleur de l'artillerie, qui étoit de ses amis, et donna instruction au jeune homme que si on s'enquéroit qui il étoit , il répondit qu'il s'appeloit Beaupuy, se faisant (ils de monsieur de Beaupuy qui étoit lieutenant de la compagnie de gendarmes du Maréchal de Biron , l'exhortant expressément de ne point sortir du logis où il le menoit et de ne
1 Jean de Durfort, Seigneur de Born; il commanda presque toujours l'artillerie de Henri IV dans la guerre de la Ligue. Sully raconte que servant sous ses ordres au siège de Laon, en 1594, il apprit beaucoup de ce vieil officier.
rien faire ni dire qui pût le faire reconnoître. Il ne faut pas oublier ici que ledit Born étant monté à cheval, à cause qu'il avoit une jambe de bois, pour aller chez le sieur Guillon , le sieur de la Force le suivit à pied d'assez loin dans les rues, où il a avoué qu'il étoit dans des transes continuelles , ce qui n'est pas difficile à croire, vu les extrémités et grands périls auxquels il s'étoit rencontré.
Étant arrivé à la maison dudit contrôleur, Boni lui dit : « Vous êtes de mes amis; je vous prie, faites-moi le plaisir de me garder ici ce jeune homme, qui est mon parent, fils de monsieur de Beaupuy, qui commande la compagnie de gendarmes de monsieur le Maréchal de Biron. Je Vai fait venir ici pour le mettre page ; mais j'attends que tout ce tumulte où vous vouez que nous sommes soit passé. » Ce que ledit contrôleur lui accorda volontiers; mais encore qu'il fût de ses amis, Born ne voulut jamais lui donner connoissance de ce qu'étoit le jeune homme, quoique Guillon se doutât bien qu'il ne lui disoit pas tout.
Après avoir demeuré en ce logis sept ou huit jours, ledit contrôleur, qui alloit tous les jours à l'Arsenal pour savoir ce qu'il avoit à faire , ne manquoit pas, à l'heure du diner, de se rendre chez lui. Il arriva qu'au bout de ce temps-là, sur l'heure