‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 37 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

qu'il avoit coutume de rentrer, le jeune homme entendant heurter à la porte et se trouvant près, s'avança pour ouvrir, croyant que c'étoitson hôte; il se rencontra que c'étoit quelqu'un qui le connoissoit; ce que voyant, il repoussa vivement la porte. L'autre lui cria : Laissez-moi entrer, j'ai à parler à vous. Étant entré, il lui dit que madame de Brisambourg l'envoyoit là et qu'elle étoit en peine de ses nouvelles, et où il étoit ; et après cela il sortit de ce logis.

Ledit contrôleur s'en revenant pour dîner, lui demanda, comme il avoit toujours accoutumé, si quelqu'un étoit venu à la maison; il lui dit que oui, et lui raconta tout ce qui s'étoit passé; ce qui lui donna l'alarme de telle sorte que, laissant le dîner, il monte soudain à cheval pour aller trouver monsieur de Born et l'en avertir. Celui-ci, pour s'éclaircir de ce qui en étoit, s'en va chez madame de Brisambourg, qui en fut aussi fort étonnée, n'ayant envoyé personne.

Ladite dame, quiprévoyoit que l'on pourroitreconnoître tôt ou tard son neveu, avoit fait en sorte auprès de son frère qu'il avoit retiré un passe-port duPvoipour un maître d'hôtel et un sien page qu'il envoyoit en Guyenne, sous le prétexte d'aller chercher son équipage et sa compagnie de gendarmes.

1572. Elle avoit donc choisi le sieur de Fraisses pour

conduire son neveu, et aussitôt qu'elle eut appris ce qui étoit arrivé chez le contrôleur, elle donna ordre audit sieur de Fraisses de partir sur-lechamp ; il se transporte soudain avec le sieur de Boni au logis où étoit le jeune homme et lui dit en l'abordant : Tenez , voilà des bottes et un cheval , partons tout à l'heure.

Il suivit aussitôt lesdits Born et de Fraisses, et eut encore en cette occasion une rencontre fâcheuse; c'est que, s'étant trouvé une fort grande procession dans une rue où il passoit, sa haquenée, qui était ombrageuse et à qui tous les surplis faisoient peur, fit quelques bonds et en renversa plusieurs ; ce qui le mit en grande peine , craignant qu'on ne lui attribuât les sottises de sa bête, et que, croyant qu'il le faisoit à dessein, le peuple ne le reconnût pour un Religionnaire : et les choses passées le tenoient en telle méfiance qu'il lui sembloit que tous ceux qui le voyoient dévoient savoir qui il étoit. Il en fut quitte pour la peur, car Dieu permit qu'il se rendit heureusement à la porte de la ville, où étant, le sieur de Born appela celui qui commandoit au corps de garde et lui dit : Mon capitaine, c'est ce maître d'hôtel de monsieur le Maréchal de Biron qui a commandement d'aller faire

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