‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 44 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

eux voyant que le Roi avoit peur, devenus plus i585. arrogants, répondirent, pour pallier leurs mauvais procédés, que ce n'étoit point à lui qu'ils en vouloient, mais à Henri de Navarre, fauteur d<es hérétiques et lui-même hérétique relaps.

Henri, réveillé par les hruits de guerre, mit aussi d'abord la main à la plume, et répondit par un manifeste que l'on l'avoit forcé de suivre une Religion fausse, le poignard sur la gorge, et qu'ainsi il n'est point relaps; qu'à l'égard de sa prétendue hérésie, il est prêt de suivre dans un concile libre ce qu'il réglera sur la Religion; et sur ce que, dans leurs déclarations, les Guises l'avoient taxé de perturbateur du repos public et désireux de la mort du Roi, ledit Henri dit 1 qu'ils ont faussement et malicieusement menti, et s'offre à démêler cette querelle de sa personne à celle du Duc de Guise, ou bien de plusieurs, avec armes accoutumées entre chevaliers, afin d'épargner par là le sang de la noblesse françoise. Mais non content de mettre la maiu à la plume, il donna rendez-vous à ceux de son parti à Guitres, près Coutras, pour savoir si l'on ne doit pas mettre aussi l'épée à la main, et c'est là qu'étant assemblés, Henri leur fit ce discours :

1 I.c manifeste du Roi de Navarre où il appelle en duel le Duc de Guise est du 10 juin lb8o.

hh MÉMOIRES DU DUC DE LA FORGE.

158$. (f Si j'eusse cru, mes amis, que les affaires qui » se présentent n'en n'eussent voulu qu'à ma tête, » et que la ruine de mon bien, la diminution de » mes intérêts et de tout ce qui m'est le plus cher, » fors l'honneur, vous eussent apporté tranquillité » et sûreté, vous n'eussiez point eu de mes nou- » velles, et avec l'avis et l'assistance de mes ser- » viteurs particuliers, j'eusse, aux dépens de ma » vie, arrêté mes ennemis; mais étant question de » la conservation ou de la ruine de toutes les Églises » Réformées, et par là de la gloire de Dieu, j'ai » pensé devoir délibérer avec vous de ce qui vous m touche. Ce qui se présente le premier à traiter » est si nous devons avoir les mains clouées durant m le débat de nos ennemis, envoyer tous nos gens » de guerre dedans les armées du Roi sans rien » et sans autorité ; ce qui est une opinion au cœur » et en la bouche de plusieurs; ou bien si nous » devons, avec armes séparées, secourir le Roi et » prendre les occasions qui se présenteront pour un » affermissement. A oilà sur quoi je prie un cha- » cun de cette compagnie de vouloir donner son

» avis sans particulière passion »

Le Vicomte de Turenne1, qui étoit à la gauche

1 Henri de la Tour d'Auvergne, Vicomte de Turenne, auquel Char-

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