‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 45 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

du Roi, tout le monde étant en rond, sans préséance, prit ainsi la parole :

« Parce que le succès de toutes nos affaires dé- » pend de la bénédiction ou de la malédiction de » Dieu, la justice ou l'injustice sont à mon avis les » points qui doivent entrer en considération, à » nous mêmement qui ne distinguons pas notre » Dieu d'avec nos adversaires, ni par querelle de » nation à nation, ni par intérêt de succession, mais » par la dispute de la vérité au mensonge et de » notre droit à leur iniquité. De ces choses nous » avons à rendre compte à Dieu, à nos voisins, à » nos compatriotes et à nous-mêmes; vu que la » guerre se fait par des hommes qui ne sont nô- » très ni dedans ni dehors le Royaume ; que, par » une juste passion à eux et à nous commune, » notre patience coupe la gorge aux raisons des » ennemis; notre impatience justifieroit leurs ar- » mes et leurs desseins; voilà pour le juste. Pour » le succès je raisonne ainsi : Si vous vous armez, » le R.oi vous craindra; s'il vous craint, il vous » haïra; s'il vous hait, il vous attaquera; s'il vous » attaque, il vous détruira; cette crainte du Roi » ne sera pas appuyée sur la multitude de vos ar-

lotte de la Marck apporta le duché de Bouillon, et qui fut père du Maréchal de Turenne.

1585. » mées, lesquelles n'ont plus les reins des anciennes, » mais sur ce que vous le contraindrez à subir les » conditions de ses ennemis et les vôtres, raison- » nable occasion du deuxième point qui est la haine. » Quant à votre ruine, qui peut, selon l'apparence » humaine, attendre autre chose de deux puis- » sances, la moindre desquelles n'est que trop ca- » pable de cela, vu même que l'émulation de deux » partis réconciliés les échauffera contre vous, et » que les fautes par lesquelles vous avez échappé » de leurs mains leur seront perpétuellement devant » les yeux. Je suis donc d'avis que par notre tolé- » rance nous mettions charbons ardents sur la tète » de ceux qui nous haïssent injustement, que nous » fassions couler nos gens de guerre dans les ar- » mées et compagnies royales ; le Roi devra sa dé- » livrance à notre vertu et donnera sa haine pas- » sée à notre humilité. Que s'il advient qu'il » s'accorde avec nos adversaires et les siens, notre » prudhommie reluira comme un midi envers les » étrangers et régnicoles, fera que les ingrats vien- » dront à nous avec les consciences et les cœurs » transis ; nos courages seront enflés et pleins de » notre probité, laquelle appellera du ciel sur nos

» armes la bénédiction de Dieu »

Ce discours emporta vingt des voix suivantes, et

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