‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 46 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE IL l\l · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IL l\l

elles alloient être suivies du reste de l'assemblée, isss. lorsque le sieur de la Force prit ainsi la parole :

« Si la fidélité n'étoit ici plus de saison que la » discrétion, le respect et l'honneur que je dois à » ceux qui ont parlé me fermeroient la bouche; » mais le serment que j'ai à Dieu, à sa cause et à » vous, Sire, me l'ouvre, et aux dépens de la bien- » séance me fait dire ce qui est de mon sentiment. » Ce seroit fouler aux pieds les cendres de nos » martyrs et le sang de nos vaillants hommes, ce » seroit planter des potences sur les tombeaux de » nos Princes et grands hommes morts, et con- » damner à pareille ignominie ceux qui encore de- » bout ont voué leurs vies à Dieu, que de mettre » ici en doute et sur le bureau avec quelle justice » ils ont exercé leur magnanimité; ce seroit crain- » dre que Dieu même ne fût coupable, ayant béni » leurs armes par lesquelles ils ont traité avec le » Roi, selon le droit des gens, arrêté les injustes » brûlements qui s'exerçoient de tous cotés, et ac- » quis la paix à l'Église et à la France. Cette assem- » blée môme seroit criminelle de lèse-Majesté, si » nous avions osé convenir en icelle, sans être as- » sures et pleins de notre droit. Ce n'est donc plus » à nous à regarder en arrière, où nous ne verrons » qu'Églises, villes, familles et personnes ruinées,

» en partie par la perfidie des ennemis, en partie » par ceux qui leur cherchoient des excuses pour » s'excuser des labeurs et périls auxquels Dieu nous » appelle quand il lui plaît. Si vous vous armez, le » Roi vous craindra, il est vrai; s'il vous craint, il » vous haïra; plût à Dieu que cette haine fût à » commencer! S'il vous hait, il vous détruira; plût » à Dieu que nous n'eussions point encore essuyé » le pouvoir de cette haine! Heureux seront ceux » qui par cette crainte empêcheront leur ruine! » malheureux qui appellera cette ruine par le mé- » pris! Je dis donc que nous ne devons pas être » seuls désarmés quand toute la France est en ar- » mes, ni permettre à nos soldats de prêter ser- » ment aux capitaines qui l'ont prêté de nous exter- )) miner. Que veut-on que deviennent les Princes » du sang et les grands Seigneurs du parti? Donne- » rons-nous à nos ennemis les hommes et la créance » que nous avons achetés par tant de bienfaits? Oui, » il faut montrer notre humilité selon Dieu, mais » que ce soit sans lâcheté; demeurons capables de » servir le Roi dans ses besoins et de nous servir » aux nôtres... et puis ployer devant lui, quand » il en sera temps, nos genoux tout armés; lui » prêter le serment en tirant la main du gantelet; » porter à ses pieds nos victoires, et non pas notre

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