‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 47 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE II

m étonnement. J'ajouterai encore ceci, c'est que le 1585- » prétexte sur lequel nos ennemis ont échappe à » leur Roi est pour nous sauter au collet; il est né- » cessaire que le respect de nos épées les arrête, » puisque le sceptre ne le peut. Otons-leur la joie » et le profit de la soumission que nous voulons » rendre au Prince. Je conclus donc ainsi : Si nous » désarmons, le Roi nous méprisera; notre mépris, » il le donnera à nos ennemis ; uni avec eux , il nous » attaquera et nous ruinera, nous qui serons désïj armés; ou bien, si nous armons, le Roi nous » estimera, et nous estimant, il nous appellera; » unis avec lui, nous casserons la tête à nos en- » nemis. »

Le discours du sieur de la Force n'étoit pas fini, que le Roi s'écria : Je sais à lui ! ce qui fit que le reste de l'assemblée souscrivit à la dernière opinion.

Pendant que les choses se passoient ainsi en

Guyenne, Henri III signe tout d'un coup la paix

avec les Guises; et par un Édit, sa Majesté, séant au

Parlement le dix-neuf juillet, défend tout exercice

de Religion autre que la Catholique, et donne pour

villes de sûreté à la Ligue les meilleures places du

Royaume.

Le Pvoi de Navarre apprit cette nouvelle au i. h

1585. château ' de la Force, où il étoit pour lors, raisonnant seul avec le sieur de la Force de cette querelle qui alloit s "élever. Il fit en ce temps-là l'honneur à monsieur de la Force de passer quelque temps chez lui, où il vivoit avec une telle familiarité, qu'il n'y menoit personne de sa Maison, voulant que ce fussent les olliciers de monsieur de la Force qui le servissent ; il tint même un de ses enfants au baptême, et le porta jusqu'au temple entre ses bras.

Cel Édit affligea si cruellementle Roi de Navarre, qu'il dit depuis au sieur de la Force ces paroles : Pensant à cela profondément et tenant la tête appuyée sur ma main, V appréhension des maux que je ressentois pour mon pays fut telle qu'elle me blanchit la moitié de la moustache.

Il en fit aussi de vives plaintes au Roi, dans lesquelles il disoit qu'il avoit fait la paix avec des rebelles pour ruiner les obéissants, avec les conjurateurs pour perdre les fidèles, avec les étrangers pour exterminer les domestiques.

Il déclara en outre, le deuxième jour du mois d'août, qu'en commençant la guerre il proteste, et avec lui le Prince de Condé, les Seigneurs et auu^es gentilshommes, les provinces, les villes et commu-

1 Le château de la Force était situé à une lieue de Bergerac, sur un monticule qui domine le'cours de la Dordogne.

Page 1