LIVRE I, CHAPITRE H
imités, tant d'une que d'autre Religion, de se bander contre les auteurs de ces troubles, par une défense nécessaire et légitime, pour conserver les lois fondamentales des familles, pour maintenir la condition et liberté du Roi et de la Reine sa mère.
En cette même année, Sixte-Quint excommunie le Roi de Navarre ; mais comme ce Prince craignoit plus l'épée de saint Paul que les clefs de saint Pierre, et For d'Espagne que le plomb de Rome, il demande du secours aux Princes protestants d'Allemagne.
Henri III, averti de ces menées, lui envoie Lenoncourt ' et Brulart 2 pour l'exhorter à la paix, l'engageant, afin de faciliter son avènement à la Couronne, de se réunir à l'Église Catholique, lui déclarant les causes qui l'avoient porté à la rupture de la paix, et lui redemandant les places de sûreté.
Le Roi de Navarre, après avoir remercié le Roi de sa bonne volonté, lui répondit : qu'il ne pouvoit sans instruction changer sa Pveligion, pour
1 Philippe de Lenoncourt, neveu et petit-neveu d'Archevêques et de Cardinaux; il fut lui-même Cardinal en 1586, et Archevêque de Reims en 15S9.
2 Nicolas Brulart, Marquis de Sillery ; il était alors Président de chambre au Parlement de Paris; il fut fait Chancelier à la mort de Pomponne de Bellièvre, en 1607. La famille Brulart a produit les Marquis de Puysieux et les Comtes de Genlis.
1585. laquelle on avoit employé tant de temps et tant de sang ; que tant s'en faut que ceux de son parti désirassent de quitter les villes qui leur avoient été données en Guyenne; qu'à l'exemple de ceux de la Ligue, ils en pourroient exiger de meilleures.
Cependant les Princes d'Allemagne, qui désiroient d'apporter la paix en France plutôt que la guerre, envoyèrent, devant que de faire partir leur secours, des Ambassadeurs au Roi Henri III, pour le prier d'écouter les gémissements de son peuple et les prières de ses voisins pour une bonne paix. Le Prince leur répondit qu'il trouvoit étrange que les voisins se mêlassent de ses affaires, qu'étant souverain il changeoit ses volontés suivant l'exigence du temps, et qu'au surplus, comme père de son peuple, il ne feroit rien contre l'amour paternel, ni contre sa conscience.
Les Ambassadeurs s'en retournèrent en Allemagne fort mécontents de cette réponse ; et le Roi craignant qu'elle ne hâtât le secours étranger, mande aux Gouverneurs de provinces de faire exécuter son Édit.
Le Roi de Navarre, de son côté, déclare ennemies et rebelles les villes qui reçoivent cet Édit.
Voilà donc toute la France en armes. On envoie cinq armées contre le Roi de Navarre. L'une en