LIVRE ï, CHAPITRE H
prendre sa plus sûre retraite, ladite armée de monsieur du Mayue se trouvoit au-devant. Plusieurs et divers conseils lui étoient donnés là-dessus : les uns, qu'il falloit qu'avec cinq cents chevaux d'élite, sans aucun bagage, il entreprit de bonne heure de gagner la rivière de Loire et se rendre à Tours; d'autres disoient qu'il y avoit du péril, et qu'il étoit meilleur que sa Majesté s'en allât à Dieppe et s'embarquât pour se rendre en Angleterre, où il ne falloit pas douter que la Reine Elisabeth, qui l'affectionnoit grandement, ne le reçût très-bien, et pourroit prendre le temps à propos pour le renvoyer de ce pays-là avec de gaillardes forces. Le Maréchal de Biron insistoit surtout qu'il falloit conserver sa personne, et que pourvu que cela fût, que tout le reste des affaires irait bien, et qu'infailliblement avec le temps un chacun reviendroit à son devoir, et que s'il pJaisoit à sa Majesté de mettre sa personne en sûreté, qu'il lui répondoit de son armée et s'assuroit de la bien maintenir.
Sa Majesté ne put jamais goûter aucun de ces expédients, et s'affermit à ne vouloir point abandonner ses serviteurs, alléguant toujours ce commun dire que, qui quitte la partie, la perd; qu'il étoit entre les mains de Dieu, qui est le prolecteur des liais ; quil voyoit bien que sil enlreprenoit de se re-
1589. tirer delà la rivière de Loire, que cétoit abandonner la meilleure partie de son Etat, ôler le courage à tous ceux qui lui étoient affectionnes en deçà, et que ce seroit Yen priver pour jamais ; (Yaller en Angleterre, qu'il le feroit encore moi?is ; qu'il ne seroit jamais dit que ses ennemis T eussent chassé hors de son Royaume, qu'il étoil résolu d'y mourir les armes à la main.
Cette résolution prise, il fallut aviser où il se pourroit placer pour prendre quelque assiette assurée, et où son armée pût subsister. L'on proposa que la rivière qui alloit d'Arqués à Dieppe ne se pouvoit gueyer, et que sa Majesté, avec son armée, pouvoit tenir toujours l'un des côtés. Le Maréchal de Biron pria le Roi de lui permettre d'aller en diligence reconnoitre le lieu. Ce qu'il fit soudain; et à son retour, assura sa Majesté quV//e ne pourroit choisir une meilleure assiette; qu'il avoit fait suivre toute la rivière et fait sonder les gués; qu'on lui avoit rapporté quil ny avoit moyen de la pouvoir passer entre ledit Arques et la ville de Dieppe; par là il concluoit quon ne sauroit empéc/icr qu'il n'eût toujours un des côtés de ladite rivière libre, et ainsi se pouvoir aider des fourrages et autres choses nécessaires ; que pour cet effet, il falloit garder ces deux têtes d'Arqués et de Dieppe, y faire un bon travail par de grands retranchements qui seroient défendus de