‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 57 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

toute Vannée ; quon ne pourroit également empêche?*, «89. ayant ïun des côtés libre, d'avoir la communication assurée de l'un à l'autre.

Dès le lendemain, toute l'armée partit de Darnetal près de Rouen, et s'achemina audit Arques. Le château est sur un haut, bâti à l'antique, avec quelques grosses tours ; le bourg est bas dedans le vallon; la rivière passe presque au milieu où y a un pont.

Par les avis que l'on a de l'acheminement de l'armée du Duc du Mayne, l'on apprend qu'il vient de ce côté-là droit audit Arques; soudain on entreprend le travail des retranchements nécessaires sur le haut, à la faveur dudit château que l'on laissoit un peu à main gauche, se servant d'une éminence qui se rencontroit assez à propos, et qui prenoit un peu d'avantage sur l'étendue de la plaine, qui est fort grande et unie de ce côté-là. En deux ou trois jours ce travail fut merveilleusement avancé ; il fut baillé aux Suisses à faire, qui en avoient chacun un tes ton J tous les jours; le Maréchal de

1 Pièce d'argent que Louis XII fit frapper en 1513; son origine vient d'Italie, et son nom de ce que ce fut la première monnaie qui porta la tètedulloi; les derniers testonsfurentfabriquéssousllennlll, qui leur substitua le franc d'argent : leur valeur était environ le quart de l'écu d'or,leur poids et leur module étaient à peu près les mêmes que ceux de l'ancien écu de trois livres.

1589. Biron ' n'en bougeoit, et tout ledit travail fut tracé par lui.

Comme il fut presque achevé, les nouvelles arrivent que ledit sieur du Maync prcnoit sa route vers le haut de cette rivière, et s'en alloit à la Comté d'Eu. Il fallut quitter ce traï7ail et en aller entreprendre un lout nouveau au Ixis de la rivière et du bourg d'Arqués, et bien diligemment, puisque les ennemis venoient de ce côté-là, afin de défendre la tète du logement de l'armée qui étoit au pied de la montagne.

i5 septembre. Quatre ou cinq jours après, l'armée du Duc du Mayne part de la ville d'Eu, qui en est environ à deux lieues, en pays de grandes plaines unies, marche en bataille, faisant deux tètes, sans néanmoins beaucoup de séparation, l'une vers Dieppe, et l'autre à Arques. Ce front étoit si grand qu'il paroissoit y avoir cent mille hommes. Le Maréchal de Biron, désireux de les reconnoitre et voir leur contenance, monta à cheval, après avoir mis Tordre

1 Nous trouvons dans un autre manuscrit de la famille , mais qui n'est pas, comme celui-ci, écrit de la main du Duc de la Force: «C'étoit le Maréchal de Biron qui traçoit lui-même ce travail, se faisant toujours accompagner du sieur de la Force, non pas tant parce qu'il étoit son gendre, mais pour les bonnes qualités qu'il reconnoissoit en lui, si bien qu'il lui communiquoit tous ses desseins et lui faisoit part de toutes ses délibérations, ce qui lui a depuis grandement servi et donné moyen de s'instruire beaucoup dans le métier de la guerre. »

Page 1