LIVRE I, CHAPITRE EU
qu'il falloit à l'armée et pourvu aux retranche- tm ments.
Le bourg d'Arqués est dans une vallée assez étroite, serrée de deux grandes montagnes; celle qui est à F opposite du château est couverte d'un grand bois et est coupée du côté du couchant par une autre vallée, en laquelle passe aussi une petite rivière étroite, mais fort creuse, en laquelle y a un bourg nommé Martinglise, qui est au delà tout joignant avec un pont, sur lequel on passe ladite rivière pour aller au bourg ; cette vallée est assez étroite; au delà il faut monter une montagne assez grande ; comme vous êtes au-dessus, vous voyez une vaste plaine qui va jusqu'à la ville d'Eu par où venoit cette grande armée.
Le Maréchal de Biron s'y étant avancé avec quelques cornettes de cavalerie, après y avoir reconnu ce qu'il vouloit, dépêche de là même au Roi qui étoit allé à Dieppe, et qui avoit accoutumé de prendre l'autre côté de la rivière pour son retour, lui faisant dire qu'il ne seroit assuré de dech, d'autant que les ennemis étoient fort avancés, et le supplie de pourvoir au Pollet * avant de partir, qui est le lieu où l'on avoit fait des dehors, à la faveur de ladite ville.
1 Faubourg de Dieppe.
«£9. Lui s'en revenant, après avoir reconnu ladite armée, commanda à la compagnie de monsieur le Prince, où étoit le sieur de Montaterre, de demeurer en garde sur le haut du coteau; et reprenant son chemin vers le même lieu de Martinglise, ordonna à deux régiments qui y étoient logés de se retirer au corps de l'armée dans les retranchements, et de brûler diligemment ledit logement pour empêcher que les ennemis ne s'en pussent aider ; il continua son chemin jusqu'à Arques, commandant à un chacun de se préparer promptement pour recevoir les ennemis qui paroissoient déjà bien près. Il n'eut pas sitôt mis pied à terre, que l'on donna l'alarme que lesdits ennemis avoient chargé la compagnie de monsieur le Prince ; en effet ils se laissèrent surprendre si mal à propos qu'une ' partie fut défaite, et les régiments qui étoient dans le bourg de Martinglise furent si paresseux à déloger, et abandonnèrent le bourg avec telle diligence, qu'ils ne le brûlèrent point comme il leur avoit été ordonné.
De sorte que les ennemis s'en rendirent maîtres et y jetèrent dedans neuf régiments, ayant toute l'armée qui étoit venue de ce côté-là en bataille
1 Le sieur de Montaterre, qui la commandait, y fut blessé grièvement. (Mémoires du Duc d'Angoulême.)