‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 59 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE EQ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE EQ

sur le haut et sur le penchant du coteau, tantca- im. valerie qu'infanterie.

Comme leur infanterie fut logée, ils firent passer sur le pont, deçà le ruisseau, quelques cornettes de cavalerie, à la faveur de leur infanterie, qui fit un petit ravelin de barriques au delà du pont.

Le Maréchal de Biron étant remonté à cheval pour pourvoir à tout, et après voulant voir leur contenance, s'avança hors de nos retranchements avec de la cavalerie, et alla jusqu'à la tournée du vallon de Martinglise, d'où l'on pouvoit voir les ennemis et ledit bourg; il aperçut qu'ils a voient fait passer quelques troupes de cavalerie de cent ou six-vingts deçà le ruisseau, etqu'ils ne pouvoient se retirer qu'à la fde, ainsi qu'il y avoit moyen d'attraper cela. Il fit avancer huit ou dix cavaliers, fort écartés, pour faire la galantise et les convier à tirer le coup de pistolet, afin de les engager en deçà hors de leur barricade, et prit le temps si à propos de leur donner la charge, que lui-même étant à la tète part de la main, criant : Donnez, compagnons ! Cela fut emporté si vigoureusement, qu'il n'y en eut pas dix qui eussent le moyen de gagner le pont. Cette charge réussit si heureusement et donna un tel effroi à tous ceux qui étoient dans le bourg, qu'ils l'abandonnèrent, et toute

i58o. l'armée, qui étoit au delà à la vue, en branla tellement, qu'ils demeurèrent plus de deux heures sans se bien rassurer et sans pouvoir faire reloger l'infanterie dans ledit bourg de Martinglise, qu'ils avoient abandonné. Le Maréchal se repentit bien qu'il n'avoit fait suivre de l'infanterie; car ils eussent bien eu le moyen et le loisir de le brûler; mais il n'y avoit point d'apparence d'en espérer un tel événement. Il faut ajouter ici une gaillarde parole du bon-homme qui aimoit à dire le mot; quand cette charge fut achevée, il se retourna vers toute la troupe, et commença à leur dire en gascon et en bon compagnon : Nous i y a ben feit per nostre quatre dîners.

Voilà ce qui se passa à cet abord du côté d'Arqués. Du côté de Dieppe, au Pollet, où étoit le Roi, il s'y fit aussi de très-beaux et rudes combats, fort avantageux et pleins de gloire du côté du Roi, auxquels monsieur de Châtillon se porta très-bien. Sa Majesté revint le soir à Arques par le même côté de la rivière. Le Maréchal de Biron se plaignoit de ce qu'il se hasardoit ainsi. Sa Majesté, qui avoit vu le peu de résistance que les ennemis avoient faite aux siens, assuroit qu'ils n'eussent osé l'at-

1 Nous en ayons bien assez fait pour quatre dîners.

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