‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 6 sur 168 · LXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXIV INTRODUCTION

temps, fut enfin déclarée en 1635 au roi d'Espagne et à l'empereur. Les revers des Suédois et des protestants en Allemagne ne permettaient plus à la France de jouer un rôle secondaire.

Pùcnelieu sentit que s'il ne se prononçait point énergiquement, la ligue protestante, que la défection de l'électeur de Saxe avait ébranlée, allait se dissoudre; déjà les princes confédérés traitaient avec l'empereur, les états de Hollande avec le roi d'Espagne ; les Suédois, trop faibles, reculaient partout ; le cardinal resserre donc les anciennes alliances ; il en fait même de nouvelles avec le duc de Savoie pour le partage du Milanais, avec la Hollande pour celui de la Belgique ; mais avant de partager, il fallait conquérir. Les événements, jusqu'alors si favorables aux projets du cardinal, semblèrent se précipiter pour déjouer les calculs de ce grand homme.

L'empereur voulant reconnaître le dévouement du duc Charles, lui confie une armée et lui donne Jean de Werth pour lieutenant-général ; ce prince, qui s'était montré mauvais politique pour conserver son duché, déploya les qualités d'un chef habile pour le reprendre. Il passe le Rhin à Brisach, investit Montbéliard et cherche à pénétrer en Lorraine. Le roi envoie contre lui le mare-

INTRODUCTION. LXXXY

chai de la Force ; une longue lutte s'engage entre eux. La nombreuse cavalerie de Jean de Werth donnait aux mouvements du duc Charles une grande célérité; il était soutenu par les populations, qui lui fournissaient des vivres. La Force, avec une excellente infanterie qu'il avait formée lui-même, bien loin de redouter un engagement, offrait sans cesse le combat; le duc fuyait toujours devant lui, cherchant à l'attirer dans des plaines où sa cavalerie lui assurait l'avantage. Les deux armées s'observaient donc dans des postes choisis à l'avance, où chacune attendait l'attaque de l'autre jusqu'à ce que la faim les forçât à déloger.

Dans une de ces retraites du duc de Lorraine, le maréchal de la Force défit son arrière-garde, et le poursuivit si vivement jusque dans l'évêché de Basle, qu'il le contraignit à repasser le Rhin; cette expédition entraîna pour le duc Charles une perte d'environ quatre mille hommes. La Force prit Porentruy et un régiment tout entier dans le château de Monljoie; le mauvais service des munitionnaires, le retard de l'arrivée des troupes du duc de Weimar et de Feuquières, l'empêchèrent de détruire l'armée ennemie. Après cette laborieuse campagne, le maréchal

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