‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 7 sur 168 · LXXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LXXXVI INTRODUCTION

se rapprocha de la Lorraine pour y faire reposer ses troupes. En arrivant à Epinal, il apprit la mort de madame de la Force, qui s'était établie à Metz pour se trouver plus près de lui. Elle avait soixante-quatorze ans, il s'en était écoulé cinquante-huit depuis leur mariage et soixantetrois depuis le jour où, après la Saint-Barthélémy, elle l'avait caché dans sa chambre lorsque les sbires de Charles IX vinrent le chercher à l'Arsenal chez le maréchal de Biron, son père. La perte de madame de la Force fut un rude coup pour son mari, qui n'était point préparé à ce malheur.

Cependant les impériaux, commandés par Gallas, passent le Bhin à Philippsbourg; ils s'emparent de Spire, de Landau et de toutes les places occupées par les Suédois ; le duc Charles de son côté rentre en Alsace et envoie Jean de Werth envahir la Lorraine.

La Force rassemble son armée à Epinal et se meta la poursuite de l'ennemi; mais celui-ci, par la supériorité de sa cavalerie, lui éebappe continuellement. Un nouveau chagrin vint le frapper dans sa famille : le baron <!<• Boisse, son petit-lils, qui commandait sa compagnie de cbevau-légers, fut tué traîtreusement, tandis qu'il parlementait

INTRODUCTION. LXXXYU

devant un château où s'étaient retirés quelques Lorrains. Le maréchal, âgé de soixante-dix-sept ans, épuisé de fatigues, accablé de tant d'afflictions, sollicite un congé; le roi le refuse, mais envoie le duc d'Angoulème pour le soulager. Le concours de ce dernier fut un embarras de plus, car pour tenter une expédition sans résultat, il laissa au duc de Lorraine le temps de rendre inexpugnable son camp de Rambervillers. La Force entreprit de l'y bloquer, et serait parvenu à le prendre avec toute son armée, si le roi ne l'avait affaibli en lui retirant ses meilleures troupes. Gallas, après avoir poursuivi jusqu'à Metz le duc Bernard et le cardinal de la Valette, opéra sa jonction avec le duc de Lorraine. La Force et d'Angoulème, réunis au duc de Weimar, présentèrent la bataille aux impériaux; ceux-ci se gardèrent de l'accepter; ils s 'étaient si bien retranchés qu'il parut impossible de les forcer. La faim obligea l'armée française de s'éloigner. Le duc d'Angoulème ayant été rappelé par le roi, le maréchal de la Force commandait seul. Il pousse vivement le duc Charles qui avait aussi levé son camp. Gassion, à la tète del'avant-garde, bat Jean de WerthàMirecour. Le maréchal presse partout les ennemis, les détruit partiellement et

LXXXVHI INTRODUCTION.

délivre la Lorraine jusqu'à l'Alsace; puis ayant obtenu enfin son congé, il remet au marquis de la Force le commandement des troupes et revient

trouver le roi.

Le marquis de la Force ne laisse échapper aucune occasion] de signaler son courage; instruit que Colloredo se dirigeait du comté de Montbéliard à Sierck pour aller rejoindre le duc de Lorraine, iljse jette sur son passage , l'attaque à Raon, près Baccarat, et le défait complètement. La prise de Colloredo, douze enseignes de cavalerie et la délivrance du -colonel Hamilton, ancien compagnon de Gustave-Adolphe, que le général autrichien gardait depuis quatre ans dans son camp, furent les trophées de cette victoire.

Ce corps se composait de cinq mille hommes des meilleures troupes de l'empereur ; Colloredo, armé de toutes pièces , disent les historiens , et portant un panache couleur de feu, se défendit vaillamment. Le marquis de la Force le fit conduire sous bonne escorte à Troyes. L'illustre prisonnier, poussant la galanterie jusqu'au bout, y donna un bal aux beautés champenoises; un exempt des gardes du corps le fit ensuite monter en carrosse, et le mena, par ordre de Richelieu, au château de Vincennes.

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