LIVRE I, CHAPITRE III
qu'ils se rendoient. Ces deux chefs furent menés l5W> prisonniers dans le grand retranchement au derrière, et les trois cents Lansquenets voulurent toucher à la main de sa Majesté, qui leur promit qu'ils n'auroient point de mal. Jamais ils ne voulurent consentir à rendre leurs armes, protestant qu'ils mourroient plutôt, et donnèrent leur foi de se tenir où l'on le leur commanderoit. On les fit retirer à la main droite, à côté de la cavalerie du Roi, au penchant de la montagne.
Les ennemis, qui jusqu'alors n'avoient pu prendre aucun avantage sur l'armée du Roi, se disposent a un nouvel effort , et ayant repris leur premier ordre, reviennent de nouveau avec toute leur armée en gros : la cavalerie , par le dessous du premier retranchement, comme ils avoient fait au commencement, et toute leur infanterie de même, droit audit retranchement, où ils ne trouvèrent point de résistance, non plus que la cavalerie, audessous de ce chemin , où nous avions toujours entretenu le combat jusqu'alors. Car cet exercice avoit duré si longtemps que tout ce qui avoit été en ce lieu-là étoit hors de moyen de se pouvoir plus défendre , et ceux qui y restoient furent contraints de passer au delà du chemin, à la main droite, où étoit le Roi.
4589. Gallaty y demeura toujours avec les Suisses.
Il n'est pas croyable quelle jonchée de morts , d'hommes et de chevaux il y avoit sur cette petite plaine, qui en étoit presque couverte.
Dès le commencement de l'attaque, le Roi avoit dépêché à Dieppe vers le sieur de Chastillon ' pour le flaire venir en diligence par le coté de delà l'eau, et que laissant la place garnie, il menât une partie de l'infanterie qu'il avoit là. Il s'en vint avec six ou sept cents arquebusiers.
Les ennemis revenant donc pour faire encore une attaque générale, et ayant passé notre premier retranchement, marchoient en gros, la pique basse, à la troupe où étoit le Roi, entre nos deux retranchements. Les trois cents Lansquenets qui s'étoient rendus à nous à la première attaque, et lesquels on avoit fait mettre à la main droite, vers la montagne, quand ils virent que les leurs revenoient et avoient l'avantage, ils partent pour se rallier à eux et quelques-uns nous tirèrent en se retirant. Le Maréchal de Biron, qui voyoit toute cette infanterie endeçà des premiers retranchements, commanda
1 François de Coligny, fils de l'Amiral; il échappa au massacre de la Saint- Barthélémy en se retirant à Genève lorsqu'on envoya à Chatillon pour se saisir de lui. 11 mourut en 1591, à peine âgé de trente ans, avec la réputation d'un vaillant capitaine; on croyait même, dit de Thou, que s'il eût vécu, il aurait surpassé son père.