LIVRE I, CHANTRE III
au Vidame de Chartres Maligny ' de leur faire une tsw. fausse charge avec sa compagnie de gens de cheval qui étoit près de sa Majesté, et sans les enfoncer du tout ni s'engager, qu'il fit le carracol là où il lui montra; ce qui réussit fort bien; en effet ils lâchent pied, quittent cette campagne et se remettent audit retranchement.
Les affaires étoient néanmoins en mauvais état; sa Majesté, qui étoit au delà de tous les principaux retranchements, avec tout ce qui étoit resté de sa cavalerie, ne pouvoit demeurer là plus longuement sans être obligée de soutenir tout le choc, et ainsi y mettre tout en grand péril; de quitter aussi le dehors, où il avoit toujours demeuré, pour se retirer dans les retranchements , le Roi eût donné de l'épouvante aux siens. En ces perplexités, il commanda que l'on appelât son ministre et lui fit faire la prière à la tète de sa troupe. Ceci se doit dire en donnant gloire à Dieu et reconnoitre qu'en effet ce fut un coup du ciel ; en même temps que la prière, qui ne fut pas longue, s'achevoit, toute leur cavalerie et infanterie, qui marchoient toujours,
1 Béarnais la Nocle, sieur de Maligny, Vidame de Chartres, appelé mal à propos Malagny dans les mémoires du Duc d'Angoulème; il était neveu de Jacques de la Nocle, sieur de la Fin, qui fut cause de la mort do Duc de Biron.
n'étoient pas à trois cents pas de nous, en si grand nombre qu'ils couvraient la terre : en cet instant, le sieur de Chastillon, qui menoit six ou sept cents arquebusiers, passe dans le bourg d'Arqués, vient au long de nos retranchements, et se met dans le chemin que l'on lui montre , qui partageoit cette plaine, leur fait une décharge si à propos, notre canon de même, qui étoit sur une plate-forme dans notre retranchement, donna si à plein dans leur gros de cavalerie, celui du château d'Arqués aussi qui étoit sur le haut à la main gauche, tout cela porta si bien que, lorsque nous nous croyions sans ressources, nous voyons les ennemis en un instant tourner en fuite, corn me si la foudre les eût chassés; tout cela s'en alla à vau-de-route , cavalerie et infanterie. L'on les suivit de loin jusqu'au delà de notre premier retranchement, sans les charger, pour les accompagner seulement et mieux reconnoître s'ils se retiraient en effet ; mais nous vîmes bien qu'il n'y avoit point là de feinte et qu'une peur panique les porta à cette fuite honteuse; nous ne vîmes jamais dix chevaux seulement qui tournassent tête. Il est. certain que nous sûmes qu'il avoit couru un bruit parmi eux que le sieur de Mayenne avoit été tué '.
1 « Un gentilhomme, nommé Saint-André, qui portoit une casaque