‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 8 sur 168 · INTRODUCTION. LXXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LXXXIX

Le maréchal de la Force fut accueilli à la cour et à Paris par des applaudissements unanimes ; de tous les généraux commandant des armées, il était le seul qui n'eût point éprouvé de revers; si celte campagne n'avait point été couronnée par quelques succès éclatants, c'est que le roi, qui lui prescrivait toujours de ne rien risquer, avait modéré son ardeur; c'est que l'indécision de ses collègues avait fait échouer ses comhinaisons ; mais les résultats obtenus n'en étaient pas moins réels.

Après avoir réglé les affaires d'Alsace , purgé la Lorraine des garnisons ennemies et rasé quantité de forteresses ; après avoir délivré Heidelberg, et s'être emparé de Spire, le maréchal, avec des troupes très-inférieures en nombre, avait tenu tête à toutes les forces de l'Empire, chassé deux fois le duc Charles de Lorraine , et contraint la puissante armée de Gallas à repasser le Rhin.

Si Créquy en Italie, si le duc de Weimar et la Valette en Allemagne eurent d'abord quelques affaires brillantes, toutes leurs entreprises avaient fini par échouer.

La campagne de 1656 devait être plus désastreuse encore. Richelieu donne une belle armée à Gondé pour conquérir la Franche-Comté, qui, au

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mépris de sa neutralité, avait favorisé les impériaux. Ce prince s'opiniâtre au siège de Dôle; tandis que nos meilleures troupes se consumaient devant cette place, tandis que les forces des Hollandais étaient occupées au siège de Schenek, l'empereur et le roi d'Espagne s'entendaient pour porter un coup terrible au cœur de la France.

Le cardinal Infant et le prince Thomas de Savoie entrent en Picardie; Jean de Werth et Piceolomini ne lardent pas à les rejoindre ; jamais armée plus formidable n'avait envahi notre territoire; l'innombrable cavalerie de Jean de Werth ravage nos campagnes et porte partout la désolation. Le comte de Soissons, qui commandait un simulacre d'armée, recule toujours ; les places, sans garnisons, sans approvisionnements, sont presque aussitôt rendues qu'assiégées.

Maîtres de la Gapelle et du Catelet, ils franchissent la Somme sans obstacle, prennent Corbie, Royes cl Montdidier. Le comte de Soissons repasse l'Oise à Noyon, rompt tous les ponts derrière lui, et s'arrête enfin à Compiègnc. Jean de Werth, avec ses Croates, poussait jusqu'à Pontoise ; la terreur gagne Paris où se réfugiaient les populations des campagnes incendiées et pillées. De tous côtés on voyait de longues Gles

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de chariots se diriger sur Orléans, car la capitale semblait menacée des calamités d'une invasion prochaine.

A des malheurs inattendus, il fallait des remèdes prompts et efficaces; la nécessité obligea de recourir au maréchal de la Force; Richelieu connaissait sa popularité, il savait que les Parisiens honoraient en lui l'ami de Henri IV, dont la mémoire leur était encore si chère; aussi le cardinal le faisait-il fréquemment appeler au conseil; ilaffectait delepromener parles rues dans son carrosse, « et lorsqu'on leva les gens si à la hâte, » dit Taliemant des Réaux : « M. de la Force étoit » toujours sur les degrés de l'hôtel de ville, et » les crocheleurs lui touchoient dans la main en » disant : Oui , Monsieur , je veux aller à la » guerre avec vous. »

M. de la Force enrôla quinze mille de ces genslà; ce furent eux qui sauvèrent le pays.

Le roi donna le commandement de l'armée à Monsieur et au comte de Soissons; il dit au duc d'Orléans : (( Je vous baille le maréchal de la » Force pour être auprès de vous ; je désire que » vous croyiez à ses conseils. »

Mais dans la direction de cette armée qu'avait organisée le maréchal, on commença par ne pas

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écouter ses avis. Il proposa un projet hardi, dont l'exécution eut amené la défaite du corps de Jean de Werth, qui s'était imprudemment engagé au delà de la Somme; on préféra aller assiéger Royes, place sans importance; Jean de Werth profita de cette faute pour se retirer, après avoir entamé la cavalerie de Gassion et fait prisonnier le duc de Wurtemberg.

Le roi résolut le siège de Corbie ; il confia au marquis de la Force l'attaque des forts que les ennemis avaient faits sur les ponts situés en avant de la ville ; c'était leur couper le passage de la Somme. Le marquis de la Force exécuta pendant la nuit cette opération avec autant d'habileté que de bonheur; il s'empara des forts et de la demilune, passa au fil de l'épée tout ce qui s'y trouva, et s'y établit de manière à intercepter de ce côté toutes les communications de l'ennemi.

On commença d'abord par un blocus, contre l'opinion du maréchal, puis on en reconnut l'inutilité, et l'on attaqua la place de vive force; on avait perdu plus d'un mois; Corbie se rendit après quinze jours de siège.

Le brusque départ de Monsieur et du comte de Soissons, qui se retirèrent à Blois et à Sedan, ajouta encore aux difficultés de la situation. La

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Force conserve dans la narration des faits dont il fut témoin la même discrétion que Richelieu a observée dans ses Mémoires; il donne le prétexte pour la cause, un motif de mécontentement au lieu de la crainte d'une vengeance, peut-être trop légitime, de la part du cardinal.

Le maréchal ne fut pas employé en 1657; les gens de guerre murmuraient de cet abandon; le roi disait qu'il voulait le conserver auprès de lui pour commander son armée, dans le cas où il se mettrait en campagne.

Aucune des grandes charges de l'état n'avait été conférée à M. de la Force; accordées à la faveur, elles se partageaient entre les parents et les créatures du cardinal. La plupart des maréchaux de France obtenaient des gouvernements , la Force seul n'en eut point; sa religion l'éloignait des conseils du roi, où son mérite lui marquait une place ; depuis dix ans il commandait les armées sans prendre aucun repos ; tandis que ses collègues allaient passer l'hiver à la cour et se prévaloir des succès qu'il avait conquis par son épée, il demeurait sur nos frontières, veillait à la sûreté de la France, et réorganisait l'armée qu'au printemps il devait ramener aux combats.

L'opinion publique se prononçait enfin contre

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tant d'injustices; les Parisiens, qui le considéraient e mine leur père et leur sauveur, exprimaient tout haut le mécontentement qu'ils éprouvaient; une satisfaction éclatante était due au maréchal; le roi et Richelieu ne crurent pas pouvoir la différer plus longtemps.

La Force fut nommé duc et pair, et la terre de son nom érigée en duché. Celle nomination fut généralement applaudie; le duc de Rohan écrivit au maréchal que «le Roi avoit consolé par » là ceux qui lui désignoient cet accroissement » de gloire avant qu'il ne l'eût reçu. » La réception du nouveau pair se fit avec grande solennité; le prince de Coudé voulut le conduire lui-même au parlement; les principaux seigneurs l'y accompagnèrent. L'avocat Joubert, qui présenta la requête du maréchal, après avoir donné lecture des lettres patentes du roi, fit suivant l'usage un discours ; il exposa les droits que M. de la Force s'était acquis à celte haute dignité; il rappela tous les vaillants capitaines de la maison de Caumont, depuis Guillaume III, qui sous Philippe le Rel contribua à la victoire de Mons en Puelle, jusqu'à l'illustre guerrier auquel sa valeur incomparable mérita le surnom de Nompar, transmis depuis Irois siècles à ses descendants, dignes héri-

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tiers de son courage. Il fit ressortir la grandeur de leurs alliances avec les maisons d'Albret, de Bretagne et d'Orléans-Loiiguevilk>. H ennuiera les titres de foi et hommage rendus pendant six cents ans aux rois de France par les sires de Caumont pour la possession de douze ou treize villes.

Passant au maréchal de la Force, il omit a dessein de parler de la Saint-Barthélémy; mais il le représenta comme le fidèle ami de Henri IV signalant à Coutras, culbutant devant Rouen l'escadron du duc d'Aumale, enfonçant à Arques avec cent quarante chevaux plus de deux mille lances de Mayenne, et sauvant la France par ce coup décisif. Il le suivit dans son gouvernement de Béarn, et le montra, au moment de la mort du roi, prêt a envahir l'Espagne à la tête d'une armée et secondé par les Morisques qu'il avait suscités contre Philippe III. L'avocat de M. de la Force, gardant un silence prudent et sur le siège de Montauban et sur tout ce qui se rapportait^ la guerre des réformés, transporta ses auditeurs en Italie, les fit assister à la prise de Pignerol, de Villefranche et de Saluces, ainsi qu'à la délivrance de Casai ; il raconta ses exploits en Champagne, la prise de Moyenvic, la réduction du Lan-

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guedoc, la conquête si disputée de la Lorraine, la prise à jamais mémorable de la Mothe ; il décrivit ensuite les sièges et les combats d'Allemagne ; et rappelant des souvenirs plus récents, il invoqua le témoignage de ses auditeurs, qui avaient vu la belle conduite du maréchal lorsque l'année précédente le roi lui confia la garde de Paris et la levée de l'armée qui devait chasser l'ennemi de notre territoire; il dit que, comme un simple bourgeois, il n'avait point dédaigné de se rendre assidu à l'hôtel de ville ainsi que dans les places publiques pour faire le choix des soldats, et de les enrôler comme un simple capitaine. Il s'étendit ensuite sur la part qu'il avait eue aux succès de cette campagne vengeresse de nos désastres et à la prise de Corbie; puis il supplia la cour de vouloir bien faire entériner les lettres patentes et de recevoir le maréchal de la Force à prêter le serment de duc et pair de France.

L'avocat général, le célèbre Jérôme Bignon, avec cette éloquence fleurie, avec cette pompe de métaphores et ce luxe de citations empruntées aux Grecs et aux Romains, qui caractérisaient l'époque, renchérit encore sur les éloges que le sieur Joubcrt avait donnés au maréchal, et conclut à son admission.

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Le premier président ayant recueilli les voix, fit prêter le serment de duc et pair à M. de la Force, et lui dit de prendre sa place en cette qualité, lui rappelant que, comme maréchal de France, il n'avait point séance au parlement ; puis il ordonna au premier huissier de lui rendre son épée, qu'il avait ôtée en entrant dans la grand' chambre.

Le duc de la Force alla s'asseoir sur les hauts sièges destinés aux conseillers laïcs, et y demeura jusqu'à la tin de l'audience.

Tel était le cérémonial observé pour la réception des ducs et pairs, cérémonial qui perdit quelque chose de son austère gravité par les manifestations unanimes de joie et d'approbation éclatant au milieu de la foule qui encombrait le palais.

L'année 1(557 avait produit peu de résultats ; la Valette et Ghâtillon, qui commandaient les armées en Flandre et dans le Luxembourg, perdirent leur temps à prendre quelques bicoques. En 1638, on en revint encore au maréchal de la Force ; le roi chargea Ghâtillon du siège de Saint- Omer; la Force devait l'appuyer avec une armée. Châtillon lui demandait de s'enfermer avec lui dans ses lignes ; elles avaient plus de six lieues

de circonvallation ; la Force ne consentit pointa i. g

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s'exposer à un revers qu'il prévoyait. D'ailleurs le roi lui prescrivait formellement de ne point s'engager au siège, et de conserver la liberté de ses mouvements. Il prit donc position à Eperlecques sur le chemin d'Ardres, afin d'assurer les subsistances de l'armée.

Un courrier de Châtillon, intercepté par le prince Thomas de Savoie, livre à celui-ci le secret de sa faiblesse; il se porte sur la chaussée de Rumingen et s'empare d'une redoute au moyen de laquelle il pouvait couper les vivres aux assiégeants. La Force s'avance pour la reprendre ; mais il trouve le prince Thomas si bien retranché, qu'il juge impossible de l'atlaquer avec avantage. La journée se passe en escarmouches; le maréchal établit son camp à Zouafques pour protéger ses convois.

Quelques jours après, Piccolomini, auquel le comte Jean de Nassau venait d'amener six mille chevaux, enhardi par ce renfort, se présente aux retranchements du maréchal. Croyant qu'il lui proposait la bal aille, la Force sort de son camp et marche droit à lui. Les ennemis se retirent; la cavalerie française les charge, mais ils la repoussent par leur grand nombre. Le maréchal faisait toujours avancer ses canons et le gros de

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l'armée; il savait que par la nature marécageuse du terrain, Piecolomini, en se retirant, serait obligé de dédier sur les chaussées, et qu'alors il pourrait faire jouer son artillerie contre les colonnes des impériaux. C'est ce qui arriva en effet; toute leur cavalerie, canonnée parla Force et obligée de se jeter dans les marais, fut mise en déroute ; il y eut plus de deux mille hommes tués ou pris ; neuf cents chevaux abandonnés par leurs cavaliers devinrent la proie des vainqueurs ; le comte de Colloredo, lieutenant général de Piecolomini, qui deux ans auparavant avait été défait et pris par le marquis de la Force à Raon, fut tué dans cette journée : la maison de Caumont lui était fatale. Le comte de Nassau se sauva à pied à travers les marais. Peu de temps après il en mourut de déplaisir. Une chose assez singulière, c'est que la plupart des historiens se taisent sur ce combat; le Mercure françois seul en donne un récit détaillé qu'il termine ainsi : « La principale » gloire est due à l'ordre et à la bonne conduite » du maréchal de la Force, lequel, nonobstant » son âge de quatre-vingts ans, fut tout le jour » à cheval, armé de toutes pièces, assisté du mar- » quis de Castelnaut son fils, maréchal de camp. » La cause de cette omission, c'est que le mare-

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chai de la Force, ainsi que nous l'avons déjà dit, n'a jamais cherché à se faire valoir : homme d'une autre trempe et d'un autre siècle, il dédaignait ce genre de charlatanisme qui commençait à être en usage ; Châtillon d'ailleurs venait d'éprouver un revers qui rendait la prise de Saint-Omer impossible, et si cet événement malheureux ne diminuait en rien le mérite de la victoire de M. de la Force , il annulait les avantages qu'on pouvait en retirer.

La veille même du combat de Zouafques, le prince Thomas avait emporté plusieurs redoutes à la faveur desquelles il rétablit aussitôt ses communications avec les assiégés; la Force arrive dès le lendemain matin au secours de son collègue; Châtillon lui propose de faire un grand détour avecson armée pour prendre les ennemis à revers et leur faire abandonner l'attaque du fort du Bac. Mais la Force jugea cette entreprise impraticable, périlleuse et inutile; son unique résultat eût été de sauver la garnison du fort qu'il fallait abandonner; d'ailleurs cette expédition eût duré huit jours, on n'avait de pain que pour deux.

La reddition du fort, qui capitula le lendemain, justifia le refus du maréchal; le siège de Saint- Omer fut levé. La Force et Châtillon, après avoir

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fait de vains efforts pour engager les ennemis à livrer bataille, allèrent attaquer Renty, et s'emparèrent de cette place en neuf jours.

Chatillon avait promis au roi de prendre Saint- Omer, il chercha à desservir la Force en rejetant ses fautes sur lui. Le roi manda le maréchal; on s'attendait à sa disgrâce : le résultat des explications qu'il donna, fut l'approbation de sa conduite et l'exil de Chatillon.

La Force, qui avait observé Piccolomini pendant que du Hallier prenait le Catelet, resta seul chargé du commandement; la saison étant trop avancée pour pouvoir rien entreprendre, il fit vivre ses troupes en pays ennemi, et vers la fin de l'année, ayant mis l'armée en quartiers d'hiver, il revint à la cour.

Cette campagne de 1658 fut la dernière du maréchal ; il avait consacré plus de soixante ans à la carrière des armes, il se retira dans son château de la Force : « Il vouloit, disait-il, se donner » le plaisir de jouir de cette douce vie qu'offre le » repos de la maison à une vieillesse telle que celle » à laquelle il étoit parvenu, après les grandes tra- )) verses qu'il avoit souffertes. » Entouré d'une famille nombreuse et étroitement unie , adoré de ses vassaux, il se délassait avec son fils de Castel-

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naut, à composer ses Mémoires, et à se rappeler un passé dont les agitations contrastaient avec le calme de sa retraite. Il termina son récit avec l'histoire de ses campagnes , ne voulant pas sans doute parler des événements qui s'étaient accomplis depuis qu'il avait cessé de prendre une part active aux affaires; nous imiterons sa réserve, nous ferons seulement observer qu'il eut peu à se louer de la cour; les services qu'il avait rendus étaient oubliés, il ne reçut aucune des récompenses auxquelles il devait prétendre ; ceux de ses enfants qui continuèrent à servir, gagnèrent leurs grades à la pointe de l'épée. La Fronde surprend le maréchal dans cette situation; la paix qui l'entourait depuis dix ans est troublée tout à coup; la guerre civile éclate en Guyenne; le nouveau duc d'Epernon, qui avait embrassé le parti de la cour, commence, à l'exemple de son père, à molester les protestants, et principalement les villes et les campagnes qui relevaient du duc de la Force. Celui-ci, traité en factieux, se voit obligé d'armer pour sa sûreté; la princesse de Coudé et le duc de la Rochefoucauld, après l'emprisonnement des princes, connaissant les justes griefs du maréchal et le peu d'estime qu'il avait pour Mazarin, l'engagent

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vainement à se déclarer contre la cour ; les efforts du duc de Bouillon n'ont pas plus de succès, et cependant sa maison se trouvait dans une étroite liaison avec celle de la Force, liaison qui fut encore resserrée peu après par le mariage du vicomte de Turenne avec la fille du marquis de la Force.

Non-seulement le maréchal sut se contenir dans la ligne du devoir, mais il ne voulut point tirer parti des circonstances au profit de ses intérêts. Il ne se laissa point acheter tandis que tant d'autres se vendaient, et sa probité demeura aussi incorruptible que sa fidélité avait été inébranlable.

Une lettre du vertueux président de Mesmes nous a conservé un témoignage de la conduite du duc de la Force; nous en citerons ce fragment.

u Je loue Dieu de ce que vous faites voir à toute » la France "que vous êtes plus ferme et plus fidèle au » roi que ceux-là mêmes qui ontreçu plus de grâces » qu'ils ne lui ont rendu de services. Comme cette » manière de bien faire et de demeurer dans le de- » voir, encore qu'on soit maltraité, vous est toute » particulière, les hommes pour l'ordinaire ne ser- » vant que pour la récompense, ainsi que des mer- » cenaires qui se font payer de leur travail; aussi

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)) la gloire qui vous en revient est plus éclatante et » plus solide que toutes les couronnes qui étaient » dues à vos signalés services, et vous acquiert une » réputation qui ne finira point avec vous, mais qui » passera jusqu'à la plus reculée postérité et qui » servira d'exemple aux plus vertueux pour for- » mer leur conduite sur le moule de votre fidélité.» Mais la Guyenne, qui deux fois déjà avait été troublée, devait être encore désolée par la guerre civile ; la paix conclue en 1651 fut bientôt rompue par Condé; le gouvernement qui lui avait été donné lui servit à faire la guerre à la reine et à Mazarin, qui de Cologne gouvernait encore la France ; les plaines de la Garonne devinrent le foyer de la rébellion ; les marquis de Castelnaut et de Castelmoron, fils du maréchal, les marquis de Montpouillan, de Boisse et de Cugnac, ses petitsenfants, se déclarèrent contre la cour, et prirent une part très-active à cette lutte qui se prolongea trois années. Le duc de la Force, alors âgé de quatre-vingt-treize ans, se retrouvait au milieu des calamités d'une guerre civile , dans ces mêmes lieux où soixante ans auparavant il avait combattu pour la cause de Henri IV, et où trente années plus tard il tenait tête aux armées de Louis XIII. Contristé de ne pouvoir terminer en

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repos le peu de jours qui lui restaient à passer sur cette terre, il appelait la paix de tous ses vœux , mais il ne devait plus la voir renaître ; la mort qui l'avait si longtemps épargné, lui refusa celle satisfaction ; il mourut au château de la Force, le 10 mai 1652, « plein de jours et de gloire, » comme disent les historiens de l'époque. M. Sauvage, pasteur protestant, qui avait assisté le maréchal à ses derniers moments, annonça en ces termes à la marquise de la Force la mort de son beau-père.

u Madame,

» Pour certain nous mourrons et sommes sem- » blables aux eaux qui s'écoulent par la terre, les- » quelles on ne rassemble point. Monseigneur le )> Duc nous a donné ce matin de funestes preu- « ves de cette vérité; mais s'il a ému nos larmes » avec abondance, il a puissamment consolé nos )) cœurs par cette généreuse résolution qu'il a » eue à combattre la mort. Je vous puis assurer, » comme fidèle témoin, qu'il a toujours été joyeux » en espérance, patient en tribulation, persévé- » rant en oraison. Son corps n'étoit pas si fort » abattu que son âme étoit élevée. À tous moments

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» son cœur bouillonnoit de bons propos, et sa )) langue en étoit le docile truchement. Il a ravi le » Royaume des cieux avec violence, et toutes les » dignités qu'il avoit dans le monde n'étoient rien »dans son esprit au prix de celte couronne que » Jésus lui a mise sur la tète, de sa propre main. » Cela, Madame, vous doit servir de puissante con- » isolation, car que peut-on désirer qu'une glo- » rieuse mort qui couronne une bonne vie? Il vous » donna de tout son cœur sa bénédiction ; Dieu » veuille qu'elle soit prophétique comme celle des )) patriarches, et vous conserve Monseigneur de » la Force, votre cher époux , autant de temps )) que Monsieur son père a vécu. »

Le roi, dès qu'il apprit la mort du duc, envoya un exempt de ses gardes porter au marquis de la Force le bâton de maréchal qu'avait son père; ce n'était pas seulement un hommage à sa mémoire, c'était une dette qu'il acquittait, et la récompense d'anciens et éminents services. Un autre pasteur de la Ferlé, terre de la maison de la Force, écrivait à la maréchale : « J'ai ouï dire » que feu Monseigneur le Duc avoit lait des Mé- )) moires des choses les plus remarquables de sa » vie; j'estime, Madame, que vous aurez soin de

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» les faire recueillir et de les mettre quelque jour n en lumière, après les avoir fait revoir et mettre » en ordre par quelque bonne main et affection- » née; car je crois que tels Mémoires seroient les » plus beaux et les plus utiles que nous ayons, )) comme d'une vie remplie de merveilles et de » vertueuses actions ; et si en cela je vous pouvois » servir, et à la glorieuse mémoire de ce saint » homme, je vous offre très- volontiers, Madame, » ce qui est en mon petit pouvoir. »

Nous regrettons que cette offre ou du moins ce conseil n'aient point été acceptés. Les Mémoires de la Force, publiés plus tôt, auraient vengé le maréchal de bien des calomnies; ils auraient purgé nos histoires de plusieurs impostures traditionnellement perpétuées, depuis les témoignages partiaux et intéressés de quelques contemporains jusqu'à certains écrivains de notre époque involontairement abusés. Lorsqu'on songe par exemple qu'Anquetil, dans son Histoire de France que l'on reproduit aujourd'hui comme un livre classique par des éditions si nombreuses, a dit que le maréchal de la Force, qui avait défendu Montauban en 1621, livra cette ville au roi l'année suivante, pour deux cent mille écus ; lorsqu'on voit un auteur contemporain, dans une Encyclo-

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