LIVRE l3 CHAPITRE IV
étoicnl les chefs de la Ligue, en eussent pu dire 1590. des nouvelles, car il les malmena souvent. 11 se fit aussi plusieurs sièges, prises de places et combats notables qui seroient trop longs à particulariser; les bonnes lettres qu'il reçut du Roi ' témoignent assez du contentement de sa Majesté; je me bornerai à raconter deux faits principaux, sans m'étendre davantage là-dessus.
Le sieur de Matignon ayant assiégé Cbàlus en 1591. Limousin, qui tenoit pour la Ligue, il manda à la Force de venir le trouver; mais comme il étoit alors embarrassé à quelque autre affaire pour le service du Roi, il ne put s'y rendre aussitôt que le Maréchal l'eût souhaité, et il n'y arriva que lorsque monsieur de Matignon avoit commencé de lever le siège et fait déjà retirer son artillerie. Aussitôt le sieur de la Force le prie de suspendre sa retraite et lui donner le temps d'examiner la place; ce qu'ayant
prez, Marquis de Montpczat, tous deux fils de Melchior Desprez, sieur de Montpezat, et de Henriette de Savoie, Marquise de Villars et unique héritière d'Honoré de Savoie, Marquis de Villars, Maréchal de France, mort en I08O. Montpezat fut nommé Gouverneur du Périgord pour la Ligue lorsque d'Aubeterre se soumit au Roi ; ces deux frères étaient de fameux Ligueurs, d'autant plus que leur mère ayant épousé le Duc de Mayenne, ils se trouvaient beaux-fils du chef de la Ligue.
1 H ne s'est retrouvé aucune de ces lettres parmi celles qui ont échappé à l'incendie du château de la Force.
8 mars.
lùh MÉMOIRES DU DUC DE LA FOP.CE.
fait, il fit remettre le canon en batterie dans un endroit foible que l'on n'avoit point remarqué auparavant; aussi les ennemis capitulèrent-ils le même jour, à son grand contentement et à celui du Maréchal.
La deuxième occasion que je raconterai, c'est que le sieur d'Aubeterre1, Sénéchal de Périgord, ayant mis le siège devant Castillonnets et prié la Force de venir l'assister, il trouva à son arrivée que l'on n'avoit rien avancé, ce qui lui fit changer l'ordre de l'attaque ; il contraignit ainsi Castillonnets à parlementer; mais comme ils se défioient de monsieur d'Aubeterre, ils ne voulurent avoir affaire qu'au sieur de la Force, qui y fit entrer le sieur de Born, lequel, la capitulation faite, fit sortir les assiégés par une autre porte, la Force le lui ayant ordonné, parce qu'il se doutoit que d'Aubeterre, piqué, joueroit quelque mauvais tour à la garnison.
Il demeura donc en Guyenne jusqu'à ce que le sieur de Larehant son beau-frère, ayant été tué au siège de Rouen, la charge qu'il a voit de Capitaine
1 David Bouchard, Vicomte d'Aubeterre; il était né à Genève, et protestant. Il mourut, en 1593, d'un coup de mousquet au siège de Lisles, en Périgord, ne laissant qu'une fille héritière des grands bieni de sa Maison.