LIVRE la CHAPITRE IV
des gardes du corps est soudain poursuivie par 1592 plusieurs qui se trouvoient lors près de sa Majesté; mais quelques sollicitations pressantes qui lui en fussent faites, et bien que le sieur de la Force en fût à plus de cent lieues, elle déclara vouloir garder cette charge pour lui, laquelle il eut, et l'a exercée l'espace de dix-huit ans, avec des marques si expresses de la bienveillance de son maître, que tous ceux qui ont hanté la Cour de ce temps-là savent en quel degré il étoit près de sa Majesté et la forte inclination qu'elle avoit de l'aimer ; ce qui parut encore, lorsque le Gouvernement de Navarre et de la souveraineté du Béarn vint à vaquer l'année suivante.
Le sieur de la Force revint auprès du Roi pour 1593< le remercier et faire sa charge; il y resta jusqu'au mois de mars, que sa Majesté ayant appris à Tours, où elle étoit pour lors, la mort de monsieur de Saint-Geniez l, Gouverneur du Béarn, et que messieurs de Villars2 s'étoient emparés de ce GouVer-
1 Élie de Gontaut, Baron de Saint-Geniez et de Badefol en Périgord; ses pouvoirs en Béarn étaient assez restreints, car on lui adjoignit le premier Président pour la tenue des États. Il avait épousé Jacqueline de Béthune, sœur de Sully, dont il eut une fille unique qui se maria avec Jean de Gontaut, son cousin, Baron de Biron après la mort de son frère aîné, le Maréchal Duc de Biron.
2 Par MM. de Villars, M. delà Force entendait les Marquis de Montpezat et de Villars. Voir la note précédente {page 102) et (correspon-
1593. nement, cette nouvelle l'affligea fort, voyant que si on n'y apportait remède, il alloit perdre son pays natal. Dans cet état de choses, il jeta les veux sur le sieur de la Force, comme celui qui pouvoit y remédier; il lui ordonne donc de s'en retourner en Guyenne, et là de voir ce qu'il y auroit à faire, se promettant de son affection, crédit et bonne conduite, qu'il ne ticndroit pas à lui qu'il ne chassât ses ennemis du Béarn , ce qui était toutefois d'autant plus difficile que le Roi ne pouvoit lui donner ni troupes ni argent.
Le sieur de la Force, qui connoissoit la difficulté de cette entreprise, y résista plus de deux mois, représentant à sa Majesté que c'était un pays fort éloigné auquel il n'avoit nul accès ; que, de plus, les longues absences qu'il feroit de son maître lui seraient peut-être préjudiciables; qu'enfin les principales Maisons du Béarn, comme celles de Grammont, de Miossens * et de Benac2, qui faisoient tant "d'instances pour obtenir cette charge, enlreroient en jalousie de voir que l'on envoyoit un
dances, 27 juillet lb93) une lettre interceptée du Marquis de Villars au Roi d'Espagne.
* Nom d'une des douze Baronies du Béarn qui appartenait à des bâtards de la Maison d'Albret.
2 Nom de la Maison de Montault, d'où sont sortis les Ducs de Navailles, les Comtes de Noc, etc.