‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 74 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV

(.'(ranger dans le pays pour y commander; qu'ainsi 1593. il supplioit sa Majesté de trouver bon qu'il eut l'honneur de demeurer près d'elle et de pourvoir quelque autre de cette charge; mais il ne put l'obtenir, et même il y eut des Députés du Béa ni et de la Navarre envoyés vers le Roi afin de le supplier de leur donner le sieur de la Force pour Gouverneur, à cause de la bonne réputation eu quoi il éfoit partout; de sorte que sa Majesté lui commanda de s'y acheminer.

Ainsi contraint d'obéir aux ordres du Ptoi, le sieur de la Force répondit qu'autant que son pouvoir et son crédit se pourroient étendre, il emploieroit l'un et l'autre avec sa vie pour rendre l'obéissance qu'il devoit à ses commandements.

Après avoir reçu ses dernières instructions, il part pour la Guyenne; il y assemble le plus de forces qu'il peut par son crédit et celui de ses amis, marche en diligence vers le Béarn; et il a ce bonheur que messieurs de Villars, ne se fiant pas à un pays dont ils s'étoient emparés par la force, lui cédèrent la place. Ainsi il se rendit maître de tout le Béarn sans coup férir, et prit possession du Gouvernement que le Roi lui avoit donné, avec la Vice- Royauté de Navarre, dans le cas où il pourroit en h 1 sse r messieurs de Villars.

1593. Sa Majesté, satisfaite de ces bons succès, lui envoya ordre au commencement du mois de décembre de tenir les États du pays, et lui écrivit à cette occasion une lettre ! sur quelques bruits qui avoient couru de sa conversion, et afin de rassurer les Béarnois, qui avoient peur qu'on ne changeât quelque chose à la Religion, par suite de la trêve avec les Ligueurs.

Comme nous aurons plusieurs fois à parler des Etats de Navarre et de Béarn, je crois qu'il est à propos de dire la manière dont ils se tenoient, et quelle étoit dans ce pays l'autorité du sieur de la Force, telle que le Roi la lui a voit donnée le huit mars 1 593, et amplifiée par de nouvelles lettres le vingt-huit décembre de la même année.

Il ne portoit en Béarn que le titre de Lieutenant de Roi; mais en cette qualité par le for du Bétfrn, c'est-à-dire par les coutumes, en l'absence du Roi il avoit le même pouvoir qu'auroit eu sa Majesté si elle eût été présente; ce qui s'étendoit jusqu'à donner toutes les charges et pourvoir à toutes les affaires qui pouvoient survenir. Le Béarn étant un pays d'Etats, on s'y assembloit tous les ans, et on attendoit, pour cette assemblée, les ordres du Lieu-

1 Voir [correspondances) les lettres du Roi, des 6 octobre, 3 novembre et 20 décembre 1593.

Page 1