‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 78 sur 168 · LIVRE 1, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE IV

un spectre à la chasse, qui lui avoit parlé; mais cela se trouva absolument faux, car sur les nouvelles qui s'en répandoient, la Force manda à ses amis que n'ayant point quitté le Roi, il en sauroit quelque chose.

Sa Majesté vint à Paris au mois de novembre, pour procéder à la vérification de l'Édit de Nantes, et. dit au sieur de la Force qu'elle le choisissoit pour l'envoyer en Guyenne, afin de tenir la main à son exécution.

Cependant quelques prédicateurs, restes délabrés de la Ligue, s'avisent de dire en chaire des paroles séditieuses; mais l'on trouva moyen de tenir leurs langues en les faisant mettre en prison. A la Cour aussi on travailloit sans cesse pour lever les difficultés qui se présentoient à la vérification de l'Édit; et toutes les fois que le Roi assembloit son Conseil, il y faisoit appeler le sieur de la Force, et notamment le vingt- quatre décembre, où sa Majesté parla fort vivement, et déclara que son intention étoit que l'Édit fut vérifié promptement; mais les fêtes de Noël en retardèrent le moment jusque après les Rois de l'année \ 599. Les Catholiques, de leur côté, voyant ce que le Roi faisoit en faveur de ceux de la Religion, demandèrent le rétablissement de la messe en Béarn ; mais sa Majesté ne

i5S8. voulut jamais en entendre parler jusqu'à la véri- 1599. fication de l'Édit. On crioit bien haut à Paris, et on disoit que le Roi vouloit faire faire des levées ' de Suisses et de Lansquenets pour l'avancement de ceux de la Religion et pour faire passer l'Édit par force ; mais la présence du Roi, qui revint exprès de Saint-Germain, étouffa bientôt cette rumeur. On tint un Conseil extraordinaire le dernier de décembre, où il fut résolu que le deuxième jour de l'année suivante on représenteroit l'Édit au Parlement, afin que sur leurs réflexions on pût disposer toutes choses pour le vérifier.

Il ne faut pas oublier de dire ici que, dès que la paix fut faite, le Roi, pour soulager son peuple, ôta la moitié des impôts; mais comme cela diminuoit ses revenus, sa Majesté nomma les principaux Officiers de la Couronne pour voir, avec le Surintendant, combien les charges excédoient le revenu, afin qu'en ayant eux-mêmes connoissance, ils songeassent aussi à se retrancher de leurs dépenses, le Roi étant résolu d'en donner lui-même l'exemple le premier.

On traita aussi vers ce temps-là le mariage de

i Voir [correspondances, 12 janvier 1599) la lettre de M. de la Force à sa femme.

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