LIVRE I, CHAPITRE V
leur fut donnée. Ils arrivèrent * donc à Saint-Maur, tm et furent conduits dans une chambre où ils trouvèrent monsieur de Loménie seul, qui les assura que le Roi leur accorderoit leur demande; ce qui étoit aisé à juger, puisque sa Majesté leur avoit permis de s'assembler et de la venir trouver en corps. Le Roi, pendant ce temps-là, étoit dans une galerie voisine, se promenant avec le Chancelier de Sillery, monsieur de Villeroy, le Président Jeannin et monsieur de Rosny, où il demeura en conférence deux ou trois heures, durant lesquelles il envoya deux ou trois fois vers la Reine. Après cela, on appelle les parents, à la tête desquels étoit monsieur de la Force, qui devoit porter la parole. Ils se jetèrent d'abord aux pieds du Roi pour implorer sa grâce et sa miséricorde ; étant tous à genoux, la Force fit un petit discours2 prémédité,
1 Ils étaient au nombre de sept, savoir : Jean de Gontaut, Baron de Saint-Blancard, frère du Maréchal de
Biron.
Charles de Pierre-Buffière, Baron de Châteauneuf, \
Charles de Roye de la Rochefoucauld , Comte de ( ,
„ > beaux-Jïercs.
Roucy, |
Jacques Nompar de Caumont, Marquis de la Force, I
Pons de Lausières de Cardaillac, Marquis de Themines, cousin
germain par alliance.
Charles de Rochefort, Baron de Saint-Angel, allié.
François de Gontaut, Baron de Salignac, cousin.
2 Voici la harangue de M. de la Force : « Sire, la confiance extrême que nous avons en la clémence de
usant des termes les plus exprès qu'il pût choisir pour émouvoir la clémence de sa Majesté. Sa ha-
» voire Majesté nous fait espérer qu'elle écoutera favorablement nos » prières. Ce petit nombre de Gentilshommes que vous voyez à vos » genoux vous parle au nom de cent mille hommes qui ont servi » sous Biron dans les dernières guerres, et qui joignent leurs prières » aux nôtres pour vous demander sa grâce. C'est à votre miséricorde » qu'ils s'adressent pour obtenir de vous que ce coupable si digne » de compassion ne soit point traité suivant la rigueur des lois. » Dieu, à qui vous êtes bien plus redevable de votre Couronne qu'à » tous les efTorts des hommes, demande de nous que nous pardon- » nions les fautes des autres, comme nous voulons qu'il nous par- » donne les nôtres. C'est principalement par la clémence que les » Princes lui ressemblent. Je ne veux point ennuyer votre Majesté par » un long discours. Accordez la vie au coupable, et mettez la vôtre » en sûreté, en le tenant en prison en tel lieu qu'il vous plaira... Quel » malheur que l'ambition et la vanité se soient tellement emparées » de ce génie violent et emporté par le feu de l'âge, qu'il ait voulu » se donner en spectacle à tout le monde, et faire envier son éleva- » tion ! Mais, Sire, vous avez bien eu la bonté de pardonner à tant » d'autres qui ne vous avoient pas moins outragé! Tout ce que nos » prières et nos larmes vous demandent, c'est que son supplice ne » nous couvre point d'infamie; quelque juste qu'il soit, il impri- » meroit à nous et à notre postérité une tache ineffaçable. Nous » vous demandons encore une fois grâce pour lui, et qu'il ne soit » point traité selon la rigueur des lois. Nous savons qu'il a péché » contre l'État: mais son crime après tout est resté jusqu'ici dans sa » volonté, sans passer jusqu'à l'action. Prince plein de bonté, sou- » venez-vous des services de son père, souvenez-vous des siens, sou- » venez-vous des nôtres. Quoi! votre Majesté, qui a pardonné à des » ennemis déclarés des crimes consommés, pourra-t-elle refuser, pour » de simples projets, la même grâce à Biron, qui a tant essuyé de » travaux pour le salut du Royaume, qui vous a servi avec tant de » zèle, et qui, par emportement, s'est laissé aller à des complots qui » n'ont point eu d'exécution, dont peut-être il s'est déjà repenti? » rermeltez-nous, Sire, de mieux espérer de votre clémence; nous