‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 94 sur 168 · LIVRE î, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE î, CHAPITRE V

rangue fut approuvée de tous ceux qui l'entendirent. Jugez, après l'espérance qu'avoit donnée le sieur de Loménie, quel fut leur étonnemcnt quand le Roi, dans sa réponse sommaire, leur dit qu il avoit grand égard à eux; mais que, pour le bien de ses enfants et de son peuple, duquel il étoit père, il ne pouvoit empêcher le cours de la justice, le mal étant venu trop avant à une personne de cette condition pour y trouver du remède.

Le sieur de la Force repartit encore et supplia le Roi que du moins il voulût confiner monsieur de Biron dans une prison perpétuelle, pour épargner aux siens l'ignominie et le sanglant déplaisir de le voir mourir sur un échafaud ; il prit de là occasion de lui représenter les grands et signalés services que le père et le fils avoient rendus à l'Etat.

Le Roi lui répliqua de nouveau : Encore un coup, monsieur , je voudrois pouvoir le racheter de mon sang, avec la sûreté de mon État et de mes sujets, et je vous assure que si jepouvois trouver assurance pour ï 'avenir, j'oublierois bientôt le passé.

La Force s'offrit alors de servir de caution pour monsieur de Biron, et pour cet effet proposa tous

» l'implorons en soupirant et les yeux baignés de larmes, non-seule- » ment pour le coupable, mais encore pour l'honneur d'une famille » à laquelle nous appartenons tous. » (De Thou, Histoire universelle, livre cxxvin, pages 528 et 529. Edition de 1740, in-4°.)

1602. ses enfants en otage. Mais le Roi demeura inflexible ; ce que plusieurs trouvèrent étrange; car, disoientils, s'il n'étoit pas en volonté de leur accorder leur demande, pourquoi permettoit-il à ses parents de venir solliciter sa grâce? Sur quoi 1 opinion de quelques-uns étoit que quand le Roi leur accorda cette permission, son dessein étoit de sauver la vie au Maréchal, mais qu'il en avoit été détourné par ceux à qui il en avoit communiqué dans la galerie, et notamment par monsieur de Rosny, qui étoit d'humeur violente et haïssoit fort le Maréchal à cause de quelque démêlé qu'ils avoient eu ensemble, dans lequel le Duc de Biron l'avoit menacé et avoit même levé la main sur lui. Ce qu'il y a de certain, c'est que la Reine, que l'on croyoit y avoir eu part, à cause de cet envoi qui avoit été fait vers elle dans la galerie, s'en excusa la même année au sieur de la Force, l'assurant qu'elle n'avoit en rien contribué à la mort de Biron, quelle n'ignoroit pas l'estime que le Roi faisoit de lui et la confiance qu'il y prenoit, qu'elle n'avoit pas non plus oublié que le Roi lui avoit dit souvent, même en sa présence, que si jamais il mésadvenoit de lui, qu'elle prit conûauce au sieur de la Force, et que par toutes les raisons elle n'avoit garde d'être contre son beau-frère.

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