‹ Mémoires authentiques de Jacques Nompar de Caumont, duc de la Force, maréchal de France, et de ses deux fils, les marquis de Montpouillan et de Castelnaut, suivis de documents curieux et de correspondances inédites de Jeanne d'Albret, Henri IIIChapitre 95 sur 168 · LIVRE I, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V

La Force voyant que tout étoit inutile, partit le 1602. lendemain, ainsi que tous les parents de monsieur de Biron ; il ne fut pas plus tôt au Bourg-la-Reine, qu'il reçut un courrier du Roi, qui avoit quelque appréhension qu'il n'eût quelque mécontentement. Il répondit à sa Majesté qu'il la supplioit de trouver bon qu'il se retirât en son Gouvernement, et qu'il ne sauroit avoir le cœur de se trouver en tel spectacle, ce qui seroit aussi bien malséant à lui.

Tout le monde sait assez la mort ' du Maréchal de Biron , quoique l'histoire déguise la vérité en plusieurs choses; je dirai seulement ici une particularité que tous ceux qui ont écrit sur ce sujet ont omise, c'est que quelques jours avant la mort du Duc de Biron, le Roi se promenant aux Tuileries, envoya chercher le premier Président2 pour s'informer de l'état où étoit le procès.

En arrivant, le Roi lui dit ces paroles : Eh bien , mon compère, est-ce fait?

Le premier Président lui ayant répondu que non et sa Majesté lui en ayant demandé la raison :

1 Voir (correspondances, 14 août 1602) la lettre où Franchemont, secrétaire de M. de la Force, lui rend compte de tout ce qui s'est passé lors de l'exécution du Duc de Biron.

2 Achille du Harlay ^ il avait été nommé par le Roi l'un des commissaires pour instruire le procès du Duc de lîiron , déféré au Parlement.

C'est, repartit-il, que nous ne trouvons nul crime digne de mort, si votre Majesté ne révoque le pardon qu'elle a accordé à Lyon à monsieur de Biron ; car depuis ce temps-là il n'a rien fait de nouveau, et même a été si bien avec votre Majesté, qu'elle Va envoyé en Suisse renouveler V alliance avec les Cantons ; et la seule chose qu'il y ait contre lui, mais qui n'est pas digne de mort, c'est qu'ayant fait conduire quelques gentilshommes à Palma-Nova par son secrétaire, celui-ci repassa par Turin et y vit le Duc de Savoie ; mais nous avons fait arrêter le secrétaire1, et ayant souffert la question ordinaire et extraordinaire, il n'a en rien chargé son maître, et a dit que s'ilavoit vu le Duc, que c'étoit par simple honnêteté, la paix étant faite pour lors.

Ces paroles ébranlèrent le Roi ; de quoi les ennemis du Maréchal s'étant aperçus, ils firent en sorte que le Chancelier alla présider au Parlement,

1 II s'appelait Hébert. « II ne le chargea presque point, et en confessant quelque intelligence de ce Seigneur avec le Duc de Savoye, il tourna les choses de manière que sa déposition ne fut pas absolument défavorable. Il avoua aussi avoir fait un voyage à Milan; mais loin que ce fût pour conférer avec le Comte de Fuentes, comme on le prétendoit, il protesta qu'il n'avoit été envoyé dans cette ville par le Maréchal que pour conduire deux jeunes gentilshommes qui sortoient de Page, et en même temps pour faire différentes emplettes de marchandises du pays ; il proposa même de produire les bordereaux. » ( Vie de Biron, par l'abbé Perau, p. 453. )

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