CHAPITRE VI
SOMMAIRE
Le sieur de la Force demande d'être dispensé de son service. — Le Roi insiste pour qu'il revienne à la Cour.- Sa Majesté l'envoie en Guyenne avec un plein pouvoir pour apaiser des troubles suscités par la présence de M. de Bouillon. —Querelle de MM. d'Ornano et de Montespan.— La Force chargé de les accommoder. — Prise et procès du sieur de Méritein. — Disputes des Évêques au sujet de la Religion. — La Force apaise les troubles de Guyenne et réconcilie d'Épcrnon et Ornano. —Trahison de l'Hoste. — Conspiration des Comtes d'Auvergne et d'Entragues et de la Marquise de Vcrneuil. Édit contre les duels. — Arrestation de Piedefort et de Gour<me. — Taxe des Espagnols sur les marchandises de France.
— Édit du Roi pour interdire le commerce avec l'Espagne.— Edit qui rétablit la messe à Nay et à Orthès.— Querelle de la Force avec la Chambre des Comptes de Pau.- Troubles du Quercy et du Périgord. — La Force y est envoyé et en arrête les auteurs. — Le Roi s'y rend et ramène la Force avec lui. — Entreprise du capitaine Moreau sur Pampelune.— Projets des Espagnols sur Bayonne.
— Méritein se saisit de la maison d'Apathe. — La Force se mêle des affaires de M. de Bouillon. — Mort de M. de Ravignan. — Le Baron de Biron renverse de deux coups de pistolet le sieur de la Fin sur le pont Notre-Dame. — Affaires du Béarn. — La Force au baptême du Dauphin.— Magnificences de la Cour.— Mort du Chancelier de Calignon. — La peste à Fontainebleau. — La Force remet M. de Rohan dans les bonnes grâces du Roi. — Prise de Rhinberg; les Étals de Hollande sollicitent un secours de sa Majesté.
Le sieur de la Force voyant approcher le temps où il devoit se rendre auprès de sa Majesté pour y
1602. servir son quartier, s'adressa à monsieur de Loménie1, afin de faire en sorte qu'il soit exempt d'aller à la Cour, la plaie étant encore trop saignante; sur quoi sa Majesté 2 lui écrivit que l'aimant comme elle faisoit, elle seroit très- contente de l'avoir auprès d'elle, et qu'il ne manquât pas de la venir trouver ainsi qu'elle le lui avoit déjà mandé.
Il arriva en ce même temps que l'on proposa au Roi quelque dessein sur l'Espagne3; il en renvoya au sieur de la Force le projet et ceux qui l'avoient proposé , pour qu'il examinât le tout et lui en donnât son avis, ajoutant que comme il n'y avoit rien d'assez fort pour diminuer la bonne opinion qu'il avoit de sa fidélité ni l'affection qu'il lui portoit, il étoit assuré qu'il n'y avoit nulle sorte d'accident qui put changer ou refroidir la bonne
1 Antoine de Loménie, fils de Martial de Loménie, Seigneur de Versailles, tué à la Saint-Barthélémy. Attaché dès sa première jeunesse à la fortune de Henri IV, il était alors Secrétaire du cabinet du Roi, et devint Secrétaire d'État en 1606; c'était un des amis le plus intimes de M. de la Force et son correspondant le plus fidèle, ainsi que le témoignent dans nos archives trois cents lettres écrites de sa main, qu'il lui adressa en Béarn, de 1589 à 1620, et où il lui rend un compte détaillé des affaires et nouvelles de la Cour.
2 Voir {correspondances) les lettres du Roi des 7 et 28 août 1602.
3 Ces ouvertures vinrent des Morisques de Valence et d'Aragon, qui offrirent à Henri IV, s'il voulait les soutenir, de se soulever contre Philippe III. — Voir la lettre du Roi, du 6 septembre 1602, et les Mémoires des Morisques, traduits sur l'original, aui documents de la fin de la même année.
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volonté qu'il avoit toujours témoignée à son service. 1602.
Le sieur de la Force, suivant les ordres de sa Majesté, se rendit donc auprès d'elle pour servir son quartier, où étant, le Roi fut averti au commencement du mois de décembre que monsieur de Bouillon, accusé de s'être mêlé aux menées de monsieur de Biron, étoit allé en Guyenne, et que les principaux de la Religion tenoient son parti dans cette province et se préparoientà prendre les armes. Le Roi, qui craignoitque la présence duditDuc de Bouillon ne pût susciter quelque remuement fâcheux pour son autorité, ordonna aussitôt à la Force de se rendre en Guyenne et lui dit en partant: Comme je sais qu'il n'y a personne qui ait plus de pouvoir que vous ■parmi les gens de la Religion, je compte que vous m'y rendrez service. Sa Majesté lui fit expédier un plein pouvoir ' pour agir dans ce pays-là comme il le jugeroit à propos , l'engageant à assurer ceux de la Religion qu'elle vouloit les maintenir en paix et les faire jouir des droits et privilèges accordés par les Édits.
D'un autre côté, on faisoit courir des bruits en Guyenne que le Roi avoit été tué dans Paris, et le sieur de la Force avec lui, mais que son fils s'étoit
1 Ce plein pouvoir est daté du 4 décembre 1G02. ( Correspondances)
1602. sauvé à la nage , tellement que tout le monde en étoit alarmé.
Cependant le sieur de la Force se rend en diligence en sa maison près de Bergerac , apprend à sa famille, réjouie de son arrivée, comme les bruits qui avoient couru étoient faux ; de là il s'en va à jXérac vers messieurs de la Chambre de l'Édit, suivant la commission qu'il en avoit reçue du Roi. Il remarqua d'abord beaucoup d'agitation dans les esprits de la plupart de ceux de la Religion, et eut de la peine à leur ôter de la fantaisie que cette poursuite contre monsieur de Bouillon ne dût aller plus avant et que ce ne fût une partie dressée à dessein. Il est certain du moins que si monsieur de Bouillon se fût jeté aux extrémités et eût pris les armes, il eût moins joui de ceux de la Religion que de nuls du Royaume; mais cette voie qu'il tenoit, témoignant ne chercher que sa sûreté et le moyen de se justifier, lui obligeoit. beaucoup plus leurs volontés. Néanmoins ils ne laissèrent pas que de se contenir dans le devoir ; et comme monsieur de Bouillon, qui s'étoit rendu à Castres, en partit bientôt pour gagner Ge-
t603. nève ' et de là se retirer à Sedan , tout demeura
1 Voir {correspondances, janvier 1G03) une lettre curieuse de M. de Bouillon dont une copie s'est trouvée dans nos archives. Il y rend compte de son voyage d'Orange à Genève, où il arriva peu