UT RE I, CHAPITRE VI
fort paisible dans la province; ce que voyant le msieur de la Force, il s'en retourna en son Gouvernement, où sa Majesté lui avoit commandé de se rendre pour dissiper les bruits mensongers que l'on avoit répandus contre lui et sa fidélité à son devoir ; cependant il n'y demeura pas longtemps, car une querelle l s'étant élevée entre le Maréchal d'Ornano et le sieur de Montespan, le premier commandoit dans îa province de Guyenne, et l'autre étoit Capitaine des Gardes du corps de sa Majesté, le Roi ordonna à monsieur d'Ornano de se rendre à Agen, et manda au sieur de la Force de s'y trouver et de travailler à les accommoder pour remédier aux conséquences qui pouvoient résulter de ces brouilleries .
Le Maréchal d'Ornano 2 étoit un homme allier
de jours après l'escalade tentée par M. de Savoie, le 22 décembre 1602.
1 Toute la correspondance du Maréchal d'Ornano et de M. de Montespan ayant été réunie en un cahier, fut remise par ce dernier à M. de la Fo.rce, pour lui donner connaissance de l'état des choses au moment où il fut chargé de la réconciliation de ces messieurs. Ce document est curieux sous le rapport de l'étiquette des duels et des précautions et finesses qu'imposaient alors les Edits à ceux qui, voulant se battre , désiraient y contrevenir le moins possible et rejeter les torts sur leur adversaire. ( Documents du 26 mai au 8 juin 1603.)
2 11 était fils du fameux San Piétro di Bastelica, lequel étrangla ayee son écharpe, après lui en avoir demandé pardon à genoux, Donna
1603. et qui exigeoit absolument qu'on lui rendit ce qu'on lui devoit et surtout dans son Gouvernement, où il ne vouloit point de compagnon; et à ce sujet monsieur d'Épernon et lui n'étoient pas en bonne intelligence; avec ce caractère, monsieur d'Ornano ne laissoit pas d'être fort obligeant et de bien vivre avec tout le monde.
Étant arrivé à Agen, la Force va trouver le Maréchal, et lui donne connoissance du sujet qui l'amène et des ordres qu'il avoit reçus de sa Majesté, touchant cette dispute. Le Maréchal lui répond qu'il n'avoit garde de manquer d'obéir au commandement du Roi, et que ravi qu'on l'eût chargé d'un tel soin, il est prêt de faire tout ce qu'il trouveroit à propos, comme n'y ayant personne en France qu'il honorât plus que lui et de qui il fit plus d'estime.
Cependant le sieur de Montespan ' étoit toujours
Vannina d'Ornano, sa femme, issue des anciens Souverains de la Corse. Alphonse d'Ornano ayant tenté vainement de venger son père assassiné par les Génois, et de délivrer son pays, se retira à la Cour de Charles IX, qui le fit Colonel des Corses. Henri IV lui donna, en 1597, le bâton de Maréchal de France et la Licutenance générale du Gouvernement de Guyenne, que laissait vacante la mort de Matignon.
1 Antoine-Armand de Pardaillan de Gondrin, Marquis d'Antin et de Montespan, Capitaine des Gardes du corps du Roi, aïeul de Louis Henri Marquis de Montespan, marié en 1661 à Françoise Athenaïs de Rochechouart-Mortemart, maîtresse de Louis XIV après mademoiselle de la Vallière.