‹ Mémoires authentiques de Maximilien de RobespierreChapitre 12 sur 49 · H. II · texte numérisé non relu

H. II

non as^^iin^tés comme les provocateurs de cette émeute , ^t le$ agents municipaux êomiDe les aéide^i du fanatisme religieux.

Je ne pensai pas qu'une considération -de ce genre dût influer en rien sur la détermination à prendre : je sollicitai un examen attentif de l'affaire avant de pronomcer contre la municipalité. (( Les lieux ou se sont élevés les trouce bles<^ dis-je en cette occasion, sont voisins (( de celui qui m'a député à cette assemblée. A « l'intérêt général qui m'attache à tout ce qui « peut contribuer à la liberté publique , se joint « celui qui me lie à mon pays. Ce double sen- <( timent m'engage à examiner avec scrupule (( les faits qui font la base du rapport que vous <i venez d'entendre, et je dois avouer que je « suis forcé de regretter que l'assemblée soit (( exposée à prencjre une délibération subite sur « une affaire aussi grave , d'après un^ rapport

« fait, avec autant de précipitation Voici sur

« quoi ppite oap^ observation : M. le rappoiy « teur a lu un projet de décret dans lequel il (c propose de mander la municipalité de Douai < à sa barre. A ces mot3 il s'est élevé de violents

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<t -murmuf es qui voulaient dire que ce décret « ne disait pa^ asàez , et qu'il fallait sans doute « la condamner sur-4e-champ. »

Une foule de voix de la gauche : On n'a pas dit cela.

(( J'ai entendu crier à la fois^, par un très grand <( nombre de voix, qu'il fallait l'envoyer dans les « prisons d'Orléans ; et moi au contraire ^ je suis « d'avis qu'it faut se contenter de la mander à (« la barre; car, avant de juger, il faut com- « mencer par entendre toutes les parties. »

On mi'inteprompt pour me dire que le projet dont, je parle n'a jamais existé que dans ma tète. Je reprends :

(( J'ai cependant , à la lecture du projet de dé-

« cret , entendu (jlire , et crier unanimement qu'il

a falls^it l'envoyer à Orléans. ( Murmures. ) Il

(( m'est impossible de résister à la force tumul-

« tueuse des '^erruptïons.^.... S'il fallait utie

« profession de foi pour se faire en^Mdre dans

«cette assemblée....... je (jtôclare que je suis

« moins que tout autre porté à approuver Oju à

«excuser la municipalité; je discute les princi-

« pos généraux qui doivent déterminer nne as-

l64 MÊlVK>mKS

«semblée sage et impartiale. Je pense que dans

(( une affaire aussi importante le corps législa-

(( tif doit s'imposer la loi d'examiner^ je ne.dis

a pas avec scrupule, mais avec cette .attention

« réfléchie que s'impose tout juge.... Ce n'est

(( point l'ajournement que je prôpoa^e^ c'est au

(c contraire le. premier article du projet de dé-

u cret que je soutiens ; car vous ne pouvez pro-

(( noncer avant d'avoir entendu la municipa^

« lité.... JepaSvSe au dernier article du projet de

(( décret. J'ai entendu dire qu'il fallait déterminer

(( les peines à. infliger aux ecclésiastiques qui,

<( par leurs discours ou leurs écrits ,^ excitent le

(( peuple à la révolte. Un pareil décret serait du

«plus. grand danger pour. la liberté publique;

« il serait contraire à tous les principes. On ne

« peut exercer de rigueur contre personne pour

« des discours ; on ne peut infliger aucune peine

« pour des écrits ( il s'élève eh|^' murmures);

« rien n'est si vague que les mots dediscourSy

« écrits excitant à la rwolte. Il est impossible

« que l'as.<^mblée décrète que des discours te-

« nus par un citoyen quelconque puissent être »

« l'objet d'une procédure criminelle. Il n'y a

DE ROBESPIËURE. 1 65

<( point de distinclion à taire 6ntre un ecclésias- <( tique et un autre citoyen. Il est absurde de « vouloir porter contre les ecclésiastiques une « loi qu'on n'a pas encore osé porter contre tous « les citoyens; des considérations particulières « ne doivent jamais l'emporter sur les principes (( de la justice et de la liberté. Un ecclésiastique « est un citoyen, et aucun citoyen* ne peut être « soumis à des peines pour ses discours ; il est « absurde de faire une loi uniquement dirigée (( contre les discours d||8«acclésiastiques.... J'en- « tends des murmures .) e^^jei^e fais qu'exposer a l'opinion des membres qui sont les plus zélés « partisans de là liberté; et ils appuieraient eux- « mêlées me5 observations , s'il n'était pas ques-

« tion des affaires ecclésiiastiques » La droite

applaudit; la gauche murmure , et demande mon rappel à l'ordre. Je continue :

« Je demande, et comme je l'ai souvent prott posé , et olmhe l'assemblée l'a décrété, qu'une <( loi qui tient à la liberté des( écrits et des opi- (( nions ne soit portée qu'après une discussion (( générale et approfondie des principes, qu'elle <( ne porte pas sur uuq classe particulière. Je do-

<( ihabide ensuite qu'il n'y ait point de jugement « sur le fond ;^ avant que la municipalité de Douai (( ait été entendue. ».

La discussion continua : je fus viretnmit attaqué par ceux dont les interruptions continuelslés m'avaient fatigué pendant mon discours. 'Il y avait de leur part d'autant plus d'acrimonie ^ qu'Us s^attendaient nK>ins à voir depardOb principes soutenus , et la cause des prêtres défendue par un homme qui siégeait à coté d'eux*. Je n'en persistai pas moins. ;^

H II es€ on article du projet de décret ^ <)is*-je « en reprenant la parole ^ qui porte que l'infor- « nHJttlbn sera continuée centre les /auteurs et

« complices du dâit.... (itaurmures). Je ^fi puis «répondre à tant d'interiiiptions. Je dis que « c'était même la règle du despotisme ^ que lora- « qu'un délit avait été commis par une multi- (( tude.) on n'informait que contre les auteurs n et les instigateurs du délit. Pat'les mots va- (( ^ues de complices ^ tous ceux qui 3e seraient «trouvés dans la foule. pourraient être inquié- « tés, poursuivis. »

Cette nouvelle sortie m'attira un redouble-

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ment de murmurM*; on né me laissa psis achever y et l'on vota pour le projet du comité amendé par Cbapel<fer.*

Le plan que j'ai adopté dans |a diMi^ilMUtiOn de cet <mTrage ne me petîmei; guère dem'occUr per i6i des^rsonn^es ; lie voulant pas inierrom^ pre^ piA^des' digressions hors de ptop^dé^^ le récit de mes trisivauit légiiSlàlifs , ffti dû )«é»erter pour uii cadre séparé tout pe qui tient à ma yie en dehors de I^ssembléè , à miès rapports AYM mes collègues;, aux jugement»^ «et auit'fàit^ qui les concernent. Cependant je fie. puis mé dispenser de nommer encore J'homme émifrent<de'li0tre assemblée^ Mirabeau» • *' * n^

Sa mort fut d^illelirs un é^éndment tout politique : sans changer positivement ia face- de rassemblée, elle la délivra d'un homme qui avait pris. sur elle un ascendimt intolérable. Bien des ambitieur se présentèrent pour recueillir son héritage^ mai^ aucun n'était de force h en soutenir lé poids(i).

(1) Voici sur la mort (]^ Mirabeau un quatraia peu (!onnu aujourd'hui , et qij^ dans le temps eut beaucoup de succès :

l68 *. MÉMOIRES **

: Mirabeau mourut bien à temps : sa popularité Qe se basait plus que sur Tadmiration quUnspiraijt son vaste talent. Mais déjà sa défection n'é* taitplué un mystère. Lorsqu'il dit à l'assemblée qu'il : cornbattrait les. factieux de quelque coté qu'ils fassent placés, H signala son nouveau traité avec la couf* ; car ce nom de factieux était prodigué aux plus fenn^s aniis du.peupte f>ar les prêteurs et les pamphlétaires monarchiques et m^MxrUcaicç . C'était nou3^ qu'il voulait désigner; mais, tout puissant qu'était Mirabeau, il eût suc*combédan^'là lutte : il n'avait rien derrière lui, et;npus aviond tout un peupjl^v

€mpendant il n'était plus, et les services que son audace et son éloquence avaient rendus à liberté étaient encore présents à notre mémoire. Une députation du département de Paris vint à là . barre réclamer pour ses restes des honneurs esctraordinaires. Elle demandait que l'église Sainte- Geneviève fût dés6rm(iia consacrée à recevoir les dépouilles mortelles des grands hommes y et t

Graud Dieu! de tes décrets je suis épouvante : Honoré Mirabeau' dans les dimleui's cxpiro ; TU Mallet m\ ! et Durosôy regpire !

El Maury crève de saulé ! ! !

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que le corps de Mirabeau y fût le premier déposé.

Je parlai le premier sur la pétition : « Ce n'est « pas, dis-je , au moment où les regreti sont si <( vifs, cen*estpàs Ibrsqu'îl s'agit d'un homme « qui a opposé*au despotisme un très grand cou- « rage, que Ton peut se refuser h Veiïixsiofi des «, sentiments qu'excite une perte aussi intéres- « santé. J'appuie donc la première partie dé la « pétition de tout moi) pouvoir., ou plutôt de- (( toute ma sensibilité, et je demande qu'elle soit « décrétée à l'instant. »

Quant à la disQi^tion générale qui consistait à fixer la manière dont la nation récomjfehserait les grands, hommes qu^elle aurait perdus, je demandai qu'elle fût renvoyée au cojnité de constitution. •

Ces conclusions furent admises , et l'on s'ctcynha autour denSoi que je me'vèngeàsse d'un(^ façon pareîlle-d'ai^^a^^àsrnw- aHrîéî*s que Mir*abean m^avalt prodiguées ert ^lè^ d^iine crrtdnstance. • ' *

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