‹ Mémoires authentiques de Maximilien de RobespierreChapitre 13 sur 49 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

^ Opinion de Robespierre aur le droit de tester. — Oi^anisâticm do 'minîçtère. ^— Choix des ministres. -^'Les membres de rassemblée exclus du ministère pour quatre ans. — Responsabilité des ministres. — Leurs, attributions. -^ Leurs traitements. — Leurs pensions de retraite,— ^Lettres du roi>— Opinion dé Kôbéirpiéhré. rr Qm^^ iiatioDfile& -*- Drpit de pétitîoi) . r^ Ccdoiiies. Hommes de couleur. — Moreau de Saint -Méi^? t^ Rééligibilité des constituants. — Rééligibilité des législateitrs.^ — AmendeMefnt de tiâjl^pè^e.— Peine dfeiAort. -r-ftobe^ieiTe la combat. < — Ce' <}^'il pense de 9on discours.—Lettre de l'abbé Raynal. — Observatipqs de Robespierre. — Etat de Farmée. — Licenciement des officiers.— Fuitfe du Toi. • ' '

Mirabeau «o mourant avait £^itun legs à l'a»seinblé^ , c'était un discours .qu'il avait prép^ sur la faculté de teatar. L'^yêqued'Âutun avait été chargé par lui de nous communiquer ce travail i» qu'il présenta comme un débris précieux arraché à l'immense proie que la mort venait de saisir.

Cette opinion , comme tout ce qui émanait de Mirabeau lorsque ses passions lui laissaient lé libre usage de son intelligence , était empreinte d'un cachet de vérité qui commandait la oonriction. Ârec son esprit supérieur,, MirabeaiU s'était, demandé si la loi pouvait admettre la life>r0 disposition dès fortunes ^ et 6i un péi>e et vçi^e mière avaient la faculté d'établir un partagé ii^é^ gai. Il avait résolu ces questibns avec netteté , et dans le mus négatif. J'appuyai son opîAion , et ccuinme lui je demandai qnié;^ diansle caë^où le : droit' de tester : ne éerait pisis 'Mmplétetnent prohibé) aumotns la faculté de diépofip^r= fût in^ fitiiment restreinte ^"^t portée toac ali plud'ftu dixième des biens. Ceè principes ne fit^nt pas fortune auprès de rassemblée.

. L'organisation du ministère occupa bientôt nos moments. Après avoir entendu un premier rapport) on avait ajourné la discussion jusqu'au moment où le comité présenterait un projet sur les délits dont les ministres pouvaient être coupables ) le mode d'accusation) et les peines qui leur seraient- infligées. Malgré ces prescriptions ) et sans qu'on en ait tenu compte , le pro-

172 MÉMOmES

jet fut mis inopinément à l'ordre du jour : je réclamai avec instance un nouvel ajournement; on m'opposa cette raison banale ^ qu'il fallait accélérer les travaux.

Cependant j'étais effrayé du pou voir immense que chaque article du projet conférait aux ministres ; je le combattis pied à pied. Je demandai tour à toui* que la nomination des ministres fût faite par le corps législatif ^ que les membres de l'assemblée fussent exclus pour quatre ans du ministère; je m'opposai à ce que la prescription des tlélits ministériels fnt acquise par le court délai de deux années ; j'attaquai l'énormité de leui:s traitements^ ainsi que la manie qu'avait le comité de déterminer péniblement leurs ^ttributions^, comme poUr leur donner des brevets d'impunité, dans le cas où ils forferaient au peuple avec assez d'adresse pour paraître ne s'être pas écartés des limites qu'on leur avait fixées. Enfin , je combattis et fis supprimer l'article qui leur accordait une pension de retraite de 2,000 francs pour chaque année de leur ministère. •

Une intrigue sourde ,se tramait autour du

DU R0BE8Prr.t\UE. 1^3

irône ; les bruits les plus sinistres étaient journellement rëpandusij et les défenseurs du peuple tremblaient pour les droits qu'ils avaient péniblement conquis. Nous ne doutions pas* que le chef du pouvoir exécutif, que l'on présentait comme le seul esclave de vingt-quatre millious* de ^souverains, ne fit tous ses efforts pour reconquérir ce que les gens qui l'entouraient appelaient 'la liberté, et ce qui n'était que la plénitude du despotisme dont nous l'avions dépouillé. Cependanb, instruits par l'expérience de deux années de. tout le rafachiavélisme dont les conseils du prince se croyaient en droit d'user, nous ne fûmes nullement surpris en recevant la communication d'une lettre écrite , au nom du roi par M. déMontmorin à tous les ambassadeurs de France , et dans laquelle on protestait de l'attachement du prince à la constitution et aux principes qui avaient fait la révolution. Pour un homme habile à lire dans l'avenir, la fuite du 20Juin était écrite dans dette lettre cauteleuse ; aussi ne me laissai-je point entraîner à l'espèce d'enthousiasme qu'éprouva l'assemblée à sa lecture. On demandait à grande

cris qu'elle se rendit tout entière auprès du roi pour lui porter l'expression des sentiments qu'avait excités sa lettre.

J'essayai de parler le langage calme et sévère de la raison : « Il faut , dis^je , rendre au roi un . (( bonmiage noble <t digne de la circonstance. « Il reconnaît la souveraineté de la nation et b « dignité de ses représentants , et sans doute il « verrait avec peine quel'assemblée nationale^ ou- « bliant cette dignité ^ se déplaçât tout entière. (( Je ne m'éloigne pas de la proposition de M. La* « meth, je me.borne à une légère modification. Il (( vousaproposé d^reAercier le roi; mais ce n'est (( pas de ce moment que l'assemblée doit croire (( à son patriotisme , elle doit penser que de<- « puis le commencement de la révolution il y (( est resté constamment attaché. Il ne faut donc (( pas le remercier ^ mais le féliciter du parfait <( accord de ses sentiments avec les nôtres. »

i/assemblée^ ramenée au sentiment de sa di« gnâé, se contenta d'envoyer une députation.

Par suite des nombreuses réclamations qui s'étaient élevées de toutes parts^ on nous avait enfin présenté un projet de décret sur l'organisation

des gardes nationales. Les idées du comité ne cadraient guère avec les miennes , j'insistai surtôtil sur le point important de l'admission de tous les citoyens aux Fonctions de gardes nationales. Je m'élevai contre les calomnies dont la partie pauvre du peuple était sans cesse l'objet. A l'objection qiie les citoyens qui ne jouissaient pas de l'activité né pourraient supporter ni les dépenses ni la perte de temps qu'entraînerait lé service , je répondais que l'état devait fournir aux frais nécessaires pour mettre les citoyens k même de servir. Je m'occupai ensuite des fonctions que l'on devait attribuer aux gardes nationales, de la nomination de leurs oflGiciers ; sur tous ces points , je ne pus tomber d'accord avec le comité («).

Cette partie respectable du peuple , que l'on avait essayé ^e dégrader sous l'ancien régime , et que le nouveau voulait tenir à l'écart des aJBTaires^ trouvait dans moi un défenseur infatigable. La cruelle distinction posée par la loi entre lès ci-

(i) Voyez aux pièces justificatives les Fragments du discours de Robespierre sur L'organisation des gardés nationales , lettre H.

176 MÉMOIRES i^

toyens actifs et ceux qui ne Tétaient pas, distinction appuyée sur l'absurde base de la fortune, entraînait de plus en plus l'assemblée dans des inconséquences et des injustices. Le droit de pétition leur fut contesté; on le contesta aussi aux assemblées collectives» J'invoquai en leur faveur les principes les plus sacrés : dans deux séances consécutives je ramenai ladiscussion sur ce point; je n'obtins rien , si ce n'est des injures et des outrages personnels , que le président d'André me laissa prodiguer sans scrupule, tant sa haine lui faisait oublier l'impartialité que commandaient ses fonctions (i).

La question des colonies avait occupé l'assemblée à plusieurs reprises. Elle présentait réellement de graves difficultés pour les hommes d'état ; mais au point où était arrivée l'assemblée, avec les principes qu'elle avait proclamés, il ne lui était plus permis d'en reculer l'application en ce qui touchait les hommes de couleur. Devait-on ou non les admettre comme citoyens actifs dans les assemblées coloniales? Ces assem-

(1) Voyez aux pièces justificatives des fragments de ses discours. letti*el.

blée^ devaijsnt-cIleA avoir t'inîtiative pour le règlement de leurar propres intôpôta î Telle» étaient les difficuhés qtte présentait la question coloniale. Je pris une part active k eettediscussiion.

Moreau de'Saînti-Méï'y ayant proposé de mettre dans un des articles Texpressiôn d^escla^es à. la place des mots personnes non libr^es, je m*élevai contre ce5 amendements. « Votre plus grand « intérêt, m'^siai-je, est de rendre un décret n qui n'attaque pas d'une maniéré trop révol- 'k tante -les' principes et Thonnèur de Fassçm- « blée. Dés le meinent ovl^ dans un de vos « décrets, vous aurez prononcé le mot esclave^ « vous aurez prononcé votre propre déshon-

« neur, et (nombreux murmures) je me

u plains, au nom de .l'assemblée eUe-^méme, « de ce que, non content d'obtenir d'elle ce u qu'on désire , on veut l'obtenir d'une îmaniére « déahdnotante pour elle ^ et qui déQientii*ait <i tousses principes^ Si; je pouvais soupçonce ner que parmi ceux qui ont combattu les « droits des homnies de couleur, il y eût un u homme qui détestât la liberté- et la constitu- « tion^ je croirais qu'on cherche à se tnlénager

Page 1