CHAPITRE IX
Discours de Robespierre sur'laf fuite du roi. -r B^compenses au^ gardes nationales. — Déclarations dui^i et de la reine. — Rapport des comité$. — Opinion de Pétion. — Robespierre lappuie. — Troubles duChara*p-de-Màrs. — ^Proclamation de la loi martiale.^— Révision de-la colkstitution. -T- Marc d'argent. *-r- Rapport des miniistres avt?c le corps législatif. —Liberté indéfinie d*e la presse. — Gardé conkitutionnelle du rôi, —Droits politiques
' des membres de la fainiUe royale. •—. insubordination des troupes. — Robespierre dénopcé par Alexandre La^ meth. — Il dénonce Alexandre Lameth'ét Barnave. — Présentation de là constitution au roi. — Conyentions nationales. *— Colonies. *— Sociétés populaires. -7 Fin de la session de l'assemblée constituante.
La conduite du peuple dans^ ces graves circonstances fut noble et digne; il- fit Toir quela puissance qu'il déléguait était bien à lui ^ et qu'il saurait l'exercer avec càlthe , s'il était obligé de s'en ressaisir. La prévoyance des guerres civile et, étrangère que devait susciter la fuite
i88' MfiMOIRfiS
du roî n'occasionna pas un moment de trouble : la nation en appela a ses droits et à son courage , et ses ennemis frémirent en voyant son attitude.
L'assemblée s'était déclarée en permanence;
elle avait mandé 1er ministres^ et pris les réoee
du gd&Vernément. Après deux jours d'attenté^
la grânde^ nouvelle de l'arrestation du roi nous fut enfin appoitée par Mangin ^ chirui^teti de Varennes, patriote dévoué qui avait puissamment cont)ribué à cette arrestation. Je pensais qtie, dan^ une cirfconstajCbe pareille ^ la nation devait un t;fîmôignage éclatant de sa reconnaissance à un homme qui^ pour la servir, s'était offert aux- coups du despotisme. La récompense nationale que je sollicitai pour ce citoyen- lui fut accordée.
Le roi de retour , l'assemblée eut à examiner la conduite qu'elle devait tenir à son égard. L'arrestation de ses complices avait été ordonnée ^ et l'on n'avait rien statué sur le sort des cou* pables. L'information était renvoyée devant les tribunaux ordinaires ^ et l'on hésitait à décréter que ces tribunaux recevraient au moins les dé-
claratioi^s du rpi ci de la roipc. Bien plos^ oq proposait que, faisant exception au droit com-^ mun , Fa^emblée nationale choisit dans son sein des commissaires pour procéder ^ cet acte dq rinforjffiatipn^ Je m'y opposai , et je ^o^t^ns qu'il n'y avait ïiucy ne raiaon pour empécl^r que la même autorité qui a^ait été chargée d'une partie des inrormationp, ne fù( chargée de les prendre toutes. Je ne-voulus ycir dans lés hauts . persoif nages impliqués dans cette aifaire que des citoyens, que Voll^iasauce à la loi ne pouvait dégrfider. Mais il y Avait trop- de moUè cpndea*cendauce ^ trop de l&cbeté dans l'assemblée pour que âk pareilles obsi^rvations y âssent fortune.
Enfin arrivj^l^ jour que tout un peuple attendait avec impatience» Au nom de sept comités réunis, M. Muguet vint faire à rassemblée un rapport sur Tévénomentdu !^i juin. Chose étonnante ! à Vetk croire ^ il n'y avait dan» cet acte criminel que des complices et non pas des coupables; il sollicitait la mise eu accusation de Bouille et autre/s , et glis^^it légèrement sur la. criminalité de ceux dont Bouille n'était que
l'instrument. It'^vait Soulevé à ce sujet une question constitutionnelle ^ question captieuse et mal posée d'inviolabilité , qui, résolue ainsi que le faisait le ^apI>orteur, donnait au chef du pouvoir exécutif le droit d'outrager le peuple ', de fodler aux pieds sa liberté et sa constitution , sans avoir à rendre compte de sa conduite:
Pétion le premier attaqua cette- doctrine étrange , avec la rigureUr de principes qu'il professait alors , mais avec ces vues étroites que déjà je lui reconnaissais sans le dire. Il conclut en demandant que le roi fût mis en jugement,
et jugé soit par l'assemblée nationale , soit par
une conventipn nommée orf Aoc.
Je parlai dans la discussion qui s'éleva j mon opinion, comme toutes celles qu#^''ai émises sur cette grave question , fut franche et sévère pour les vrais coupables , indulgente pour ceux qui n'avaient joué que le rôle d'aveugles agents. « Je « ne viens pas , dis-je à l'assemblée , provoquer (( des dispositions sévères. contre un individu, (( mais combattre une proposition à la fois faible « et cruelle, pour y substituer une mesure douce « et favorable à l'intérêt public. Je n'examinerai
DE noBKi^piEntiE. 19 J
u pas si la fuite de Louis XVI est le crîMe de « quelques* individus , s'il s'est enfui volontai- << rement et de lui-même , ou si de l'extrémité « du royaume un citoyen audacieux l'a enlevé « par la fiorce^e ses conseils; si les peuples enfin « pourraioflt croite qu'on enlève des rois comme « des femmes. Je n'examinerai pas si, comme « l'a pensé le rapporteur , le départ du roi n'é- .« tait qu'un voyage sans objet, si son absence (( était indifférente. Je n'examinerai pas si elle (( est le but ou le complément de conspirations (( toujours impuissantes et renaissant toujours. « Je n'examinerai pas même ai la déclaration « donnée 'par le roi n'attente point aux ser- (( ments qu'il a faits d'un attachement sincère à (( la constitution. Je ne veux m'occuper que « d'une hypothèse générale. Je parlerai du roi « de France comme d'un roi de Ja Chine ; je dis- (( cuterai uniquptnent l'inviolabilité dans sa doC- « trine^ w * •
Je démontrai ensuite que l'inviolabilité d'un roi ne peut être invoquée que pour les cas où la responsabilité des ministi'es a lieu ; qu'ainsi , .tous les actes personnels de l'individu , tels que
IQS^ MÉMOIRES
les ciindaB ^ d^lit^ cbptra les particuliers , sont nécessairement aoinnia aux loid générales. Je terminai par ces mots : a Qu'on me rassura sur (( les danger» d99 factions 9 et jVdopterai tout u ce que pcuvedt proposer le^ comit^^ Je dé- « clfire que j'abhorre toute espèce d^ gouver- « nement ou les factieui^ régnent ; il faut rassu- « rer la nation contre la trop longue durée dli (( gouvernemont oligarchique. Les moyens delà . (( rassurer n'existentwls pas , ne sont*ils pas de- (( vaut vous? Les m0surO9 proposées par le comité a ne pouvant que vous déshonorer, et si j'étais ré- « 4Mtt à voir ces mesures triompher , je vovvirais (( me déclarer. Fa vocat des gardes-du-corps , de (( madam^^'TourzeU de Bouille lui-même. Si le (( roi n'e3t pas coupable , s'il n'y a pas de délit , « iln^y a pas dé çonoplices. Si sauver un cou- « pabie puissant e^t une faiblesse , lui sacrifier a un coupable faible est une lâcheté ; il faut ou « prcmonccr sur tous les coupable^, ou les ab- « soudre tQU8* Jo propose que l'assemblée défi crête qu'elle consultera le vœu de la nation. « J'invoque ensuite la question préalable sur (( l'avis des comités. Mais si mes réflexions ne
« prévalent pas , je demande djfue l'assemblée ne « se souille point , en provoquant la perte des « complices prétendus. »
L'assemblée, pressée d'aller aux voix sur le
projet du comité , ferma la discussion malgré
nos réclaifTiitJon^ \esi plus vives ; laxnajomté était
apquise pontre les opinions des défenseurs du
peuple : j'eçsayai rijéanmoins un dernier efTort à
propos de l'article premier^ et désespérant d'ob-
tepir justice entière.) je voulus au moins faire
comprendre parmi les personnes accusées un
qiKnplice puissant qu'on semblait avoir oublié à
dessein f. « Dans le cas, di^jp, où l'on açjopr
« tjeraijt jtar ^décret , je proposerjai up-^mei^de-
« ment que les .çQpiités adopterpj^l: s^^^doute ;
« c'est que tous (es cp upabl/es du jd[éjiit dpo.t yous
(t venpz de yous ppcuper , qui ue sont pas )e |*oi,
« soient . dénoncés ; que quelques pepjsppnes
« soupço^çnées d'être les complice^ et qui ne
« sont pas inviolables , telles que le frère du
« roi, par exemple, soient poursuivies.. ••••On
« me demande quelles sont les preuve,s ^contre
(( lui. Je réponds aux personnes qui m'inter-
« rogent , qu'elles ne sont pas dans la question. II. i3
« S'il y avait des preuves , il ne s'agirait pas de
« déclarer qu'il y a lieu à accusation , mais
« (Interruption.) Si on avait voulu prendre la « peine de m'entendré jusqu'au bout ^ on aurait c( vu que naon idée n'était pas si absurde. Je « voulais dire que , pour accuser, 11 n'est pas « besoin qu'il y ait des preuves ni des indices, et « je demande à tout homme de bonne foi si les c< indices ne sont pas aussi forts contre Monsieur ' « que contre madame Tourzel, par exemple? « Prenez garde d'épargner des conspirateurs « puissants ; n'oubliez pas que le seul homme (( qui ait été immolé à la révolution était d'un
« rang inférieur (i) , qu'il a été immolé à
« ce même homme qui vient de fuir. Ces ré- « flexions sont simples, et elles doivent être a adoptées ; car, si l'assemblée cumulé. Sans M son décret tant d'inconséquences , je mé crois ce obligé , en faveur de l'impérieuse loi qui me « lie à la défense dés intérêts de la nation , de « protester en son nom. »
Ces observatiops furent perdues comme toutes
(i) Favras.
DE ROBESPIERUC. l<}f)
les autres, et l'assemblée vota le projet de décret tel qu'il avait été proposé par la commission , c'est-à-dire sans s'expliquer sur le point de savoir si Louis XVI serait ou non hors de cause.
Cette résolution fut accueillie par le peuple avec l'improbation la plus marquée. Le soir même , il se porta à tous les théâtres et les fit fermer. Avec cette force de raison qui ne l'abandonne jamais , il comprit combien la coupable faiblesse de l'assemblée mettait ses droits en péril.
J'aurai plus tard, en parlant de mes travaux de cette époque à' la société des Jacobins ^ l'occasion de revenir sur les conséquences de ce décret, et sur les scènes horribles qui se passèrent au Ghamp-de-Mars. L'effusion du sang des citoyens ne fut pas un des moins déplorables résultats de ce décret. Les patriotes comprirent, en cette circonstance, combien mon opposition à la loi martiale , fondée sur l'abus qu'une municipalité coupable pourrait faire d'une arme pareille, était sage et prévoyante
de l'avenir.
196 MÉMOIBËS
J'achève l'esquisse rapide de mes travaux législatifs. Nous touchions au terme de notre session; l'acte constitutionnel était achevé : il ne restait plus qu'à le soumettre à l'épreuve d'une dernière révision. Nous savions, à n'en pas douter, que la cour comptait beaucoup Sur ce dernier acte du pouvoir constituant pour faire réformer certaines parties du pacte fondamental qui la blessaient profondément, et pour faire reculer les bornes, déjà si étendues, du pouvoir exécutif. Elle fondait ses espérances sur la défection de quelques uns des chefs- populaires, qui, lassés de porter le masque, l'avaient jeté loin d'eux depuis les événements de juillet , et marchaient de concert avec \e^ ennemis du peuple.
Prévenus sur ces intentions coupables, et forts de l'assentiment de la nation, nom défendîmes avec zèle la cause sacrée que nos collègues abandonnaient. Bien que notre minorité ne fût pas douteuse , notre bonne contenance les étonna, et jeta dans leurs rangs le trouble des mauvaises consciences ; grâce à nos efforts, et aux murmures du peuple.
DE robesimerub. 197
leurs Icnlatives de conlre - révolution furenl vaincs.
L'un des points les plus importants li fixer dans la co^istitution était eelui de savoir à quelles conditions soraitsoumisela nomination aux fonctions d'électeurs. Lors do la première discussion ) dont le résultat avait été de n'admettre à ces fonctions que les citoyens payant une contribution de la valeur d'un marc d'argent , j'avais prononcé un discours très développé qui n'avait point inllué sur la décision de l'assemblée, mais qui avait beaucoup contribué h me populariser, tant les principes que j'énonçais étaient en harmonie avec les idées du peuple (i). Mes paroles avaient été saisies et comprises, j'avais obtenu de touchants témoignages de l'assentiment et de la reconnaissance de cette partie respectable du peuple dont j'avais défendu les droits. Je ne rappelle ici qu'une pièce bien connue, c'est l'adresse que m'olfrit à ce sujet la société des indigents (2).
[^ I ) Voyez ce discours aux pièces justilicalives , leUn* IVJ. (jt) Voyez celle adresse aux pièces juslificalives, lellre IV.
Les marques d'improbation générale que ce décret avait provoquées ne furent pas sans résultats. Thouret, rapporteur du comité de révision, vint proposer une timide modification, dans le but, il est vrai, plutôt de donner le change au peuple que d'améliorer son sort. Son projet consistait à remplacer la contribution du marc d'argent par celle d'un certain nombre de journées de travail. Je ne fus point séduit par ce nouveau plan , qui avait cependant cela de bon , de dispenser de tout cens pour l'éligibilité. Voici comment je m'exprimai dans cette circonstance : « Les comités vous proposent de « substituer à une condition mauvaise une « condition plus injuste et plus onéreuse cn- « core . Les inconvénients s'appliquent d'une ma- « nière plus forte au nouveau système. Le peuple « est-illibre de choisir ses représentants, s'il « ne l'est pas dans le choix de ses intermédiaî- « res? Les comités me paraissent dans une conw tradiction continuelle. Vous avez reconnu, « sur leur proposition, que tous les citoyens « étaient admissibles à toutes les fonctions , « sans autres distinctions que celles des vertus
<( et des talents. Â quoi nous sert cette pro- « messe, puisqu'elle a été violée sur-le-champ? « Que nous importe qu'il n'y ait plus de no- « blesse féodale, si vous y substituez une disc< tinction plus réelle à laquelle vous attachez « un droit politique? Et que m'importe à nîoi « qu'il n'y ait plus d'armoiries, s'il faut que je u voie naître une nouvelle classe d'hommes à « laquelle je serai exclusivement obligé de douce ner ma confiance? Cette contradiction permet- « trait de douter de votre bonne foi et de votre (( loyauté. Je conviens cependant qu'il faut une ce garantie qui rassure contre les électeurs ; mais « est-ce la richesse? L'indépendance et la proie bité se mesurent-elles sur la fortune ? Un ar- « tisan, un laboureur qui paie dix journées de « travail , voilà des hommes plus indépendants « que le riche ^ parce que leurs besoins sont « encore plus bornés que leur fortune. Quoi- « que ces idées soient morales , elles n'en sont « pas moins, dignes d'être présentées à Pas-
« semblée Ce ne sont pas là des lignes
« sans largeur. On nous a cité l'exemple des An- «K glais et des Américains. Ils ont eu tort sans
a doute d'admettre ded lois contraires aux pHnf< cip^s delà justice; maid chez letix ces inconrt^ ventent* «ont cOmjieiidës par d'autres boniies « lois. Quelle était la garantie d'Ariskide ^ lors- H qu'il subjugua tés suffrages de la Grèce en- « tière? Ce grand h'otnme, qui après avoir ad- (c ministre les dellîers publics de Son payé ne « laissa pas de quoi se faire enterrer^ à'auraît pas (( troiuvé entrée» dans nos assemblées éteciolra- (« les. D'aprèsles principe de vos comités , nous ù devrioiiid rougir d'àvoik* élevé une statue à Jeân- \i Jacques Rioussëati^ parce qu'il ne payait j^as « le marc d'argent. Apprenez à reconnaître la « dignité d'homme dans tout être qui n'est pas « noté d'irtfartiie. Il n'est pas vrai qu'il ïaille « être riche pour tenir à son pays. La loi est « faite pour protéger les plus faibles ; et n'éét- « il pas injuste qu'on leur ôte toute influence « dans sa confection ? Pour Votis décider, réflé- « chissez quels sont ceux qui vous ont en- « Voyés? Étaient-ils calcules sur un marc ou sûr un (< deïhi-marc d'ârgefnt? Je vous rappelle au titre « de votre convocation : Tout Français , ou u naturalisé Français ^ pajanl une imposition
(c qwdkï}nquey àéohi étm admis à choisir les^ « éiecùeurs. Nous lie somteies donc pas purs, (( puisque nous ayon^ éfé choisis par des élec- <( teùrs i\u\ ne paient rien 7 »
M; de Bèaumelzy que J'avais «u déjà j)our adTersaire dans diverses que^tion^ dé oontributioils, ainsi que jje fat rappelé ^ se présenta encore cette fois po^ttr- tote covnbattire ^ et selon 9on usage il depehtiit d'employer la ealomnie, et de répondre à ce que je n'avais point dît. Je Interrompis pour lui en faire ^observation , au moment bb il prétendait que j'avais avancé qu'il ne fallait pas biéme éîre citoyeti actif pour être ëtecteiil*. il me répondit par de nouvelles injures.
Après de longs débats^ la motion fut ajournée, et plus tard résolue datis le sens du comité.
f Peu dèjoursapk*ès, on s'occupa dé régler les rà^)poKs des ministres a vedi'QsseÀibl^. Lie comité K3t tes fefuitltfnts tenaieint beaucoup^ à ce qu'on leur accordât le droit 6te parler toute.^ les fois qu'ils le réclameraient ; je vo^ûlùs faire sentir à rassemblée vpise ce serait dénaturer la c^nsti-
tution ^ et donner aux ministres une influence marquée sur les délibérations. Je signalai la confusion qu'une pareille mesure allait mettre entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif^ que les travaux de l'assemblée avaient jusqu'à ce jour tendu à définir et à séparer d'une manière bien nette. Me$ efforts furent inutiles, et les intrigants l'emportèrent.
Dans la séance du 22 août , on s'occupa de la loi qui devait régler l'usage de la presse. Mes idées sur ce point étaient déjà connues. Je les avais exprimées à la tribune des Jacobins, dans un discours qui avait été rendu public. Je voulais la liberté indéfinie de ce droit $acré des citoyens : par conséquent, nulle loi préventive,, point de censure , et répression seulement pour le cas où des particuliers auraient été calomniés. Je persistai dans mon opinion ; et pour faire comprendre à l'assemblée la nécessité que le salut public imposait aux législateurs d'interdire au fonctionnaire public toute action contre l'écrivain qui aurait censure sa conduite , je présentai quelques exemples de cas où cette censure, tout amère qu'elle
DE ROBESPIERRE. 2o3
fùt^ pourrait sauver la chose publique. « Si un « mmistre, disais-je, mettait une négligence « coupable dans l'exécution des lois relatives (( à la défense du royaume , entretenait des în- « telligences secl'ètes avec les ennemis du dece hors, je demande si le droit dii citoyen se « réduira à dire très niodesteraént, trèl reâ- « pectueusement : ÏVI. le ministre a négligé de (( porter tel corps de troupes sur les frontières ; (( ou n'aura-t-îl pas le droit dé dire, s'il en a « le courage : J'aperçoià dans sa conduite un « plan de conspiration contre le sàlut puce blic; jMnvite- mes concitoyens à^le surveil- « ler(i)? ^
(( Voicr un autre exemple : Un général, pré- « posé à la défense de nos frc^trères , a exé- (( du té un plan doiit le résultat devait être de « livrer la nation à tous lés fléaux de la guerre (( domestique et extérieure. Je suppose que (( j'aie eu des indices certains de ce drime , i< comme tout homme de bonne foi et clair- « voyant a pu en avoir ; je ne pourrai dènc pas.
(i) Duportaii , ministre de la guerre.
2o4 MÉMOIRES
a provoquer la surveillance publique sur un « tçl homme sans être puni coââme calomnia- (( teur (i)? »
Le lendemain , je m'opposai à ce qu'on s'occupât de l'organisation de la garde du roi. Dans l'état d'irritation qui existait entre la cour et le peuple , une pareille mesure me paraissait impoUtique et dangereuse ; car le chef du pouvoir, exécutif, ne manquerait pas de choisir les dix-huit cents hommes dont op lui permettait de s'eintourer , parmi les ennemis les plus prononcés de la constitution. Le décret n'en fui pas moins voté.
Dans la même séance ^ on s'occupa des droits politiques des membres de la famille royale. On proposait de leur enlever les droits de citoyens actifs et de ne leur laisser d'autres droits politiques que ceux de leur succession éventuelle au trpnc. Philippe d'Orléans, que cette motion louchait directement, vint déclarer à la tribune que, danis le cas où le décret serait admis, il déposerait sur le bureau sa renonciation formelle
(i) Le généial Bouille.
aux ilroitj île mombri^ da ïti ilyn/iMie réniumUi^ \}oiiv iuuiH (lu ciUiyim rrarir^iin. •
lirio pannllo diii(!iiKHion 11115 MuiMa indigiii) (11) l;i mii\i*HiA ili) ViïnHemhWuu J^CHMiyni ik» ijévcloppiM' rnoti opinion , inaii» de nonibranx muvmiiri5H m'intarronipiront. Pour la prornii^ro (oin pout-Atré^ ja vouluH faire comprendre à*moM coll^f(iji5H combien une pareille condnjtn étiih peu en harmonie avec la niiNdion grare de» M« ^inlateurfi ; u Je renonce^ leur dia«je^ au proji^l: u de ili^velo[>per mon opinion ; je mi\n mAnie c( fSi'hé de ravoir i^mi^e de manii^re h ofFerifier a quelques per^onne^; main je prie PaMem«* u bli^e de conitidérer avec ipteN démivantaf(eA u cmix qui noutiehneni \en prineipe^ que j^ii ti défenduff t^oiti accueilIlH h cette tribune. Je u rroiff que Tamour de la |)aix doit enf(a)(er Jt u déffirer du inoinM que cinn qui ont adopti^ u dcfi opinions contraires h la mienne , et h celle Il ihi ne partie dea memlK'enda cette aaMombMiS u veuillent bien se dispeufier dituornriaiH île pri^u Mentcrtoujourunoftopinioniieomtne tendantcM u il avilir la roy;iut(i, iuimme iHrani^ére» au bien I' public; comme «i danule moment actuel houm
âo6 MÉMOIRES
t( ne pouvions pas , sans être mal intentionnés , f( professer encore les opinions que nos adverc< saircs ont eux-mêmes soutenues dans cette « assemblée. » • ^
La bàine que les chefs des feuillants m'avaieiit vouée n'attendait qu'une occasion pour éclater. «Alexandre Lameth crut l'avoir trouvée, lorsque Ghabroud vint présenter son rapport sur l'insubordination du régiment de Beauce, en garnison à Arras; Lameth prétendit que les opinions prononcées à l'assemblée nationale par Pétion et moi avaient occasionné le plus grand mal dans l'armée. J'insistai pourprejndre la parole; après de grands efforts je l'obtins. «J'ai « des observations très simples à faire , dis-je à « l'assemblée , je vais prouver à tout le monde (( que mes opinions ne tendent pas à exciter des « troubles ^ car je discuterai la question d'après « les jnémes principes qui m'ont toujours diri- « gé , et je préférerai l'arme du raisonnement u à celle de la calomnie. Si le grand appareil de « la force est dangereux , c'est surtout quand « il est inutile. Je pense que la question ne doit « pas être jugée sur les terreurs que quelques
<( personnes cherchent à exciteir, mais sur les t< faits. Je ne sais si tous les faits qu'on vous a 4(' cités sont faux^ mais je jure qu'il y a beau- « coup d'exagération. ))(0n m'intert*ompt pour dire que j*entretiens une correspondance avec l'armée. )
(( Je, ne réponds pas à une inculpation^qui K% n'est qu'uiie assertion ridicule, uae calomnie « atroce; je dirai plutôt qu'il est absolument « faux qu'il y ait trois cents brigands dans la « citadelle d'Arras. »
Charles Lameth m'interrompt , pour nie dire <ju'il û'est pas un des officiers de la garnison d'Arras qui ne regarde les. excès du bataillon de Beauce comme proprés à mettre tous les régiments en révolte. Je réponds r
« Il est possible que^ les trois cents soldats de « Beauce qui sont dans* la citadielle «d'Arras aient « manqué au respect dû à leurs chefs; mais quel '.' ordre leur donnait-on? celui de t[uitter le ru- « ban patriotique. Les ennemis de la constitu- « tion ont aussitôt profité de ce mouvement pour « faire de ces soldats les instruments de leurs « projets, mais ils ont été dénoncés par ces
2o8 MÉftOIRËS
« soldats eux-mêmes aux tribufiaux^ et la^ro- « cédure va être envoyée à rassemblée riâtio* (C'hale. Je ne vois rien là^edans qui. nécessite « les ifîiesunes extraordinaires qui vous ont été « proposées. * , ' >
« Maintenant je reviensàla question^ Je pense c( que c'est un moyen d'exciter la sédition et la M révolte^, que d'agir comibe $'il devait y avoir K une sédition. Je pense qu'il est iex:tràmement c( dangereux dé mOnti*er toujours aux troupes (( de ligne les gardes nationales comme prêtes « à marcher cotttre elles. J'ajoute que vos lois « pénales seront toujours incomplètes lorsque <• vous -ne verrez que les soldats et jamais les « chefs, w ' ^t:/. . ' .
L'objet de cette discussion était au fond misérable : tes soldats, de Beauceavâîeut^' voulu conserver le ruban national, et les chefs s'y étaient opposés^ C'était là tout le motif des déno^biistions portées contre eux , qt du rapport sévère qui avait été présenté à l'assemblée; mais il faltait un prétexte à ces l\ommes dont notre énergique franchise avait étouffé la popularité, pour nous calomnier aux yeux du peuple.
DE ROBESPIEKRE. !209
Si la dénonciation d'Alexandre Laineth n'eut
pas le résultat qu'il en attendait^ elle eut du moins cet effet de mettre à découvert les manœuvres du triumvirat, et de nîDUs dispenser désormais d'user à son égard de'ldette courtoisie que l'on doit à d'ancîeûs amis. Peu diî' j'otirs après, je leur prouvai le peu* d^estime que je faisais de leur conduite, en dénoiiçant Barnàve et leâ deux Lameth. ' '
Une députation de Brest s'était présentée à la barre pour réclamer l'exécution frartche et entière dû décret du i5 mai sut* les' colonies, et signaler les entraves qu'apportaient h cette eiédution les autorités admini9trative^^ è^'surifôut les membres du comité ctJwaÂfiàL Alexâridre Laméth , au lieu derépondi'e-,^njuria leà pétitionnaires et les membres qui avaient fait préraloir
le décret. Lassé de tant de môi^gtie et clèfiiaiirs
de supériorité que ce député se dohnaîiî avec feés collègues, je ne craignis jyôint de le dévoiler aux yeux de l'assemblée»^ Voici en quels termes je m'exprimai : k S'il était question en ce fno- « ment de discuter l'siffaire des côlonres, il sea rait très facile de répondre à M. Alexandre